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Bibliographie

Etienne Jallieu (S. Bourgoin & I. Longuet)
Infanticides (juillet 2007)
Editions Scènes de Crimes (Suisse)
Genre : Criminologie
Collection : Scènes de Crimes N° 18

(223 p.)
   
    Cahier photos
   
    Signé " ETIENNE JALLIEU ", pseudonyme commun à Stéphane BOURGOIN & Isabelle LONGUET
   
    Cet ouvrage comprend les textes suivants :
   
    - " Bruno Reidal, l'enfance meurtrière "
    - " Albert Dyer, tueur de fillettes "
    - " Tueuses d'enfants "

    (Stéphane Bourgoin)
   
   
    - " Le Monstre de Bremerhaven "
    - " Les Etrangleurs d'Eschweiler "

    (Isabelle Longuet)
   
   
    Voici l'avant-propos d'INFANTICIDES (par I. Longuet) :
   
    " Abordons la lecture de ces affaires criminelles réelles par une mise au point élémentaire. Pourquoi le présent ouvrage porte-t-il ce titre, Infanticides, à la résonance si scientifique et officielle ? Quels types de crimes avons-nous choisi de décrire ? Car il est une première chose que nous nous devons de souligner, dans cette introduction : la diversité des atteintes volontaires portées aux enfants et, tout autant, la diversité des auteurs de ces crimes. Raison pour laquelle le terme ‘infanticide’ est écrit au pluriel…
   
    Ce mot, provenant du bas latin infanticida (auteur de l’acte) et infanticidium (l’acte lui-même), est attesté pour la première fois en français en 1564 dans le sens de « qui tue volontairement un enfant », et il est répertorié en 1611 dans le dictionnaire des langues française et anglaise de R. Cotgrave, dans l’acception de « meurtre d’un enfant ». Plus près de nous, le dictionnaire Littré donne pour définition « Meurtre d’un enfant, et, particulièrement, d’un enfant nouveau-né, et, plus particulièrement, d’un enfant nouveau-né par la mère qui vient de le mettre au monde », formule simplifiée ainsi dans Le Petit Robert : « Qui tue volontairement un enfant, et spécialement un nouveau-né. Exemple : Une mère infanticide », d’où le substantif ‘un, une infanticide’ (1721) », ainsi que « Meurtre d’un enfant, spécialement d’un enfant nouveau-né. Exemple : Cette femme avait tué son enfant, l’infanticide a été prouvé. Victor Hugo ». Précisons que cette citation est tirée de l’un de ses romans au titre parlant dans les circonstances présentes - Les Misérables.
   
    Ainsi, nous jugeons que ce titre à double sens – l’acte et l’auteur de l’acte – est plus intéressant que, par exemple, « Tueurs d’enfants », ou « Meurtres d’enfants » qui, eux, sont ambigus (parle-t-on d’un enfant victime d’un meurtre ou d’un enfant commettant un meurtre ?).
   
    Après cette parenthèse étymologique, examinons de plus près les notions que recouvre le terme générique infanticide. Car, si les définitions récentes des dictionnaires mettent l’accent sur le fait que la victime, tuée par la mère, est un enfant venant de naître, il n’en reste pas moins que le mot peut s’appliquer à tout homicide volontaire commis sur la personne d’un enfant, indépendamment de son âge. Ainsi, d’une façon générale, la plupart des pays distinguent le néonaticide, commis le jour de la naissance, l’infanticide, qui se produit avant l’âge d’un an, et le filicide, survenant après (le code pénal français ignore la spécificité du meurtre d’un enfant nouveau-né par sa mère ; en pratique, toutefois, on remarque que les verdicts des tribunaux tiennent souvent compte de cette spécificité).
   
    Mais l’âge de la victime n’est pas le seul élément permettant d’isoler plusieurs catégories de meurtres d’enfant. Il faut aussi différencier les types d’infanticides selon que l’auteur du crime est intrafamilial (il s’agit le plus souvent de la mère, voire du père dans ce que la presse a coutume d’appeler les « drames familiaux ») ou extrafamilial. Dans ce dernier cas, le meurtre peut s’accompagner d’une agression à caractère sexuel. Mais, et nous insistons sur ce point : les tueurs d’enfants ne sont pas nécessairement des pédophiles (y compris s’il y a viol), contrairement à ce que les médias indiquent parfois de manière erronée. Exemple récent et particulièrement représentatif de cette confusion : le tueur en série Dutroux est la plupart du temps surnommé « le pédophile belge Marc Dutroux » par les journalistes. Belge, il l’est, mais pas pédophile. Le fait d’avoir été condamné pour les viols et les meurtres de quatre fillettes, et les viols de deux autres fillettes, survivantes, qu’il a séquestrées pendant deux mois et demi ne fait pas de lui un pédophile. Marc Dutroux est un « vrai psychopathe », un « pervers narcissique », de l’avis des experts psychiatres et psychologues qui ont témoigné à son procès en 2004, mais pas un pédophile. Comme vous serez amenés à le constater par vous-mêmes en lisant ce livre, on peut tuer un enfant aussi bien pour assouvir des fantasmes sexuels que pour éprouver un sentiment de puissance. Or, c’est souvent la vulnérabilité de l’enfant qui attire le prédateur.
   
    Quant à l’aspect historico-culturel du meurtre d’enfant, nous rappellerons au passage une pratique courante dans les civilisations anciennes, qu’il s’agisse de la Grèce, l’Italie, l’Inde, la Chine, le Japon, etc. : le sacrifice rituel. Dans certaines contrées, il s’est poursuivi jusqu’au Moyen-Âge. Et dans des pays comme la Chine et l’Inde, on pratique l’infanticide des filles, souvent pour de pseudo-raisons démographiques. En réalité, des préjugés anciens font de la naissance d’une fille un déshonneur. De plus, en Inde, marier sa fille, donc débourser une dot, représente un lourd fardeau financier.
    Prenons par ailleurs les contes pour enfants - Le Petit Poucet, Hänsel et Gretel…– où le choix des parents de « perdre leurs enfants dans la forêt » parce qu’ils s’y sentent acculés par la pauvreté et la disette, est une façon plus acceptable de se défaire de leur progéniture que la suppression pure et simple. On le voit à travers cette littérature et dans la vie réelle : l’abandon peut revêtir de multiples formes et avoir des conséquences diverses (malnutrition, esclavage, prostitution, etc.), l’effet ultime étant bien souvent la mort de l’enfant. Dans ces cas précis, on peut dire que l’infanticide est l’une des formes extrêmes et irréversibles de la maltraitance.
    Autrefois, il n’était pas rare également de voir des enfants mourir pendant le sommeil de leur mère : il arrivait que certaines d’entre elles provoquent un étouffement de leur bébé dans leur lit. Un mode d’infanticide si commun que l’Eglise a décidé, au Moyen-Âge, d’interdire aux mères de prendre leur progéniture dans leur lit (interdiction qui a été aujourd’hui relayée par certains psychologues et psychanalystes pour d’autres raisons). L’infanticide pouvait remplir la fonction de contraceptif. En cas de grossesse non désirée, l’Eglise et les autorités étaient opposées à tout ce qui pouvait constituer un obstacle à la naissance et à l’existence des nouveaux-nés. La justice médiévale ne différenciait l’avortement volontaire du meurtre de nouveau-né, ni même de l’encis (ou encise), à savoir un acte de violence (des coups) dirigé contre une femme enceinte aboutissant à la mort de la mère et/ou de son enfant, même si cet acte n’est pas commis à dessein. Dans les trois cas de figure, la punition était la peine de mort. Ce n’est qu’avec l’instauration du Code pénal de 1810, aussi appelé Code pénal impérial (car mis en place par Napoléon Bonaparte), que l’on cesse de faire l’amalgame. En particulier, on a commencé à considérer que l’enfant pas encore né ne pouvait pas être victime d’un homicide volontaire ; l’acte recevait la qualification spéciale d’avortement. Ne relevait de l’infanticide que la mort causée pendant l’accouchement (à partir des premières contractions utérines) ou après la naissance.
   
    Nous avons cité Marc Dutroux. Nous pourrions également évoquer Gilles de Rais, qui servit de modèle à Barbe-Bleue (ce baron français du XVème siècle a violé, torturé et assassiné des enfants par centaines) ; l’Américain Albert Fish, criminel sadique et cannibale qui a avoué une centaine de meurtres (il est mort en 1936) ; Pedro Alonzo Lopez, le « Monstre des Andes », un Colombien né en 1949, responsable de 350 meurtres de fillettes environ ; un autre Colombien, Luis Alfredo Gavarito, qui a mutilé et tué quelque 140 enfants en l’espace de cinq ans ; et bien d’autres.
   
    Comme on l’a vu, l’infanticide est un crime inscrit de longue date dans l’histoire de l’humanité. Il suscite la plus grande stupéfaction, quel qu’en soit l’auteur, et soulève bon nombre d’interrogations, au premier rang desquelles cette question : comment peut-on tuer ceux qui sont appelés à perpétuer l’humanité ? "



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