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Actualité criminologie

    Procès du " Cannibale de Rotenburg " : un cas unique dans l'histoire du droit
    Europe du Nord & de l'Ouest > Cannibale de Rotenburg
    Article posté par Isabelle Longuet le Mercredi 3 décembre 2003

   
   
    Le mercredi 3 décembre s’est tenue, à Cassel, la première journée d’audience du procès de Armin MEIWES, 42 ans, qui comparaît pour avoir émasculé, tué et mangé Bernd-Jürgen BRANDES, 43 ans, à sa demande expresse, en mars 2001. Cette affaire – deux hommes qui se rencontrent par le biais d’internet, et conviennent que l’un castrera l’autre, avant de l’abattre et de le manger entièrement – est unique dans l’histoire du droit international, souligne la presse allemande. Comment aborder un nouveau continent juridique ? Comment punir la « consommation » d’un être humain, dans ces circonstances précises ? Certes, on connaît le déroulement précis des faits puisque tout a été « consigné » sur une bande video de plusieurs heures, puisque l’accusé a reconnu les faits qui lui sont reprochés, et qu’il a été jugé pénalement responsable par un expert. Mais l’issue de la procédure reste totalement ouverte, soulignent certains quotidiens. L’élément décisif sera l’état psychique de la victime au moment où elle a pris la décision d’être tuée puis mangée. Ainsi, Brandes jouissait-il pleinement de ses facultés mentales ? Cela apparaît difficile à établir, à titre posthume.
    Aujourd’hui, devant ce tribunal de grande instance du Land de Hesse, Meiwes, homme courtois, discret et posé, a passé des aveux complets ; il affirme regretter son geste. Il a expliqué qu’il avait de tout temps voulu avoir en lui un ami pour toujours, un ami véritable qui ne le quitterait jamais. Il a expliqué avoir souffert d’une très grande solitude à la suite du départ de son père, lorsqu’il avait huit ans, ainsi que de la domination à outrance exercée par sa mère, avec laquelle il a vécu seul, une fois que ses frères aînés eurent eux aussi quitté la maison. Il a regretté ne pas avoir eu de frère plus jeune, blond et mince, à l’image de Sandy, le héros de la série TV Flipper le Dauphin.
    Il n’a jamais eu de véritable petite amie. Sa relation la plus longue avec une femme a duré six mois ; ils s’étaient rencontrés grâce à une agence matrimoniale. Il pense d’ailleurs être bisexuel. Il dit n’avoir eu aucun rapport sexuel durant les dix années qui ont précédé la mort de sa mère, en 1999, c’est-à-dire jusqu’à ses 37 ans.
    Enfant, déjà, il nourrissait des fantasmes d’abattage d’être humains (ceux de ses camarades de classe qui lui plaisaient bien) ; cela de l’âge de huit à douze ans environ. Il lui arrivait fréquemment d’assister à l’abattage et au dépeçage de toutes sortes d’animaux de ferme. Il rêvait de tuer ainsi un petit frère (imaginaire). C’est à ce moment que sont apparus les premiers fantasmes de consommation d’êtres humains, lesquels n’ont ensuite cessé de se renforcer. Il s’est mis à s’imaginer en train d’éventrer, d’étriper et de dépecer en se masturbant.
    A la mort de sa mère, il a commencé à chercher sur internet des informations sur la mort. Il s’est également mis à regarder des photographies de " beaux corps d’hommes " ; puis à télécharger sur les disques durs de ses ordinateurs – il est informaticien – des clichés de victimes d’accidents et de corps en morceaux. Il a écrit des nouvelles remplies de ses fantasmes « particuliers ». A la mi-2000, il a découvert le site « flesh and bone » et a eu des contacts avec des hommes qui avaient envie d’être abattus. C’était par exemple le cas d’un certain Matteo, qui voulait être « traité » au lance-flammes et fouetté à mort.
    Sous le pseudonyme de Frankie (le nom que, enfant, il donnait à son " petit frère imaginaire "), Meiwes a passé 80 petites annonces sur le net, afin de trouver « un homme de 18 à 30 ans, bien bâti, pour l’abattage ». De son côté, Brandes, sous le pseudonyme de " Cator ", était parti en quête d’un homme qui accepterait de l’abattre et de le manger.
    Brandes, Berlinois, ingénieur, cadre dirigeant chez Siemens, s’est donc acheté un aller simple Berlin-Cassel. Une fois arrivé chez « son » tueur, il a avalé une vingtaine de somnifères, afin de résister à la douleur sans défaillir – il ne voulait rien manquer du spectacle et participer à la consommation de son pénis – ainsi qu’une demi bouteille de schnaps et du sirop contre la toux, qui renforçait l’action des somnifères. Les deux amis étaient installés dans la « salle d’abattage » aménagée au second étage de la grande demeure familiale ; il s’agissait de l'ancien fumoir, une petite pièce aveugle, en mauvais état, comportant notamment un petit lit en fer forgé. Le sexe de Brandes a été coupé à l’aide d’un couteau de cuisine de 18 centimètres, puis rôti pour être mangé. Meiwes a ensuite ouvert son corps en commençant par la gorge (il l’avait pendu par les pieds). Il l’a ensuite installé sur une table pour se filmer en train de le dépecer ; il portait un pyjama bleu. Il a découpé le cadavre en portions – représentant en tout 30 kg de chair – prêtes à être congelées. Il a eu le temps d’en consommer quelque 20 kg, qu’il a cuisinés, avant d’être arrêté.
   
   
    Parmi les pièces à conviction figurent les "restes" de Brandes, retrouvés dans le congélateur (les os avaient été enterrés dans le jardin), et une quantité importante de matériel informatique : 16 ordinateurs, 221 disques durs, 95 CD-Roms, 1 800 disquettes et 307 videos. 38 personnes seront appelées à témoigner, 35 journalistes internationaux assisteront à ce procès qui devrait durer 14 jours.
    Le verdict ne tombera que le 30 janvier. « Comment punir un tel acte ? » semble être la question que tout le monde (se) pose. Car, si l’avocat de la défense affirme que son client « n’est pas un monstre », si le « cannibalisme volontaire » n’existe pas en droit allemand, et si le présumé « Cannibale de Rotenburg » conclut qu’il a été utilisé comme « instrument » par sa victime, et que, « si on veut », il n’a fait que « l’aider à mourir », il n’en reste pas moins que cet acte abracadabrant, qui a révulsé le pays, ne peut pas rester impuni. Meiwes est accusé de « meurtre par plaisir sexuel ». Il encourt jusqu’à 15 ans d’emprisonnement (il a été arrêté fin 2002). Son avocat, lui, plaide le « homicide sur demande », crime entraînant une peine de prison de 6 mois à 5 ans.
    Le professeur Arthur Kreuzer, criminologue (Faculté de Droit de Giessen), déclare, dans le revue STERN (2/12/03), que Meiwes devrait être interné en unité psychiatrique durant plusieurs années car il représente un grand danger pour les autres, étant visiblement incapable de tenir ses représentations sadiques en échec. Quant à la qualification de l’acte – meurtre, homicide ? – elle lui semble particulièrement problématique. Le professeur Kreuzer souligne que, en tout état de cause, Meiwes n’a pas agi par altruisme, comme ce pourrait être le cas avec une personne gravement malade, mais dans son intérêt propre. Le spécialiste pose lui aussi la question de l’état mental de la victime, qui souffrait d’une forme grave de perversion. Meiwes aurait dû remettre en cause la réalité de sa volonté de mourir.

Source : DER SPIEGEL, FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG, FRANKFURTER RUNDSCHAU, HNA, SUDDEUTSCHE ZEITUNG, STERN

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