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Bibliographie

Stéphane Bourgoin
Serial killers – Enquête mondiale sur les tueurs en série (juin 2011)
Editions Grasset
Genre : Criminologie


    880 pages - 24 €
   
    Avant-propos
   
    Ce livre est la quatrième édition, revue et augmentée, après celles de 1993, 1999 et 2003, consacrée au phénomène des serial killers, ces criminels qui tuent en série, sans mobile évident, le plus souvent travaillés par des instincts sexuels, et qui commettent leurs forfaits pendant des mois, voire des années.
    Depuis 1979, j’ai eu l’occasion de rencontrer et de questionner longuement plus de soixante-dix tueurs, pour la plupart dans des prisons américaines, mais aussi dans certains pays de l’Est ou en Afrique du Sud, grâce à mes relations avec diverses forces de police. Avec le soutien du Centre international des sciences criminelles et pénales de Paris, j’ai organisé, les 10 et 11 octobre 1998, la première conférence internationale sur les serial killers qui a rassemblé, dans un grand hôtel parisien, des dizaines de policiers du monde entier, mais aussi des psychologues, des psychiatres, des criminologues et parents de victimes qui ont été confrontés à ce phénomène. Lors de nombreux voyages à l’étranger, j’ai pu rencontrer les agents du FBI à Quantico, des profilers américains, canadiens, européens et sud-africains, ainsi que les plus grands psychiatres dans ce domaine. A partir de 1991, j’ai filmé et participé à plusieurs dizaines de documentaires sur ce sujet, ainsi qu’à deux séries, « Dans la tête d’un tueur en série avec Stéphane Bourgoin » et « Serial killers, Stéphane Bourgoin enquête » pour les chaînes Planète et Planète Justice.
    Ces dernières années, les reportages et les émissions sur les faits divers se sont multipliées sur toutes les chaînes de télévision du monde entier, une vague qui a touché nos écrans nationaux. Cet engouement a également concerné la fiction avec d’innombrables séries telles que « Dexter », « Esprits criminels », « La fureur dans le sang », « Suspect n°1 », « Cracker » ou « Profilage ». Hélas, cette mode a aussi engendré son lot de dérives avec l’émergence d’un « merchandising » du crime sur Internet. Des sites de « Murderabilia », sortes d’eBay du meurtre, proposent au plus offrant des peintures, des dessins, des écrits d’assassins, ainsi que leurs mèches de cheveux ou rognures d’ongles. Pour certains, le serial killer est devenu un rebelle, une forme d’anti-héros moderne. Un feuilleton tel que « Dexter » nous propose un personnage presque sympathique et positif, tandis que la morale du film de Ridley Scott « Hannibal » indique, sans la moindre ambiguité, que toutes les victimes (le commissaire corrompu de Florence, l’odieux pédophile handicapé ou le politicien pourri) méritent de mourir dans les plus atroces souffrances. Adversaire du serial killer, le profiler est devenu le métier en vogue. Là où autrefois les enfants rêvaient d’être des pompiers ou des infirmières, ils sont à présent touchés par ce que j’appelle le « syndrome Clarice Starling », du nom du personnage joué par Jodie Foster dans « Le silence des agneaux ». Les services de recrutement de la Gendarmerie nationale sont assaillis de demandes de personnes qui veulent intégrer le Département des sciences du comportement, à Rosny-sous-Bois. Tous les jours, je reçois de nombreux mails d’étudiant(e)s qui me posent des questions sur les meilleures filières à suivre en France ou à l’étranger pour partir à la « chasse aux serial killers ». Bien évidemment, cela n’a pas échappé à plusieurs marchands du temple qui se sont empressés de créer de pseudos écoles privées de profilage dont les diplômes ont autant de valeur que du papier toilette.
    Pour en revenir à des choses plus sérieuses, quelles évolutions a-t-on pu remarquer depuis la dernière édition de mon livre en 2003 ? Entre 1980 et 2010, aux Etats-Unis, il y a eu 185 000 meurtres non élucidés sur plus de 550 000 homicides commis. Et sur ce chiffre, 33 000 assassinats de femmes n’ont toujours pas été résolus. Or les femmes représentent 70% des victimes de serial killers d’après les recherches fournies par le VICAP, la base de données informatique du FBI. En 2010, une étude menée par « Howard Scripps News Service », une agence de presse indépendante a permis d’identifier 161 séries criminelles non élucidées où un même assassin a tué plusieurs femmes, avec un mode opératoire identique et sur un territoire déterminé. On en déduit que le nombre de tueurs en série en activité aux Etats-Unis se chiffre à plusieurs centaines d’individus, puisque l’analyse de « Howard Scripps » ne tient pas compte des victimes masculines, des assassins multirécidivistes qui changent de mode opératoire et des « routards du crime ». En ce qui concerne cette dernière catégorie, le FBI a lancé en 2004 le programme « Highway Serial Killings Initiative » à cause du nombre important de tueurs en série qui sont des routiers. Grâce au VICAP, les agents fédéraux ont pu établir en 2009 que 459 homicides de femmes non élucidés (dont 234 concernent des prostituées) sont l’œuvre de ces tueurs de la route pour lesquels ils ont près de deux cents suspects potentiels. Ce programme n’en est qu’à ses débuts puisque le FBI n’a pris en compte que les meurtres commis le long des grands axes routiers. L’Europe n’est pas en reste avec plusieurs affaires similaires dont la plus célèbre est celle du routier allemand Volker Eckert qui a tué des femmes dans plusieurs pays européens avant de mettre fin à ses jours. Comme aux Etats-Unis, notre continent connaît des problèmes de communication entre services de police et judiciaires qui ont été mis en lumière par les ratés de l’enquête sur les agissements de Michel Fourniret et de Monique Olivier. Plusieurs Etats européens en ont tiré des leçons avec la mise en commun de fichiers d’empreintes génétiques, de bases de données telles que le SALVAC et le VICLAS ou un meilleur suivi des casiers judiciaires.
    Et la France ? Depuis 1999, on a arrêté, identifié, mis en examen et jugé 106 tueurs et tueuses en série différents. Nombre d’entre eux ont pu être mis hors d’état de nuire grâce au FNAEG, le fichier des empreintes ADN qui, onze ans après sa création, contient 1 276 769 profils génétiques à la date du 1er janvier 2010. Trente mille nouveaux dossiers y sont inclus tous les mois. Créé en 2002, au sein de la Gendarmerie nationale, le Département des Sciences Comportementales (DSC), basé à Rosny-sous-Bois, comporte quatre femmes analystes comportementales et trois gendarmes enquêteurs. S’il a eu des difficultés au début à trouver sa place au sein de l’institution (13 sollicitations en 2002), l’unité fonctionne maintenant à plein régime, avec plus de cinquante demandes tous les ans. En 2009, le DSC a établi vingt-et-un profils de meurtriers et de violeurs. Pour chaque homicide, le DSC dépêche toujours trois personnes sur les lieux du délit, deux analystes et un enquêteur appelé « référent police judiciaire ». Mais, malgré ces outils tels que le FNAEG, la base de données SALVAC et les analystes du DSC, certains tueurs en série parviennent à passer à travers les mailles du filet comme le « Tueur à l’oreiller » qui s’est suicidé à Mulhouse. Cet individu a étouffé plusieurs dizaines de personnes âgées en Alsace sans qu’aucun de ces crimes ne soit considéré comme un homicide. Seuls ses aveux ont permis de connaître son existence et, depuis son décès, les enquêteurs se sont aperçus de l’exactitude de ses confessions. Parfois, comme le dit avec justesse la criminologue Corinne Herrmann, « un tueur peut en cacher un autre ». On a pu le constater dans l’Est de la France, en Bourgogne, dans l’Yonne, des régions qui ont été frappées par de multiples homicides en série : Emile Louis, Michel Fourniret, Volker Eckert, Ulrich Muenstermann, sans compter tous les meurtres et disparitions non élucidées de jeunes femmes le long de l’A6. Michel Fourniret a ainsi tué et déposé le corps d’une victime près du camp militaire de Mourmelon, le terrain de chasse du présumé tueur en série Pierre Chanal, et assassiné une autre jeune femme sur le territoire favori d’Emile Louis. Autre exemple en 2009, avec l’arrestation d’Anthony Sowell, surnommé « The Cleveland Strangler » qui surfe sur Internet pour trouver des victimes potentielles qu'il enterre dans sa maison du quartier de l'Eastside de la cité de l'Ohio. Actif depuis le début des années 1980, Sowell est l'objet d'investigations du « Cold Case Unit » de la police de Cleveland qui a rouvert le dossier de 75 meurtres non élucidés de femmes dans les environs proches du domicile du tueur. Ces ADN les ont mené vers un autre tueur en série de Cleveland, Joseph Harwell qui a assassiné au moins deux femmes en 1989 et 1996, ce dernier étant déjà en prison pour avoir tué une autre victime en 1997.
    En France, depuis quelques années, les associations de victimes, l’APEV d’Alain Boulay, l’APACS de Jean-Pierre Escarfail ou Victimes en série de Jean-Pierre Leroy, s’impliquent de plus en plus dans le traitement réservé aux victimes, la gestion des enquêtes, la promulgation de lois, la suggestion de nouvelles avancées en matière de criminologie ou l’organisation de colloques. Car, ne l’oublions pas, derrière chaque cas de serial killer, il y a d’innombrables victimes directes et indirectes.
   
    Stéphane Bourgoin



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