"; ";
  Accueil     Librairie     Polars     Thrillers     Criminologie     S. Bourgoin     Infos     Liens  

_

Identification :      [inscription]

Bibliographie

Stéphane Bourgoin
L'Etrangleur de Boston (1998) (septembre 1998)
Editions Méréal
Genre : Criminologie
Collection : "Serial killers" N° 1

(240 p.) - Cahier photos
   
    Préface de Richard Fleischer
   
   
    Extrait du premier chapitre "Sexe, mensonges et perversions" :
   
    UN ENFER FAMILIAL
   
    “Mon père rentrait presque tout le temps soûl à la maison et il était accompagné par des prostituées. Il frappait ma mère devant elles. J’avais honte de l’avoir comme père. Ma mère était une femme si gentille.
    “Un de mes premiers souvenirs d’enfance le montre frappant ma mère. J’avais sûrement moins de cinq ans mais je m’en souviens encore. Il l’a renversée sur le divan à coups de poings, avant de lui faire tellement mal à la main que j’entends toujours ses hurlements de douleur qui se mêlaient à nos propres cris. Puis, il nous frappait aussi jusqu’à ce qu’un policier intervienne. Là, mon père se calmait, car il ne battait que les personnes plus faibles que lui.
    “Mon grand-père a été coiffeur et mon père avait hérité d’une épaisse sangle de cuir qui lui servait à aiguiser son rasoir. Le cuir en était très épais et il l’utilisait pour nous taper dessus. Pourtant, nous ne faisions pas grand-chose pour mériter un tel châtiment ; en fait, il suffisait que nous soyons présents quand il était d’humeur à nous corriger. Mais, la plupart du temps, nous parvenions à nous enfuir à temps pour nous cacher à Eastie, à Noddle Island, sous les pontons des quais où il avait trop la trouille pour venir nous chercher, étant donné que les autres gosses nous auraient aidés à le tuer pour les quelques dollars qu’ils auraient pu lui piquer.
    “Notre maison était chauffée au charbon et nous avions toujours très froid pendant l’hiver. Le peu de charbon que nous avions venait d’oeuvres de charité, et mon père le revendait souvent pour se payer à boire. Et nous avions faim la plupart du temps. Non, nous ne mourrions pas de faim, mais nous n’avions pas assez à manger. Même aujourd’hui, je me rappelle ce sentiment de gêne que j’éprouvais alors, ce désir de nourriture qui n’était jamais satisfait. D’autres étaient bien plus malheureux que nous : je sais que certains de mes copains allaient jusqu’à gratter le plâtre des murs afin de trouver quelque chose à manger. Et lorsqu’un tel enfant grandit, il a en lui le désir de tout posséder, et à n’importe quel prix.
    “Tout allait bien quand mon père était en prison ou qu’il se trouvait quelque part avec ses copains ou une autre femme. Ma mère pouvait mieux s’occuper de nous, nous mangions presque à notre faim et la maison était chaude. C’était une bonne mère qui faisait de son mieux pour notre famille. Ce n’était pas de sa faute si mon père était un mauvais homme. Je ne lui pardonnerais jamais pour ce qu’il nous a fait.”
   
    “Je vous ai déjà parlé des pontons d’Eastie qui étaient comme une seconde maison pour moi et mes frères. C’était un vrai coupe-gorge. Il y avait là des enfants qui n’avaient plus de parents ou qui y vivaient en permanence, ou dans de vieux entrepôts abandonnés. C’était envahi par des millions de rats - et ils n’étaient pas petits. Mais ces enfants agissaient parfois comme des rats qui s’attaquent à un des leurs malade. Un jour, j’ai vu toute une bande de gosses se précipiter sur un clochard ivre et le déchiqueter en pièces, jusqu’à ce qu’il soit mort et réduit à l’état de squelette. Puis, ils ont balancé son corps ou ce qu’il en restait dans l’eau. Voilà l’endroit où je passais pas mal de temps mais, moi, je n’étais pas vicieux comme certains d’entre eux. J’avais trop peur et j’étais trop timide. Je n’aimais pas me battre et je ne pensais pas pouvoir en être capable. A ma grande surprise, je devais découvrir que j’en étais tout à fait capable et que je me débrouillais pas si mal que ça. Ce fut bien plus tard, lorsque j’avais grandi. A l’armée, on m’a dit que c’était parce que j’avais de grandes mains. C’est peut-être le cas mais je sais que je suis très fort et que je pouvais avoir le dessus sur des types bien plus costauds que moi, si j’en éprouvais l’envie.
    “Tout ça se passait avant mes douze ans. Après, j’ai été arrêté à deux reprises - pour un vol sur une personne et un cambriolage avec effraction. C’est à Lyman School que j’ai vraiment appris des choses et que le sexe a pris une telle importance à mes yeux.
    “Quand mon père était absent - pour une raison ou une autre -, on se payait du bon temps. Des personnes, qui nous évitaient en temps ordinaire, venaient nous rendre visite. Les enfants du quartier, de la Troisième et Quatrième Rues, jouaient à la maison, sans crainte de se faire cogner dessus. Parfois, certains de nos professeurs de la Williams School passaient également.
    “Ma grand-mère maternelle donnait un coup de main pour la cuisine. Elle confectionnait des tartes aux pommes et de délicieux plats. Elle était toujours très bonne avec nous, comme notre mère, et elle faisait tout son possible pour nous aider. Je fus très triste lorsque j’appris qu’elle se fit interner à Danvers pour ses vieux jours. Je lui ai rendu visite à mon retour d’Allemagne, probablement en 1956, et elle ne m’a même pas reconnu. Elle parlait sans cesse, mais cela n’avait ni queue ni tête.”
   
    “JE RESSENTAIS UNE TELLE COLERE EN MOI”
   
    “Pendant mon adolescence, c’était l’époque des gangs mais je n’en ai jamais fait partie, bien que je fréquentasse celui de la Première Rue, à Chelsea. Je suis plutôt individualiste de nature. Et puis, il fallait tout le temps se battre ou discuter afin de prouver à quel point vous étiez un dur ou un malin. Je n’ai jamais appartenu à un groupe quelconque. Ce n’est pas mon truc. Boire ou fumer ne m’intéressait pas. J’avais l’exemple de mon père devant les yeux. Mais il n’y avait pas que ça - je n’avais pas confiance en moi ou en qui que ce soit. J’aimais faire des choses par moi-même - ou juste avec une femme -, du moins, en ce qui concerne les choses sexuelles. Presque toujours, j’arrivais à jouir tout seul, rien qu’en pensant à la Femme. J’adorais les chevaux mais je déteste les chats. A l’époque, je tirais sur les chats avec un arc et des flèches ; parfois, je les voyais s’enfuir en hurlant avec une flèche dans le ventre. Mais ça ne me faisait rien du tout, bien que je sois plutôt quelqu’un d’émotionnel. Juste avant de décocher une flèche, quand je les tenais dans ma ligne de mire, je ressentais une telle colère en moi que je crois que j’aurais pu les déchiqueter de mes mains. J’ignore pourquoi mais, à cet instant précis, je les haïssais et pourtant ces chats ne m’avaient jamais rien fait.
    “Pendant tout ce temps-là, je continue à fréquenter la Williams School à Chelsea. Je ne sais pas pourquoi parce que je n’aime pas aller à l’école. Peut-être parce que je m’entendais bien avec mes professeurs ? J’ai quitté l’école à seize ans, en juin 1948. Dans notre quartier de Chelsea, il fallait penser à gagner sa croûte très rapidement. Certains de mes copains travaillaient comme débardeurs sur le port, malgré leur jeune âge. Mais il fallait connaître des gens du syndicat pour avoir ce type de boulot, ou faire partie d’un gang, ce qui n’était pas mon cas. Je n’avais pas trop envie de travailler, bien que j’aie toujours bien bossé lorsque j’avais un emploi. J’aimais bien l’idée d’entrer par effraction chez les gens, mais ça ne payait pas. De toute façon, je crois que je cherchais quelque chose d’autre, et c’est peut-être pour ça que je ne ramenais pas grand-chose de valable. Mais c’est un travail de solitaire et, sûrement, une des raisons qui m’attire dans ce genre de boulot. Je savais très bien vers quoi tous ces cambriolages allaient m’emmener un jour : obliger une femme à faire tout ce dont j’avais envie.
    “De nombreuses fois, alors que je me trouvais dans un appartement, je suis resté sur le pas de la porte d’une chambre à coucher pour regarder longuement une femme en train de dormir, mais sans avoir le courage de faire quoi que ce soit. Plus tard, quand j’ai eu les couilles d’agir, je me suis aperçu qu’un grand nombre d’entre elles voulait que vous les baisiez, même que vous les violiez pendant qu’elles faisaient semblant de ne pas aimer ça, alors que ce n’était pas vrai.
    “Il était difficile de traîner à Chelsea si vous n’alliez pas à l’école ou si vous n’aviez pas de boulot, car les flics vous repéraient vite fait, surtout si vous aviez de la monnaie dont vous ne pouviez pas expliquer la provenance. Il fallait que je trouve un travail, mais rien ne me plaisait - et, de toute façon, je ne me voyais pas en train de bosser juste pour quelques misérables dollars. C’était ce que faisaient la plupart de mes copains, et c’est ce que j’ai fait plus tard pour nourrir ma femme et mes gosses. Mais c’était bien plus tard, à ma sortie de l’armée, lorsque j’avais vingt-sept ans.”



_

Fil RSS
© Stéphane Bourgoin 2003 - 2014
Réalisation : Nokto