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Actualité criminologie

    « On n’est pas délinquant à vie quand on a seize ans »
    France > délinquance, maltraitance, psychiatrie
    Article posté par Stéphane Bourgoin le Vendredi 27 janvier 2006

    " Lieu d’accueil d’adolescentes présentant des troubles du comportement, le foyer de la Villa Préaut, dans le Val-de-Marne, leur permet de stabiliser un parcours chaotique.
   
    Enroulée dans sa serviette de bain, Linda rejoint sa chambre en courant. Sur les murs, des photos de mannequins peu vêtues, aux poses aguicheuses. Dans l’air, une odeur assez désagréable. « Tu aéreras ta chambre ! » suggère Alain Griffond, directeur du foyer de la Villa Préaut, à Villiers-sur-Marne, à cette jeune résidente propriétaire de deux hamsters. Dans cette structure financée essentiellement par le département du Val-de-Marne, se trouvent 30 jeunes filles, entre quinze et vingt et un ans, réparties dans quatre maisons voisines et placées par des juges pour enfants, par les DDASS ou par les conseils généraux franciliens. Toutes ont un parcours chaotique, des corps abîmés par la maltraitance et des CV de filles violentes, voire dangereuses, avec, pour certaines, des pathologies difficiles. Mais, ici, « on refuse les étiquettes. Nous pensons que les choses peuvent se rejouer, avec des moyens et d’autres formes de dialogue », explique le directeur, à ce poste depuis la création de l’établissement il y a vingt-trois ans. « Parce qu’on n’est pas délinquant ou criminel à vie quand on a seize ans », souligne le psychiatre François Samson, qui résume assez simplement sa méthode : « On les prend comme elles arrivent. On essaye de nuancer, de - comprendre le pourquoi de leur situation et de trouver une porte de sortie. »
   
    « Ici, j’ai appris à vivre »
   
    D’ailleurs, les portes, ici, ne sont pas complètement verrouillées. Les filles peuvent sortir. Une tolérance qui s’accorde tout de même « au cas par cas et en fonction de la confiance qui se sera établie » avec le personnel adulte, reconnaît Valérie Gimonet, éducatrice depuis 1998.
   
    Arrivée le 11 septembre 2003, Myriam (1), dix-sept ans et demi, a déjà connu deux familles d’accueil et un foyer à Villeneuve-Saint-Georges (Essonne). « Avant, ça n’allait pas. Ici, j’ai pu poser mes valises. Mes copines de classe me disent qu’on ne dirait pas que je suis en foyer. Je ne suis pas encore heureuse, mais je me sens bien. J’ai appris à vivre. Je prépare mon avenir. Il me reste à prendre mon envol », confie-t-elle. En deuxième année de BEP sanitaire et social, elle souhaite, après ses examens en juin, passer le concours d’aide-soignante et travailler au contact des enfants. Plus tard encore, elle voudrait devenir infirmière, se marier et fonder une famille. Dans un foyer de jeunes travailleurs depuis près d’un an, Muriel est une ancienne de la Villa Préaut. En formation de socialisation pour travailler son projet professionnel, elle apprend à « se lever le matin, à tenir toute une journée ou encore à mieux se connaître grâce à des ateliers théâtre et écriture ». Aujourd’hui, elle est venue rendre visite à ses anciennes copines car elle veut « éviter une séparation trop brutale ». À écouter parler la jeune fille, il est difficile d’imaginer ce qu’elle a pu subir, mais aussi faire subir. Placée en foyer dès l’âge de trois ans, elle a ensuite enchaîné les familles d’accueil, des passages au domicile familial, un séjour en foyer d’urgence et plusieurs internements en hôpital psychiatrique. « Je ne sais pas pourquoi j’y suis allée. Ils m’y ont envoyée puis m’y ont oubliée. Je suis restée près d’un an en chambre d’isolement. Pour moi, ce n’était qu’une rebellion d’adolescente, plus dure en raison de mes problèmes avec mon père et du décès de ma mère », raconte-t-elle.
   
    De graves troubles du comportement
   
    Mais, comme le souligne le psychiatre François Samson, la plupart de ces jeunes filles « se présentent en tant que victimes. Ce qui n’est pas faux, mais elles ont aussi renvoyé l’ascenseur. Certaines ont été prostituées par leurs parents, victimes d’inceste, violées, plusieurs fracturées, elles ont donc réagi par de graves troubles du comportement. Pour ce qui est de Muriel, à chaque fois qu’on lui ouvrait la porte, elle cassait la gueule à tout le monde. On a même dû porter plainte », précise-t-il. Et le directeur de compléter : « Une étude menée par une sociologue sur les quinze dernières années auprès de 180 jeunes filles, casse complètement l’idée selon laquelle elles reproduiraient systématiquement les schémas qu’elles ont connus. Elles sont insérées de la même façon que la moyenne de la population, à la différence qu’il n’y a pas de cadres. » Selon Chari Berhault, maîtresse de maison, mais aussi confidente privilégiée des résidentes, le climat général s’est apaisé au fil des années. « Les comportements se sont nettement améliorés. Avant, on voyait parfois sortir des couteaux. N’étant pas éducatrice, je ne représente pas la loi à leurs yeux, mais le côté maternel. J’interviens en cas de crise et je suis toujours respectée », témoigne-t-elle. Car comme l’indique le - docteur Samson, le foyer n’est pas là « pour fournir Fleury-Mérogis »."
   
    (1) Les prénoms des jeunes filles ont été changés.
   
    Un article de Ludovic Tomas.
   

Source : L'HUMANITE (26 janvier 2006)

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