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Bibliographie

Stéphane Bourgoin
Le Livre noir des serial killers (novembre 2004)
Editions Grasset
Genre : Criminologie

(617 p.)
   
   
    L'ouvrage contient les biographies suivantes :
   
   
    - Le vampire de Düsseldorf (Peter Kürten)
    - L'étrangleur de Boston (Albert De Salvo)
    - Le monstre de Rochester (Arthur Shawcross)
    - Le cannibale de Milwaukee (Jeffrey Dahmer)
    - La main de la mort (Henry Lee Lucas & Ottis Toole)
    - L'ogre de Santa Cruz (Edmund Emil Kemper)
    - Le tueur de la Green River (Gary Ridgway)
   
    Les six premiers récits sont des rééditions révisées et actualisées des biographies publiées au Fleuve Noir et chez Méréal.
    La septième biographie a été spécialement écrite pour le présent volume.
   
    Extrait du Tueur de la Green River :
   
    CHAPITRE VIII
   
    POURQUOI J’AI TUE ?
   
    Comme l’admet Ridgway, les 48 victimes qu’il a officiellement reconnues ne représentent qu’une fraction des femmes qu’il a tuées. Pourquoi a-t-il assassiné autant de jeunes femmes ? Il est impossible de répondre à cette question. En tout cas, Gary Ridgway ne souffre d’aucune maladie mentale qui pourrait atténuer ou absoudre sa responsabilité. Les aveux du tueur montrent clairement que c’est un psychopathe, une personnalité asociale capable d’évaluer la portée de ses actes.
    Lorsqu’il tue l’une de ses toutes premières victimes à son domicile, il éprouve de la peur car il lui faut trouver un endroit où cacher le corps. Mais il est aussi soulagé de ne pas avoir à la reconduire et parce qu’il n’a pas besoin de la payer. Il ressent aussi “un petit peu de puissance.”
    Lors des interrogatoires de l’été 2003, Ridgway reconnaît qu’il n’a jamais pensé à ce que ses victimes pouvaient ressentir pendant qu’il les tuait. L’idée ne l’a même jamais effleuré. Quand on lui demande s’il lui manque quelque chose par rapport à ses semblables, la réponse est sans appel : “l’empathie.” Il est fier de ce qu’il a “accompli” et que les enquêteurs n’aient jamais retrouvé certains de “ses” corps. Il n’a aucune envie de mourir mais il pense qu’il devrait être exécuté “pour avoir tué tant de femmes.” Ridgway pense qu’un célèbre auteur de livres sur les affaires criminelles de Seattle va rédiger un ouvrage sur lui. Le Green River Killer fait allusion à Anne Rule, auteur de nombreux best-sellers sur les affaires criminelles dont celui sur Ted Bundy est le plus connu, et qui est effectivement en train d’écrire un opus sur Gary Ridgway. Cette pensée l’obnubile à un tel point qu’il ne veut pas apparaître sous un “mauvais jour” dans ce futur ouvrage – et cela influence beaucoup ses aveux. Ridgway a du mal à admettre un certain nombre d’actes qu’il juge peu conformes à l’idée qu’il se fait de sa propre personne.
    Au cours des interrogatoires, le tueur en série insiste énormément sur le fait qu’“aucun policier m’a attrapé. Si je me suis fait prendre, c’est à cause de cette nouvelle technologie” (l’ADN). Il voit son comportement homicide comme “une carrière.” Il se considère comme “un expert dans ce domaine. Qui est de tuer des putes.” Quelquefois, il a pensé à assassiner d’autres personnes, notamment son épouse actuelle et des membres de sa famille. Mais il renonce à ces projets, à cause du risque de se faire prendre.
    Ridgway a sa fierté et il tient à souligner qu’il n’est pas un violeur : “Je vais avec une personne qui est d’accord pour du sexe, et ensuite je la tue. Je ne suis pas un de ces gars qui viole et tue des femmes, ça c’est des pauvres types. Je n’ai aucune considération pour eux. Je ne suis pas un violeur. Non. Je suis un meurtrier, pas un violeur.”
    A plusieurs reprises, Ridgway emploie le mot “remords,” alors qu’il veut plutôt dire “regrets.” Il pleure au sujet d’une de ses victimes et son interlocuteur le questionne :
    - Si vous avez tué ces femmes avant 1990, pourquoi pleurer maintenant alors que...?
    - Eh bien, parce que j’ai déconné. J’ai déconné en les tuant. Peut-être parce que j’ai laissé trop...
    - Trop de quoi ?
    - Trop...
    - ... d’indices ?
    - Oui, Trop d’indices.
    Un peu plus tard, il parle à nouveau “d’un petit peu de remords” après un meurtre alors que son fils est présent dans la camionnette, non loin de là :
    - La tuer avec Matthew présent n’était pas une bonne solution.
    - Pourquoi ?
    - Parce que Matthew aurait pu voir quelque chose.
    - Et cela aurait posé un problème ?
    - Eh bien... il aurait eu ce souvenir pendant tout le reste de son existence.
    - Peut-être qu’il aurait témoigné contre vous ? Et si ça avait été le cas, vous l’auriez tué ?
    - Non, probablement pas. Je ne sais pas.
    - Mais c’est une possibilité ?
    - C’est possible.
    - Vous y avez pensé à l’époque ?
    - Oui.
    Une autre fois, Ridgway paraît éprouver de la peine à raconter le meurtre d’une adolescente de 16 ans. Ce ne sont pas les remords qui l’étouffent mais c’est parce qu’il a changé sa façon d’opérer. Au lieu de l’étrangler par derrière, il lui fait face : “Elle me regarde en me suppliant de ne pas la tuer. Et je ne voulais pas me rappeler de cet instant, je ne voulais pas voir son visage. C’est une chose que je préfère oublier, voilà pourquoi je les tue toujours par derrière, pour ne pas croiser leur regard. J’ai continué à l’étrangler parce que je ne pouvais pas m’arrêter. Sinon elle m’aurait dénoncé. Et je n’aurais pas pu continuer de tuer. Et c’était important pour moi... de tuer.”
    A plusieurs reprises, il indique qu’il aurait bien assassiné son épouse ou certaines de ses petites amies : “Ça m’aurait évité des frais de divorce mais j’aurais été le premier suspecté.” Quant aux prostituées, il semble trouver le fait de les assassiner tout à fait normal : “Vous savez, je vous ai rendu service, à vous autres flics. Tuer des prostituées que vous n’arrivez pas à contrôler, alors que moi j’y arrive. Vous pouvez pas leur faire de mal. Vous les arrêtez, vous leur passez des menottes, peut-être allez-vous les secouer de temps en temps mais ça s’arrête là. Mais vous n’arrivez pas à stopper le problème. Moi, je vous faisais une fleur. Je veux dire... si ce sont des étrangères sans papiers, vous pouvez les reconduire à la frontière ou les mettre à bord d’un avion. Mais si ce sont des prostituées, vous les arrêtez et, dès qu’elles sont dehors après avoir payé une amende, elles se retrouvent sur le trottoir avec une nouvelle identité et vous autres, vous avez toujours le même problème. Moi, j’avais trouvé la réponse.”
    Quelques minutes plus tard, Ridgway ajoute : “Bien sûr, je suis désolé d’avoir fait ça mais je ne tuais pas des personnes. Je tuais... comment dire... elles se trouvaient juste au mauvais endroit et au mauvais moment.
    - Vous vous considérez comme un serial killer ?
    - Euh... oui.
    - Et si on devait vous donner une note de 1 à 5, 5 étant pour le pire des assassins, combien vous vous donneriez ?
    - Je dirais un 3.
    - 3 ?
    - Oui. D’abord, je les ai tuées... Par contre, je ne les ai pas torturées. Et elles sont parties vite...”
    Gary Ridgway a assassiné ses victimes de manière délibérée, avec méthode et systématiquement. Il n’est pas inhibé par des questions morales. Lors des interrogatoires, il n’exprime jamais le moindre remords sincère.
    Gary Ridgway tue parce qu’il le veut. Parce qu’il le peut. Et parce que cela lui fait plaisir.



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