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Actualité criminologie

    Affaire Dutroux : la relation de Sabine Dardenne avec son bourreau
    Europe du Nord & de l'Ouest > Dutroux, psychologie & victimologie
    Article posté par Isabelle Longuet le Mardi 30 novembre 2004

    " A distance du bourreau
   
    Pour ne pas s'engouffrer dans une position de victime, il faut refuser de s'installer dans la soumission
   
    Sabine Dardenne a vécu à l'âge de 12 ans le statut de prisonnière de Dutroux. Cet exemple récent de survie subjective dans des conditions effroyables nous permet de réfléchir sur ce qu'on pourrait appeler l'idéologie «victimaire», très répandue à notre époque.
    Qu'est-ce qui a sauvé Sabine ? Certaines victimes ont besoin de faire couple avec leur bourreau, pour le ménager, pour sauver leur peau ou, confusément, par culpabilité. On va même jusqu'à s'identifier à son bourreau : c'est ce qu'on appelle le syndrome de Stockholm. Sabine Dardenne qui, aujourd'hui encore, ne se complaît pas dans son statut de victime, a refusé, elle, de s'installer dans une relation de soumission. Tout au moins par la pensée. Fût-ce pour échapper à la mort. On sait d'ailleurs que, dans ces cas-là, la mort est toujours aléatoire : on ne lutte pas contre l'aléatoire. La culpabilité repose sur cette crainte : on n'ose pas se séparer de l'autre, quelle que soit la raison et quel que soit le prix de la relation. Elle a échappé au statut de victime parce qu'elle s'est accrochée à l'idée que sa place était ailleurs, chez ses parents. Ainsi, elle est parvenue à anticiper sa sortie, à ne jamais être là où Dutroux l'attendait, à refuser en pensée d'endosser le rôle que celui-ci lui assignait. Elle a su se dire que l'autre était malade, fou. Voilà pourquoi, aussi, elle n'a pas eu besoin d'avoir recours à un psy, spécialiste de victimologie, qui lui aurait fait rejouer le traumatisme qu'elle avait vécu.
   
    Tout ceux qui ont subi l'univers concentrationnaire et longuement effleuré la mort s'en sont sortis ainsi. Ils ont eu la force de se détacher mentalement de la situation et de se projeter dans un ailleurs. Ils ont su ne jamais être vraiment là, ne pas se laisser totalement immerger. C'est Jean Cayrol qui pensait au pommier du jardin de son enfance qu'il retrouverait un jour. C'est Varlam Chalamov, auteur d'une fresque sur les camps soviétiques, Les Récits de Kolyma (Verdier), qui n'a cessé d'écrire au crayon sur des bouts de papier tout ce qu'il voyait et ressentait pour se tenir à distance: lui aussi a refusé de se laisser broyer dans la position de victime de l'effroyable machinerie stalinienne. Il faut refuser de comprendre les motivations du bourreau, refuser de détailler l'abjection du corps, vécue au quotidien, bref il faut de la pudeur et du silence, pour parvenir à ne pas s'engouffrer dans une position de victime dont il est difficile de réchapper."
   
    Jacques Sédat

Source : L'EXPRESS 29 novembre 2004

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