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Bibliographie

Stéphane Bourgoin
Richard Fleischer (septembre 1986)
Editions Edilig
Genre : Cinéma
Collection : "Filmo" N° 16


    (160 p.)
   
    Etude de Stéphane BOURGOIN sur le cinéaste Richard FLEICHER, passant en revue la totalité de ses films.
   
    EXTRAIT : Richard Fleischer raconte la genèse de son film L'ETRANGLEUR DE BOSTON :
   
    " C’est lors d’une visite à l’Expo Universelle de Montréal en 1967 que je vis pour la première fois une nouvelle forme de langage cinématographique qui me parut offrir d’excitantes opportunités. Ces films expérimentaux se présentaient sous la forme d’écrans multiples et d’images fragmentées. J’entrevis immédiatement les possibilités de ce nouveau procédé qui, d’un point de vue technique, incarnait une avancée dans l’art de l’écriture cinématographique.
    Pour moi il était tout aussi clair que cette technique ne pouvait pas s’adapter à n’importe quel type de film. Sa spécificité nécessitait une histoire adéquate où elle pourrait renforcer l’intrigue pour ne pas devenir un simple gadget tape à l’oeil. J’espérais vraiment trouver le récit approprié à une telle technique.
    Par chance, ou était-ce le Destin ou Kismet ? il se trouve qu’à mon retour à Hollywood, mon studio, la Twentieth Century-Fox, me proposa d’adapter le best-seller de Gerold Frank, L’Etrangleur de Boston. Je sus tout de suite que c’était le genre d’histoire qui se prêtait à merveille à l’utilisation des techniques que j’avais vues à Montréal Expo 67.
    En l’espace de dix-huit mois, treize femmes avaient été brutalement étranglées à Boston. L’assassin, Albert DeSalvo, à l’opposé de la magnitude de ses crimes, était un plombier des plus ordinaires et un bon père de famille. Il était évident que l’individu était un schizophrène, une personnalité multiple classique. Quoi de plus approprié que l’utilisation d’écrans multiples et d’images fragmentées pour transposer son cas à l’écran ?
    De plus, plusieurs scènes du récit nécessitaient l’emploi d’un montage en parallèle, comme les interpellations par la police des habituels suspects ou ces femmes terrorisées de Boston qui achetaient des serrures renforcées, des armes à feu, des couteaux ou des chiens de garde, bref tout et n’importe quoi. Comme tous ces événements se déroulaient en même temps dans chacun des quartiers de la ville, il me semblait intéressant de recourir à cette nouvelle technique plutôt qu’à l’habituel style de montage montrant une image après l’autre.
    Naturellement, la résistance à ce nouveau procédé fut intense. Cela serait trop confus, me disait-on, les spectateurs ne sauraient pas où regarder... Je leur répondis que c’était précisément cet effet que je souhaitais obtenir ! Il m’a été très difficile de convaincre tout le monde au studio. J’ai emmené le producteur, Robert Fryer, à Montréal pour lui montrer ce que je désirais faire. Il se rangea à mes arguments. Finalement, Richard Zanuck, le patron du studio, m’accorda le feu vert pour une bobine d’essai. L’Etrangleur de Boston fut tourné comme je l’avais visualisé.
    Dans les nombreuses péripéties qui émaillèrent la production de ce film, je retiens plus particulièrement mes difficultés à persuader le studio d’engager Tony Curtis pour le rôle de l’étrangleur. Je savais qu’il était capable d’une grande performance d’acteur, mais les pontes de la Fox ne voulaient absolument rien savoir. “Il est trop beau. Il ne ressemble pas à un étrangleur.” “C’est exactement l’effet que je souhaite !” fut ma réplique. Devant leur obstination, Curtis se mit dans la peau de l’Etrangleur de Boston, y compris avec une légère bosse sur le nez et des vêtements pour le moins défraîchis. Il se fit prendre en photo et m’envoya le résultat qui était saisissant. J’emportais le cliché jusqu’au bureau de Zanuck, pour le poser devant lui. “Que penses-tu de ce type ? “ lui demandai-je. Zanuck examina le portrait, sans reconnaître Tony Curtis : “Fantastique ! Il est parfait pour le rôle, mais est-ce qu’il sait jouer ? “
    La dernière séquence de ce merveilleux scénario écrit par Edward Anhalt (qui avait déjà remporté deux Oscars) était à mes yeux la scène la plus difficile du film. L’étrangleur revit, en mimant les gestes son approche et l’attaque d’une de ses victimes. Comme elle allait être filmée dans une pièce entièrement blanche et vide, l’action devait être totalement claire pour que les spectateurs comprennent ce qu’il ne voyait pas à l’écran.
    Avant le démarrage de la production, j’avais demandé à Curtis de répéter cette scène avec le plus grand soin. Pendant une semaine, j’avais fait venir Tony tous les jours dans un studio. Il y avait aussi une jeune actrice, ainsi qu’une caméra vidéo. J’exigeais de lui qu’il joue cette scène avec sa “victime” comme elle se serait réellement passée, y compris lorsqu’il l’oblige à se déshabiller. Puis, tout de suite après, je faisais répéter à Tony les mêmes gestes, mais sans la présence de sa partenaire. Ceci était filmé et nous en discutions par la suite pour analyser ce qui marchait bien ou nécessitait des changements. Ensuite, nous recommencions le même processus qui s’est prolongé pendant toute une semaine. A la fin de cette semaine, nous n’avons plus eu besoin de l’actrice. Lorsque Tony mimait la scène, on aurait vraiment dit que la jeune femme était présente, qu’on la voyait, ainsi que ses expressions et ses moindres gestes.
    Je n’ai plus répété cette scène avec Tony avant plusieurs mois, au moment où il dut l’interpréter devant la caméra. Son interprétation fut exceptionnelle.
    Le fait de travailler aux côtés de Henry Fonda, d’obtenir la performance de sa vie pour Tony Curtis et de constater à quel point cette nouvelle technique cinématographique a bien fonctionné, tous ces éléments font de L’Etrangleur de Boston un des films les plus satisfaisants de ma carrière."
   
    Richard Fleischer
    Los Angeles, mars 1998.

   
    Biographie de Richard Fleischer par S. Bourgoin :
   
    " Dernier des grands de Hollywood, Richard Fleischer fait partie de ces réalisateurs américains que l’on exclut systématiquement de la sacro-sainte notion “d’auteur”. Classé hâtivement cinéaste commercial ou habile artisan, Fleischer est honteusement ignoré par la critique internationale. Evidemment, Fleischer a le tort de raconter une histoire, sans effets inutiles, et de réaliser des films dits “commerciaux”. De nature modeste, il avoue préférer laisser ses films parler pour lui, au contraire de tant de “jeunes” cinéastes qui passent plus de temps à discuter de leur film qu’ils n’en prennent pour le tourner.
    Pourtant, si tous les cinéphiles connaissent L’Egnime du Chicago Express, Les Inconnus dans la ville, Les Vikings, Bandido Caballero, 20 000 Lieues sous les mers, Le Voyage fantastique ou Soleil vert, peu d’entre eux pourraient citer le nom du cinéaste qui les a réalisés.
    Touche à tout, Richard Fleischer s’est attaqué avec un égal bonheur à tous les genres tout au long de sa carrière qui comprend quarante-sept films entre 1946 et 1985 : seize films noirs ou policiers, sept drames psychologiques, cinq films d’aventures, quatre comédies, trois films de science-fiction, trois westerns, trois films d’aventures historiques, deux musicaux, deux films de guerre, un documentaire et un film d’horreur.
    Dans le domaine qui nous occupe, celui du “true crime”, des affaires criminelles qu’il reconstitue pour le grand écran, Richard Fleischer s’est particulièrement illustré avec La Fille sur la balançoire (1955) (sur l’affaire Stanford White-Harry Thaw), Le Génie du mal (1959) (sur le monstrueux kidnapping de Leopold et Loeb), L’Etrangleur de Boston (1968) ou L’Etrangleur de Rillington Place (1971) (sur John Reginald Christie, le serial killer nécrophile tueur de six femmes). Il a aussi été le premier à nous montrer l’utilisation du “profil psychologique” sur un tueur en série avec L’Assassin sans visage (1949), près de quarante ans avant Le Silence des agneaux, sans oublier le tueur psychopathe fictif qui traque Mia Farrow dans Terreur aveugle (1971)."



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