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Actualité criminologie

    "Le Vampire de Ropraz", de J. Chessex : un chef-d'oeuvre sur un cas de vampire nécrophile dans la Suisse de 1903
    Europe du Nord & de l'Ouest > vampirisme, nécrophilie, cannibalisme, zoophilie, erreur judiciaire, littérature
    Article posté par Stéphane Bourgoin le Samedi 3 février 2007

   
    LE VAMPIRE DE ROPRAZ, de Jacques Chessex (Grasset, 107 pages - 11,90 €)
   
    " Grâce à Jacques Chessex, nombre de villageois découvriront cette affaire, enfouie au fond des mémoires, estime Alain Gilliéron. Son oncle avait recousu le corps d’une des victimes. (un article de Claude Béda)
   
   
    «Je suis né avec cette affaire qui m'a été relatée par mon père et mon oncle. A mon sens, peu de villageois ont tenu à s'en souvenir. Elle avait traumatisé les esprits. A l'époque des faits, les gens avaient peur de mourir, peur d'être déterrés.»
    Exploitant du Café de la Poste à Ropraz, Alain Gilliéron estime, tout comme l'écrit Jacques Chessex, que le vampire de Ropraz court encore: «Je suis aussi de l'avis que le coupable désigné n'était qu'un bouc émissaire.» En 1903, ce sordide fait divers, dont l'acteur principal était un amateur de cadavre de jeunes filles, avait défrayé la chronique en Suisse et à l'étranger. «Mon oncle, qui avait recousu le corps dépecé de la première victime, m'en parlait par bribes, poursuit Alain Gilliéron. Il a vraisemblablement vécu un violent traumatisme. Il avait alors une vingtaine d'années, comme la victime. Sans doute la connaissait-il. On ne sait pas plus pourquoi il a pris l'initiative de la recoudre. Certainement pour redonner à cette femme sa dignité dans la mort.»
   
    Dieu et le diable
   
    Ancré sur les hauteurs de Lausanne, le village de Ropraz, où l'on fait régulièrement boucherie durant la saison froide, voit renaître son vampire que les villageois ont enfoui au fond de leurs mémoires. Quel vampire? Pas forcément le simple d'esprit accusé en 1903, à entendre Alain Gilliéron: «Ce n'était pas le premier valet de ferme à s'échiner sur un bovin. Dans cette région où l'existence est rude, Dieu et le diable sont bien présents. On trouve encore des corbeaux cloués sur certaines portes. Des lieux-dits font allusion aux revenants. J'ai moi-même découvert, dans mon grenier, un vieux grimoire expliquant comment recouvrer une créance, à l'aide de sang de cheval et d'autres ingrédients tout droit sortis du monde de la sorcellerie.»
   
    Si les quatre cents actuels Ropraziens ont oublié leur vampire, c'est aussi parce qu'aucun témoin de 1903 n'est plus de ce monde. «Je l'ai vérifié, assure Alain Gilliéron. En outre, une mort chasse l'autre. Ici, la grippe espagnole, voire les deux dernières guerres ont laissé davantage de trace dans les esprits.»
   
    Lorsqu'il confronte les souvenirs que ses parents lui ont rapporté avec le texte de Jacques Chessex, le patron du Café de la Poste est subjugué: «Ce livre est un bijou que l'auteur à fait mûrir pendant des décennies. Depuis que mon père lui a rappelé cette histoire, elle l'a complètement habité. Il nous fait redécouvrir notre région avec une magie rare, dans tous les sens du terme.»
   
   
   
    «La cendre plutôt que la chair pourrie, s.v.p.!» (un artivle de Xavier Alonso)
   
    Quand on ouvrira votre cercueil, quelle partie de votre corps aimeriez-vous que les nécrophages consomment en premier ?
   
    Très sincèrement, j'aimerais ne pas laisser de dépouille charnelle. Je veux être incinéré, réduit en cendres. Non pas par crainte des vampires, car celui qui dévor e le plus Jacques Chessex, c'est Jacques Chessex. Il y a cette parole de L' Ecclésiaste qui m'a toujours marqué: Quia pulvis es et in pulverem reverteris ; Parce que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière. La cendre plutôt que la chair pourrie, s.v.p.!
   
    Votre corps littéraire - votre œuvre - êtes-vous soucieux du sort que lui réserve la postérité? Ou du moins des traitements qui pourraient lui être infligés ?
   
    Pas du tout. Je ne suis pas inquiet des avis, des pour ou contre. L'œuvre est là, elle a sa voix à dire. Par contre, je n'aimerais pas qu'elle soit tripatouillée. Que mes poèmes réunis soient publiés dans une autre forme qu'une anthologie de moi, que mes romans soient démembrés, traduits par des gens peu scrupuleux et publiés par des éditeurs qui ne font pas partie de ma famille d'esprit. Mais sinon, l'œuvre est assez forte pour se défendre toute seule. Ce sont plus de 80 livres. Cela n'est pas facile à avilir par une chiquenaude. Je sais qu'à ma mort, il y a aura évidemment ce fameux purgatoire. Mais le purgatoire, c'est bien une salle d'attente avant le paradis?
   
    Pour Le vampire de Ropraz, vous vous êtes documenté dans la presse de l'époque. Aujourd'hui encore, le fait divers a une place importante, quelles différences de traitement ?
   
    Dans La Feuille d'avis de Lausanne, le 23 février 1903, il y a une description du dépeçage du corps extraordinaire. C'est d'un détaillé, d'un sanglant. Telle force d'expression, telle violence, tel raffinement: aucun journal n'oserait publier ces lignes. La télévision a pris le relais.
   
    Vous parlez souvent de votre côté médium. La conversation avec les morts vous désennuie-t-elle de celle des vivants ?
   
    Non, pas forcément. Car ma médiumnité s'exprime aussi avec les vivants. Je le constate plus de 10 fois par jour. J'ai la perception d'un coup de fil, d'une rencontre dans la rue, avant qu'ils n'arrivent. Ces choses ne sont pas voulues, mais me sont proposées, sinon imposées. Comme souvent mes livres. Je n'ai plus qu'à saisir sa dictée. Sans travailler. Je sais, c'est scandaleux ce que je dis…
   
    Vous avez conscience qu'en tenant de tels propos, on vous taxera d'hurluberlu ?
   
    C'est la simple vérité. Je me fous et me contrefous de ce qu'on dira. Chacun pourrait développer en soi une attention intérieure à ce genre de phénomènes. Mais aujourd'hui, on est distrait par la TV, les jeux, les lotos, les cours de danse organisés… Des animateurs sont là pour animer la paresse des gens à vivre par eux-mêmes. Je suis persuadé que toute cette agitation ferme les portes de l'intime. Cultiver sa folie, et en faire l'éloge, est une manière de vivre autrement plus forte. C'est un privilège extrêmement précieux que je pratique le plus souvent possible.
   
   
    La flamme du pauvre bougre (un article de Jean-Louis Kuffer)
   
    Jacques Chessex se la jouant Dracula dans les forêts du Jorat : cela pourrait tourner au grotesque si le maître de Ropraz, drapé dans sa toge de brouillard, la barbe chenue aussi givrée qu'il est sobre désormais, ne montrait autant de magistrale autorité dans son écriture. Superbe de lyrisme dans l'ouverture du Vampire de Ropraz, filant ensuite son récit à l'efficace comme dans une espèce de chronique policière, d'une précision flaubertienne dans son tableau d'un pays et de ses gens dont il force les traits à la manière des grands puritains antipuritains (de Nathanaël Hawthorne à Ingmar Bergman), Jacques Chessex revisite l'histoire épouvantable de Rosa Gilliéron avec une sorte de détachement ou de juste distance palliant le défaut d'inconsistance esthétisante qui marquait L'économie du ciel, autre petit livre au thème «énorme».
   
    Comme dans l'admirable Rire de Voltaire, autant que dans ses nouvelles d'Où vont mourir les oiseaux ou du Séjour des morts, le conteur virtuose et le moraliste développent ici une variation sur le thème du bouc émissaire. De fait bien plus qu'au sort des victimes des trois viols de mortes cannibalisées entre Ropraz, Carrouge et Ferlens, en ce sinistre printemps 1903, c'est à celui du jeune Favez, violé en son enfance et voué à la misère sexuelle, tenu pour coupable idéal quand on le surprend cul nu sur une génisse, que l'écrivain s'intéresse. Le valet de ferme «innocent», en tout cas incapable de telles abominations, rejoint alors la cohorte des irréguliers chessexuels dont la frise souttérienne hante l'œuvre. Quant au dénouement à la Cendrars, il enrichit la légende helvète de manière plaisante. Le pauvre Favez, charcuté à son tour, méritait aussi bien cet hommage du scribe vampire en veine de malice, et que les vertueux saluent sa flamme… "

Source : 24 HEURES (3 février 2007)

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    Re :
    Commentaire posté par milodragovitch le Samedi 3 février 2007
    j'ai cru au début de l'article que c'était un travail de journaliste,mais vu la personnalité de l'auteur,ça doit être gentiment déjanté.Si je le trouve à la bibliothèque..




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