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Actualité criminologie
Procès Dutroux: Michelle Martin - "voir l'être humain derrière le monstre"
Europe du Nord & de l'Ouest > Dutroux
Article posté par Stéphane Bourgoin le Mercredi 2 juin 2004
" Michelle Martin assume la responsabilité des faits qui lui sont reprochés, a dit mercredi Me Sébastien Schmitz, un des quatre avocats de Michelle Martin. Il a appelé le jury à voir derrière le «monstre » ou «l'être humain qui n'a pas pris ses responsabilités », une personne avec «son vécu et ses faiblesses ».
Michelle Martin est accusée d'avoir séquestré les six jeunes victimes de Marc Dutroux qui l'avait informée très rapidement des enlèvements. Elle n'a notamment pas réagi pendant l'incarcération de Marc Dutroux, entre décembre 1995 et mars 1996, alors que Julie et Mélissa étaient vraisemblablement détenues dans la cache de Marcinelle.
Au cours de sa plaidoirie, Me Schmitz a décrit le parcours de Michelle Martin qui, après une enfance et une adolescence étouffée par une mère dépressive, tombera sous la coupe de Marc Dutroux.
Me Schmitz a tenu à cerner la personnalité de sa cliente car «on ne juge pas des faits mais une personne qui a commis des faits ». Il a rappelé que Michelle Martin a perdu son père quand elle avait six ans dans un accident de voiture. Sa mère est alors devenue profondément dépressive. Elle lui a fait porter la responsabilité de la mort de son père et lui a dénié toute autonomie, a expliqué Me Schmitz en citant les témoins de moralité.
Un de ceux-ci a précisé que pour sortir du milieu familial, elle a «suivi le premier venu et cela n'a pas été le bon ». Dès qu'elle s'installe, en 1984, avec Marc Dutroux, sa vie s'est résumé à trois personnes: sa mère, Marc Dutroux et leur fils, a souligné Me Schmitz. L'avocat a alors décrit sa vie avec Marc Dutroux, entre coups et injures. «Ce qui m'a frappé c'est la tête basse qu'elle présentait en rue: cela en dit long sur la manière dont elle était traitée », a dit l'avocat.
Pendant l'incarcération de Marc Dutroux, des médecins et des assistants sociaux ont constaté son état de détresse alors qu'elle était rentrée chez sa mère. «A posteriori, ils ont eu le sentiment d'avoir été floué car elle est retournée chez Marc Dutroux après sa libération. Mais est-il si déraisonnable de penser qu'elle était dans un véritable état de détresse? », s'est interrogé l'avocat. Pour ce dernier, si Michelle Martin voulait que Marc Dutroux sorte de prison, c'est parce qu'elle était «incapable d'assumer ».
«C'est peut-être dérisoire par rapport au mal qu'elle aurait pu stopper. Vous avez raison. Mais ce n'est pas l'oeuvre d'un monstre. C'est la conséquence du comportement d'un être humain qui n'a pas pris ses responsabilités. Beaucoup diront qu'ils auraient réagi différemment. Mais, ce n'est pas Mme X, Mme Y ou Mme Z qu'il faut juger. C'est Mme Martin avec son vécu et ses faiblesses », a-t-il conclu.
Martin impliquée dans la séquestration de Julie et Mélissa
Me Thierry Bayet, le deuxième avocat de Michelle Martin, a estimé, mercredi au cours de sa plaidoirie, que sa cliente avait participé à l'enlèvement de Julie et de Mélissa. Pour les 7 autres préventions à charge de l'accusée, il a laissé entendre qu'un doute subsistait.
Michelle Martin est poursuivie pour association de malfaiteurs ayant pour objet l'enlèvement de malfaiteurs impliquée dans l'enlèvement et la séquestration de 6 personnes, dont 5 mineures; la séquestration de Laetitia, Sabine, An, Eefje, Mélissa et Julie; et le viol de Yancka Mackova.
Pour Me Bayet, le fait pour Michelle Martin d'avoir été avertie du méfait par son ex-mari ne suffit pas pour la considérer comme complice de l'infraction.
Concernant la séquestration de Julie et de Mélissa, il estime cependant qu'elle a joué un rôle, même s'il a rappelé qu'elle avait été conditionnée par son mari. «Ce qui nous est apparu inconcevable en août 1996 devient l'irréel du quotidien de Michelle Martin à partir de juin 1995 », a-t-il souligné, précisant que sa cliente a peint les murs de la cache, a acheté des montres et des brosses à dents, a fourni des jouets et a préparé des repas.
Michelle Martin savait que les fillettes se trouvaient dans la cache. Mais, comme l'a mentionné Me Bayet, elle ignore si elles y sont restées 104 jours. Pendant la détention de Marc Dutroux, elle ne s'est rendue dans la cache qu'à une seule reprise et n'a rien vu. Elle a cassé la porte avant d'entrer et n'a donc pas pénétré dans ce que Me Bayet appelle «le trou à rats ».
Pour son conseil, Michelle Martin n'était plus elle-même à cette époque. Il a relu les déclarations de sa cliente qui disait: «je tremblais comme une feuille. D'un côté je voulais ouvrir la cache, mais d'un autre côté, je n'y arrivais pas. Dans mon esprit, il y avait des images de lions et de bêtes féroces qui auraient pu m'agresser. J'étais déconnectée de la réalité. J'ai honte de moi. Je ne sais pas comment j'ai pu accepter cela. Je me regardais et je ne me voyais plus. Je voyais une plante. C'était comme s'il m'avait pris le cerveau pour mettre quelque chose d'autre à la place ».
Concernant An et Eefje, Michelle Martin a lavé les draps de lit qui avaient déjà été trempés par Marc Dutroux. «Mais elle n'a jamais vu les deux jeunes filles. Concernant l'assassinat, elle n'a fait que relater les confidences nauséabondes de son époux », a précisé Me Bayet.
Michelle Martin a lavé le pull rouge de Sabine et a fourni de la pommade vaginale; elle a également nettoyé le mobilhome, «sur ordre de Marc Dutroux », après l'enlèvement de Laetitia. Concernant la jeune Slovaque, l'accusée a reconnu qu'elle avait mis des gouttes d'Haldol dans son café. Mais, pour Me Bayet, tous ces éléments ne sont pas suffisants pour impliquer Michelle Martin dans les séquestrations et le viol, ainsi que dans l'association de malfaiteurs.
Thierry Bayet estime que pour juger sa cliente, il faut agir avec mesure. «La considérer comme une victime serait une injustice pour les victimes. La considérer comme le monstre de Sars-la-Buissière, la servante ou la concierge du diable, ce ne serait pas juste non plus », a-t-il remarqué.
Michelle Martin, dominée et battue
Le troisième conseil de Michelle Martin, Me Sarah Pollet, a dressé mercredi après-midi au cours de sa plaidoirie le portrait d'une femme fragile et dépendante, soumise à un mari égoïste, méprisant, autoritaire, psychopathe et imperméable à tout sentiment.
Elle a décrit une jeune fille qui a vécu de manière fusionnelle avec sa maman, dépressive chronique, qui lui a reproché d'être restée en vie après l'accident qui a causé le décès de son papa. Elle a évoqué "l'oiseau pour le chat" qui "à 21 ans, est tombée sur le pire des chats". "Comment une mère de famille, institutrice, a-t-elle pu laisser faire tout cela ? Pourquoi n'a-t-elle pas réagi ? Je me pose aussi la question", a expliqué Sarah Pollet, sans toutefois trouver de réponse. "Michelle Martin est incapable de réfléchir rationnellement comme nous", a-t-elle avancé, avant de retracer, pendant 1H30, ce que fut la vie de sa cliente avec Marc Dutroux.
Dominateur, manipulateur, violent, Marc Dutroux s'est d'emblée affirmé aux yeux de Michelle Martin. "En la rencontrant, il a trouvé la proie idéale. Il allait pouvoir assouvir son désir de toute puissance absolue", a expliqué Me Pollet.
Quand Michelle Martin ne se pliait pas aux ordres de son époux, elle était traitée de "mollusque". Dans des lettres écrites au début des années 90, lues à l'audience par Me Pollet, Marc Dutroux qualifiait Michelle Martin d'"imbécile". "Tu n'as droit à aucune liberté. Tu es une imbécile qui commence à me sortir de quelque part. Tu es si sotte que tu vas finir par me dégoûter de toi. Parfois une simple gifle suffit pour expliquer en une seconde qu'il est temps de se taire", avait-il écrit.
Violent, Marc Dutroux l'était aussi en gestes. A deux reprises, il a cassé le nez de l'accusée. Et, a rappelé Me Pollet, il prenait du plaisir à la battre quand elle était enceinte. "C'est un pervers qui prend du plaisir quand les autres souffrent", a-t-elle ajouté. Et malgré cela, Michelle Martin s'est accrochée. "Elle a cru qu'elle pourrait changer cet homme par la force de son amour. Son besoin d'être aimée et protégée l'empêche de prendre ses distances", a remarqué l'avocate. L'accusée a alors adopté un comportement typique d'une femme dominée, présentant une faible estime d'elle-même, douce, soumise, au service de ses enfants.
Des enfants qu'elle a tenté de protéger au maximum. "Elle voulait protéger ses enfants au détriment de ceux des autres. Elle a eu peur que, si elle parle, on la prive de ses enfants", a remarqué Me Pollet. Alors, Michelle Martin s'est constitué un monde imaginaire. Elle s'est enfermée dans une bulle, loin de cette réalité qui "risquait de lui sauter au visage". "Il m'a fait un lavage de cerveau pour que j'accepte", a-t-elle déclaré aux enquêteurs. "Marc Dutroux, c'est un monde hors norme, où il a enfermé ma cliente", a précisé Sarah Pollet.
Celle que les experts ont qualifiée de "dépendante pathologique" s'est retrouvée face à un dilemme quand elle a appris que Julie et Mélissa se trouvaient dans la cache. "Les nourrir, c'est être complice de Marc Dutroux. Ne pas les nourrir, c'est fermer les yeux", a expliqué son avocate. L'accusée a choisi. Pourquoi? "Je n'ai pas la réponse et je crois qu'elle ne le comprend pas elle-même", a expliqué Me Pollet.
L'avocate a rappelé que Michelle Martin avait, depuis le 26 août 1996, toujours dit la vérité. "Je vous parle d'une femme et d'une maman dans toute sa faiblesse et sa lâcheté. Je ne vous demande pas de la comprendre et de l'excuser mais je vous demande simplement de la croire", a conclu Me Sarah Pollet en s'adressant aux jurés."
Source : BELGA NEWS (2 juin 2004) [Tous les articles criminologie]
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