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Bibliographie

Pascal Mérigeau & Stéphane Bourgoin
Série B (avril 1983)
Editions Edilig
Genre : Cinéma


    (208 p.)
   
    Préface de Patrick Brion
   
   
   
    L’UNIVERS D’EDWARD D. WOOD JR, par Stéphane Bourgoin
   
    Mis en lumière par la biographie filmée de Tim Burton, qui fut “Oscarisée” avec Martin Landau pour le Meilleur Second Rôle, le réalisateur Edward D. Wood Jr est déjà célèbre aux Etats-Unis depuis une vingtaine d’années comme le " Plus Mauvais Cinéaste " de tous les temps. Inconnu en France, où ses long-métrages ne furent jamais distribués (sauf sous la forme de double-programmes en vidéo), Wood gagna cette réputation à cause de l’immense succès de son chef d’oeuvre, Plan 9 from Outer Space, en vidéo, au point que plusieurs compagnies se battirent à prix d’or dans les années 80 pour récupérer les droits de Night of the Ghouls qui était bloqué depuis 1959, à cause de frais de laboratoire jamais réglés par le réalisateur. Et la Paramount décida même de ressortir Glen or Glenda ? en salles, en 1981.
    Personne, y compris les plus ardents défenseurs de Wood, ne peut prétendre qu’il ait possédé du génie. Non, Ed était un "mauvais" cinéaste. Mais c’était aussi quelqu’un de fascinant et d’unique.
    Aimant se travestir, mais pas gay, Wood adorait raconter qu’il avait servi comme U.S. Marine au Pacifique, où il fut même blessé à deux reprises au combat, et qu’il devait être le seul soldat à avoir débarqué en portant de la lingerie féminine sous son uniforme. Certains ont affirmé qu’il dirigeait ses acteurs déguisé en femme et avec un porte-voix, mais ceci est totalement faux.
    Né en 1924, à Poughkeepsie, dans l’Etat de New York, Edward Davis Wood Jr devient drogué de cinéma lorsqu’il travaille comme ouvreur dans une salle qui passe beaucoup de films de série B, et notamment les productions Monogram et P.R.C. avec Bela Lugosi, la vedette préférée du jeune adolescent. Au début des années 50, il décide de se rendre à Hollywood où il est assistant-réalisateur sur plusieurs westerns ultra-fauchés, avec pour star l’obscur clone d’Audie Murphy, le cow-boy Johnny Carpenter. Wood est pour la première fois crédité sur un générique pour The Lawless Rider (1952). C’est sur ces productions minables qu’il fait la connaissance d’un cinéphile anglais, Alex Gordon, qui rêve aussi de percer à Hollywood. Gordon, qui connaît bien Bela Lugosi, a écrit un scénario pour l’acteur, The Atomic Monster, et il cherche un partenaire pour monter le film. Les deux hommes s’associent et écrivent plusieurs scripts pour Lugosi, The Vampire’s Ghost, The Phantom Ghoul et Dr Voodoo, qui ne verront jamais le jour.
    A l’époque, Lugosi était bien loin du rôle vedette du Dracula de Tod Browning ou de seconds rôles dans de grosses productions, telles que Ninotchka d’Ernst Lubitsch. Depuis son arrivée aux Etats-Unis, il n’a jamais fait l’effort d’apprendre réellement l’anglais, si bien qu’il parle phonétiquement ses dialogues, sans en comprendre la plupart du temps la signification. De plus, il est devenu un drogué qui a besoin d’une injection quotidienne de morphine. Wood et Gordon n’ont aucun mal à convaincre l’acteur vieillissant, et qui vient de se remarier, de travailleur pour eux, car Lugosi rêve d’un glorieux comeback qui ne verra jamais le jour. Leur association va donner lieu à une saga filmique unique dans l’histoire du cinéma.
    Bien que nuls, les films de Wood contiennent une vision qui leur est propre, fascinante dans son absurdité, mais qui dénote de manière incontestable la patte (lourde, il est vrai) d’un auteur à part entière. Même si leurs budgets sont proches du zéro, qu’ils manquent de talent et de cohérence, que la direction d’acteurs est inexistante, que les dialogues sont ridicules, les films d’Ed Wood portent la marque de leur auteur et se reconnaissent du premier coup d’oeil, comme ceux d’un Bergman ou d’un Woody Allen (mais les comparaisons s’arrêtent là).
   
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    GLEN OR GLENDA ? (1953)
   
    (Autres titres: “I LED TWO LIVES” ; “I CHANGED MY SEX !” ; “HE OR SHE” ; “THE TRANVESTITE”) 67 minutes avec Daniel Davis (Edward Wood), Dolores Fuller, Lyle Talbot, Bela Lugosi, Timothy Farrell, Tommy Haines.
    Pour son premier film, Edward Wood obtient un financement du producteur-distributeur indépendant George Weiss, spécialisé dans les sujets brûlants comme son Test-Tube Babies, pour tourner un documentaire sur les travestis. Le sujet est alors d’actualité avec le cas de Christine Jorgensen, qui refuse de jouer dans le film, mais demeure quand même un sujet tabou et délicat dans cette Amérique de 1953. Sur une durée de 67 minutes, près de 20 sont composées de stock-shots, et le film démarre par l’inspecteur Warren qui parle du suicide d’un travesti avec le Dr Alton. Ce dernier lui relate deux histoires authentiques. Un ex-Marine, Alan, devient Ann, grâce à une opération chirurgicale. A Los Angeles, Glen, qui est interprété par Ed Wood sous le pseudonyme de Daniel Davis, n’ose pas avouer à sa fiancée qu’il aime à s’habiller en femme. La fiancée est jouée par Dolores Fuller, épouse de Wood dans la vie, et qui fut aussi parolière d’Elvis Presley, notamment pour Do the Clam. On voit Glen faire du shopping dans un magasin de lingerie féminine, et, lorsqu’il touche trop longuement une culotte de soie noire, des éclairs jaillissent (en stock-shots) dans le ciel pour montrer à quel point son esprit est torturé. Finalement, Glen raconte la vérité à Barbara qui lui pardonne, même si elle ne comprend pas tout à fait, et, sacrifice ultime, elle retire son pull angora pour le donner à son fiancé qui a toujours rêvé de le porter.
    A intervalles réguliers, Bela Lugosi, qui fut engagé pour un jour de tournage, apparaît on ne sait pas trop pourquoi. Il joue “The Spirit”, une sorte de divinité, assis sur un trône au milieu d’une pièce remplie de crânes, d’idoles vaudous et de têtes réduites. Son monologue consiste en de profonds commentaires du genre : “D’énormes dragons verts sont assis sur le perron de votre maison et mangent les petits garçons.” Il n’est pas le seul narrateur du film, puisqu’une autre voix déclare de façon solennelle, pendant des stock-shots d’une autoroute californienne : “Le monde est un endroit étrange. Avec toutes ces voitures. Elles vont quelque part. Toutes transportent des êtres humains qui poursuivent leur existence.”
   
    JAIL BAIT (1954)
   
    (Autre titre: “THE HIDDEN FACE”) 70 minutes avec Timothy Farrell, Lyle Talbot, Dolores Fuller, Herbert Rawlinson, Steve Reeves, Clancy Malone, Theodora Thurman.
    Un gangster, Vic Brady, et son jeune complice, Don Gregor, braquent une chaîne de cinémas de Monterey. Le garde est tué par l’adolescent, mais une femme est témoin de la scène et identifie les criminels. Brady élimine son complice et oblige le père de Don, un célèbre chirurgien esthétique, à effectuer une opération pour changer son visage, en faisant croire que son fils est détenu en otage par des complices. Mais le paternel, Boris Gregor, n’est pas dupe, car il a découvert le cadavre de son enfant et il se venge à sa façon. Vic Brady se retrouve avec le visage de Don Gregor, qui est arrêté et passera sur la chaise électrique pour le meurtre du garde.
    Ce “film noir” est raté, donc ennuyeux pour une oeuvre de Wood, car Jail Bait est en fait trop sage par rapport aux standards habituels du cinéaste. Comme d’habitude, c’est dans les dialogues entre les flics que se trouvent les quelques perles rares. Un des inspecteurs n’est autre que le futur roi du péplum, Steve Reeves, dans son premier rôle, et on le voit même retirer sa chemise pour faire admirer sa musculature. La femme de Wood, Dolores Fuller joue la soeur de Don Gregor et, lorsqu’un inspecteur lui dit que “porter une arme à feu peut-être dangereux”, elle rétorque : “Construire un gratte-ciel est tout aussi dangereux !” Comprenne qui pourra.
    Le score musical, très particulier, mélange de guitare et de flamenco, provient d’un célèbre film de série Z de science-fiction, Mesa of Lost Women, et donne un éclairage quasi-surréaliste aux scènes d’action, telle qu’une poursuite de voiture.
   
    BRIDE OF THE MONSTER (1955)
   
    (Autres titres: “BRIDE OF THE ATOM” ; “MONSTER OF THE MARSHES”) 69 minutes avec Bela Lugosi, Tor Johnson, Tony McCoy, Loretta King, Harvey Dunn, Paul Marco, Eddie Parker.
    Bela Lugosi a soixante-treize ans lorsqu’il interprète son dernier rôle parlant avec le personnage d’un savant fou, le Dr Vornoff. Dans son laboratoire minimaliste en plein marais, auquel on accède par une porte secrète située dans une cheminée, Vornoff utilise l’énergie atomique pour créer des surhommes. Mais la plupart de ses cobayes décèdent, sauf le géant débile Lobo. Les victimes sont transformées, attachées sur une table avec un abat-jour de métal sur la tête, tandis que le rayon nucléaire est fourni par un agrandisseur photo ! Les visiteurs trop curieux sont donnés en pâture à une pieuvre géante, un accessoire récupéré d’un vieux film de John Wayne, Le réveil de la sorcière rouge ; comme personne est capable de l’animer, ce sont les victimes qui se débattent et agitent les tentacules du monstre qui reste immobile.
    Le tournage du film débute en octobre 1955, mais s’arrête peu après faute de fonds. Il reprend en mars 1956, grâce au financement de la Packing Service Corporation, dont le patron impose son fils, Tony McCoy, comme vedette (il joue le rôle de l’inspecteur). Son supérieur dans le film, le capitaine Tom Robbins est interprété par Harvey Dunn, qui gagnait sa vie en faisant le clown pour les anniversaires d’enfants, en compagnie d’un perroquet. Si bien que Bride of the Monster doit être le seul film de l’histoire du cinéma où l’on voit avec stupéfaction un flic apparaître avec un perroquet sur l’épaule ! A un moment donné, un des policiers répond au téléphone, mais Ed Wood a oublié de rajouter la sonnerie à la bande son.
    Les décors sont ahurissants. La porte d’entrée de la maison de Vornoff s’ouvre avec une barre verticale, vue de l’extérieur, mais dans les plans raccords, lorsque les acteurs pénètrent à l’intérieur, nous observons que la barre s’est changée en bouton de porte. Les murs de pierre du labo sont peints de manière ridicule et la peinture s’est arrêtée à quelques centimètres du plancher. Lors de la bagarre finale entre Tor Johnson et le double de Bela Lugosi (qui ne lui ressemble pas du tout), le mur recule lorsqu’ils le heurtent. Une fenêtre de ce même laboratoire donne sur le lac pour que Vornoff puisse observer les allées et venues de sa pieuvre. Cependant, une porte sur la droite s’ouvre sur une pièce qui devrait logiquement se situer sous la surface de l’eau, alors que le film nous démontre, par l’absurde, qu’elle se trouve au-dessus de ce même lac.
    Bela Lugosi, qui fut payé la somme misérable de 1 000 dollars, joue avec conviction et son habituelle grandiloquence ajoute encore à l’aspect surréaliste du film. Sa méconnaissance de l’anglais nous permet une savoureuse exclamation de sa part. En parlant du monstre, il affirme qu’il “est doux comme une cuisine”, au lieu de “est doux comme un chaton” (en vo : “sweet as a kitchen” à la place de “sweet as a kitten”).
   
    PLAN 9 FROM OUTER SPACE (1956)
   
    78 minutes avec Bela Lugosi, Tor Johnson, Vampira, Gregory Walcott, Mona McKinnon, Lyle Talbot, Tom Keene, Paul Marco, Dudley Manlove, Criswell.
    Comme d’habitude chez Wood, l’histoire du film importe moins que son traitement. Des aliens débarquent dans une petite ville de Californie et font revivre trois cadavres qui se baladent dans un cimetière de studio qui doit mesurer vingt mètres carrés au grand maximum. Les faux raccords abondent, les séquences de nuit et de jour s’enchaînent dans la plus grande confusion. Ainsi, une voiture de patrouille noire et blanche, avec projecteurs et gyrophare sur le toit, fonce en plein jour pour s’arrêter de nuit dans le cimetière, lors du plan suivant, mais entre-temps, elle a changé de couleur et perdu les projecteurs et son gyrophare.
    Le film s’ouvre et s’achève par un discours grandiloquent du devin Criswell (que l’on retrouve dans d’autres ouvres “woodiennes” telles que Night of the Ghouls et Orgy of the Dead). Prophète à la télévision, Criswell est l’auteur de Criswell Predicts, où il affirme être le nouveau Nostradamus. Parmi ses prédictions pour les années 80, des villes entières habitées uniquement par des homosexuels ; que le gouvernement américain donnera aux indiens l’Etat du Nouveau-Mexique et qu’une convention interplanétaire se déroulera à Las Vegas.
    Deux jours après le début du tournage, Bela Lugosi décède de mort naturelle, et Wood se retrouve sans star, avec pour unique séquence tournée, celle où Lugosi assiste à l’enterrement de sa femme. Mais le cinéaste avait filmé des bouts d’essai avec l’acteur pour un projet avorté, The Vampire’s Tomb, où l’acteur se promène dans les bois et quitte sa maison vêtu d’une cape, et ces scènes sont incorporées dans Plan 9 from Outer Space. Le reste du temps, c’est un double qui prend la place de Lugosi (il mesure une bonne tête de plus que lui) et se balade constamment le visage caché par sa cape ! Le rôle est tenu par le chiropracteur de Dolores Fuller, l’épouse de Wood.
    Les plans intérieurs d’un avion de ligne (un panneau de bois, avec une ouverture recouverte d’un rideau de douche, est censé représenter la cabine) et de la base spatiale des aliens sont insensés, mais ne sont encore rien comparés aux dialogues du film. On pense tout particulièrement aux explications des extra-terrestres sur le “Plan 9”, où le commandant porte le nom d’Eros et est joué par un certain Dudley Manlove. Une vision répétée du film est recommandée pour en apprécier tous les détails saugrenus.
   
    NIGHT OF THE GHOULS (1959)
   
    (Autre titre: “REVENGE OF THE DEAD”) 79 minutes avec Kenne Duncan, Duke Moore, Tor Johnson, Criswell, Valda Hansen, Paul Marco, Don Nagel, Ed Wood.
    Invisible pendant vingt-cinq ans, Night of the Ghouls débute aussi dans un cimetière avec Criswell qui se dresse dans un cercueil pour nous parler “des monstres qui nous font pitié... des monstres qu’il faut mépriser”. Kenne Duncan, un ancien cascadeur, interprète le Dr Acula, un faux médium, qui aidé de sa complice, Valda Hansen, qui joue le “Fantôme Blanc”, escroquent les gens lors de séances de spiritisme truquées. Mais Acula ressuscite des cadavres par erreur et ceux-ci se vengent en l’enterrant vivant.
    Si le film n’est pas tout à fait à la hauteur de Glen or Glenda ? ou de Plan 9 from Outer Space, il comporte malgré tout quelques scènes mémorables, comme la séance de spiritisme avec ses trompettes qui flottent en l’air (les fils sont visibles) pour une lugubre sérénade ou ce guide spirite, une tête désincarnée coiffée par un casque colonial, tandis que les corps se dressent pour assener de redoutables vérités : “Vivre éternellement peut-être très fatiguant”. Tor Johnson, dans le rôle de Lobo, et Paul Marco dans celui du flic Kelton, interprètent des personnages récurrents dans plusieurs des films d’Ed Wood qui apparaît lui-même en tant que cadavre.
   
    THE SINISTER URGE (1961)
   
    (Autres titres: “THE YOUNG AND THE IMMORAL” ; “HELLBORN”) 70 minutes avec Kenne Duncan, Duke Moore, Dino Fantini, Harvey Dunne, Jean Fontaine, April Lynn, Ed Wood.
    Denier film réalisé (officiellement) par Wood, The Sinister Urge se veut une dénonciation hypocrite de la pornographie, “un mot dégoûtant pour un business dégueulasse”, ultime phrase qui conclut les méfaits d’un “serial killer” sexuel, eh oui, trente ans avant Le silence des agneaux ! Excité par la vision de bandes pornos (deux nanas se trémoussent en déshabillés avec un mexicain torse nu et armé d’un fouet), Dirk attaque, viole et tue ses victimes à coups de couteau dans un parc.
    La séquence d’ouverture est du pur Wood : une fille en combinaison court dans la forêt. Lorsqu’elle est rejointe par le meurtrier, sa combinaison a miraculeusement laissé place à un slip et soutien-gorge. Et alors que nous sommes visiblement en plein bois, elle tombe par hasard sur une cabine téléphonique.
    Lorsqu’un honnête citoyen, joué par Harvey Dunn, le flic au perroquet de Bride of the Monster, mais sans volatile, cette fois-ci, vient se plaindre auprès de la police, l’inspecteur qui mène l’enquête lui déclare : “Pour chaque crime qui est commis, je peux vous montrer une photo qui a causé ce crime.” Les séances de photos cochonnes sont particulièrement savoureuses et le personnage de Johnny Ryde, le réalisateur de porno, est calqué sur celui d’Ed Wood. Son bureau est décoré par les propres affiches des films de Wood.
    Encore une fois, Wood marque son intérêt pour le travestisme, puisque le “serial killer” est capturé par un policier déguisé en femme qui piège le tueur. Gloria, qui commandite ce racket pornographique, résume bien la morale de l’oeuvre, “Qui a besoin de bons films dans ce business ?”
   
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    Wood signe aussi le scénario de plusieurs films réalisés par d’autres, The Violent Years (1956), The Bride and the Beast (1958), The Shotgun Wedding (1963), ainsi que plusieurs pornos soft tels que Orgy of the Dead (1965) avec Criswell et Fugitive Girls (1971), où il fait une apparition. Par la suite, il aurait réalisé des films X comme Take It Out on Trade ou Necromania. Il survit de sa plume et signe plusieurs romans, certains sous le pseudonyme d’Angora Peters : Orgy of the Dead (illustré par des photos du film homonyme), T For Tranvestite, Killer in Drag, Watts... The Difference ou It Takes One To Know One.
    Malheureusement, Edward D. Wood qui connaît de sérieux problèmes d’alcoolisme ne parvient plus à remonter la pente. De nombreux projets de films à petits budgets avortent, et, en 1978, il est expulsé avec sa femme, Kathy, et leurs cinq chiens, d’un minuscule appartement que le couple louait sur Yucca Street, à Los Angeles. Ils trouvent refuge chez un ami acteur, Peter Coe, et, moins de quinze jours plus tard, Ed Wood décède d’une crise cardiaque alors qu’il regardait un match de football américain dans le salon de son ami. Il n’aura donc jamais connu le succès posthume de son oeuvre, pas plus qu’il n’en aurait touché les dividendes, puisque les droits de ses films ne lui appartenaient plus. Ainsi, les droits de Plan 9 from Outer Space étaient détenus par l’Eglise Baptiste, les fonds nécessaires au tournage ayant été fournis par deux dignitaires de cette confession (qui apparaissent brièvement au début du film ; ils sont les deux fossoyeurs).
    Edward D. Wood Jr n’a jamais été nominé pour les Oscars, et à juste raison d’ailleurs. Il est mort fauché en 1978, mais vingt ans après son oeuvre trouve la consécration, des livres lui sont consacrés et sa biographie est filmée par Tim Burton.
    A l’époque où il tournait, ces films étaient déjà remarquables. C’était une période d’Hollywood où une pieuvre géante et des goules paraissaient encore plus terrifiantes que l’humanité qu’elles menaçaient ; où seuls un colonel mangé aux mites et un détective armé d’un perroquet sur l’épaule pouvaient sauver le monde. Un temps d’innocence où l’humanité croyait encore qu’elle valait la peine d’être sauvée, et où l’espace intersidéral ressemblait à la salle d’attente d’un coiffeur, une période où le désir d’une jeune femme de retirer son soutien-gorge était encore une aventure et l’envie d’un homme de l’enfiler restait une perversion secrète. Il était une fois Edward D. Wood Jr, il y a très très longtemps... à Hollywood.



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