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Actualité criminologie

    Le tueur d'un SDF, fasciné par les armes, voulait éliminer un « nuisible »
    France > meurtre, armes, internet
    Article posté par Stéphane Bourgoin le Jeudi 26 juillet 2012

    " C’est parce qu’il ne supportait plus les SDF, des êtres « nuisibles » qu’un homme de 31 ans a froidement assassiné Eugène Toma, la semaine dernière, dans un parc de l’Orphelinat. Il a attendu le moment propice pour lui tirer deux balles dans la tête.
   
    Les enquêteurs s’attendaient à tout sauf à ça. L’auteur présumé du meurtre d’un SDF de 41 ans, la semaine dernière, aurait minutieusement préparé son crime pour abattre froidement Eugène Toma.
   
    « Et ses motivations font froid dans le dos », a même convenu hier Claire Lanet, la procureure de la République, qui a précisé les raisons qui auraient conduit Orphée B., 31 ans, à abattre le SDF en plein sommeil.
   
    Tout aurait commencé au début du mois de juillet. Le jeune homme, qui réside dans un appartement de la Baie-des-Citrons, avait semble-t-il l’habitude de croiser le SDF.
   
    Au cours de l’une de ces rencontres, Eugène Toma aurait demandé à son futur meurtrier présumé une petite pièce, ce qui l’aurait passablement énervé. C’est là qu’il l’aurait violemment frappé, d’une gifle au visage. A tel point qu’il se serait fait mal à la main. « Cette douleur aurait empêché ce jeune homme très sportif de faire des pompes ou de s’exercer au tir », a expliqué hier Claire Lanet. Pris de colère, il aurait alors mûri son projet : éliminer le SDF.
   
    Filature
   
    « C’est comme cela qu’il l’a discrètement suivi pendant quelques jours, poursuit la procureure, afin de déterminer le moment le plus propice pour passer à l’action. »
   
    Au cours de sa filature, il a également indiqué que des passants et une commerçante ont regardé le SDF « avec dégoût », ce qui l’aurait conforté dans son intention de « l’éliminer ». Ce sont les propres termes qu’il a employés lors de sa garde à vue, au cours de laquelle il aurait reconnu les faits sans difficultés.
   
    Mardi de la semaine dernière, en début d’après-midi, il l’a suivi jusqu’à un parc en pente de la Baie-de-l’Orphelinat situé rue Tindale. Il l’a vu s’allonger dans l’herbe, sous un tamarinier. Là où les riverains avaient l’habitude de le voir.
   
    Devoir accompli
   
    Orphée B. aurait alors garé sa voiture, en serait sorti, muni d’un fusil de calibre 22. « Il a choisi cette arme parce qu’il la savait particulièrement silencieuse », a précisé hier Claire Lanet. Il aurait visé la tête du SDF, alors qu’il était endormi. Il aurait attendu cinq secondes et pour être sûr d’accomplir son dessein, aurait tiré une seconde fois, toujours à la tête, avant de repartir, avec « le sentiment du devoir accompli », selon les termes qu’il aurait employés lors de ses aveux.
   
    « Tout au long de son interrogatoire, il n’a exprimé aucun remords, a encore précisé Claire Lanet. Il a décrit les SDF comme des êtres commettant des actes d’incivilité et donc nuisibles à la société, dont la vie n’a aucune valeur à ses yeux. Il était exaspéré et s’est dit qu’il devait agir. »
   
    Avant cette trajectoire personnelle insensée de « justicier dans la ville », qui donnera certainement du grain à moudre aux experts psychiatres, ce jeune homme ne s’était pas fait connaître de la justice pour un coup d’éclat de cette ampleur. Tout juste une affaire de violences volontaires, il y a quelques semaines de cela, après une altercation avec un automobiliste.
   
    Mardi matin, après avoir remonté sa piste, les enquêteurs de la sûreté urbaine l’ont interpellé dans son appartement de la Baie-des-Citrons, où il se trouvait avec son amie. Pendant sa garde à vue, il s’est rapidement montré coopératif. Une remise en situation a même été effectuée sur les lieux du crime, avec sa participation active.
   
    Ce matin, il devrait être présenté à la justice et être mis en examen pour « assassinat ». Devant la cour d’assises, il encourt la peine maximale. La réclusion criminelle à perpétuité.
   
    Il vendait des sex-toys et pratiquait le tir dans un club
   
    Comment Orphée B., un jeune homme de 31 ans, apparemment « bien dans sa tête » comme le décrivent ceux qui l’ont brièvement côtoyé, a-t-il pu se transformer en meurtrier froid et déterminé ? Qu’est ce qui l’a conduit à mettre en œuvre son projet « d’éradication » d’un SDF, qu’il considère comme un « nuisible » ? Dans les annales judiciaires calédoniennes, le cas de figure est inédit.
   
    Fasciné par les armes, Orphée B. l’est très certainement. Au point d’en posséder neuf (sept ont été découvertes chez lui, deux chez son amie), dont un calibre de grande chasse, une carabine 300 Remington. Un véritable arsenal, puisqu’il possédait aussi près d’un millier de cartouches de différents calibres.
   
    Il aurait acheté une partie de ses armes sur Internet, d’autres chez les armuriers de la place. Certaines seraient régulièrement déclarées. Lui n’a en tout cas pas vu d’un mauvais œil la récente libéralisation de leur vente.
   
    Il pratiquait aussi le tir dans un club du Grand Nouméa. « C’est quelqu’un de souriant, charmant, très sympa, qui venait fréquemment avec un copain », indique un membre du club. « Il était même attachant et semblait bien équilibré dans sa tête. Comme pas mal de monde, il venait faire du tir récréatif, pour décompresser. »
   
    Mais le jeune homme semblait également très porté sur la violence, virtuelle en tout cas. Car chez lui, les enquêteurs auraient retrouvé quantité de jeux vidéo de combat. Hormis ses activités récréatives, le suspect, originaire de Draguignan, dans le sud de la France, aurait passé un CAP restauration, mais s’était semble-t-il orienté dans une toute autre voie. Installé depuis longtemps sur le Caillou - il a été scolarisé au collège Mariotti - il exercerait une activité de patenté, spécialisé dans la vente de… sex-toys.
   
    Mais aussi de plantes végétales aux vertus médicinales, comme la spiruline, une algue microscopique. Un drôle de mélange pour un jeune qui ne cache pas, sur son profil Facebook, son inclination pour les sports de combat - l’ultimate fighting -, les molosses ou les idées d’extrême droite.
   
    Une enquête rondement menée
   
    Les enquêteurs du groupe d’atteinte aux personnes (sûreté urbaine) n’ont pas traîné pour mettre un nom sur le meurtrier présumé d’Eugène Toma.
   
    Ce SDF de 41 ans avait grandi dans le quartier Nickel’s, à Rivière-Salée, où il était connu pour être le gardien de but de l’équipe de foot lors des tournois interquartiers. Et il était réputé pour sa résistance physique.
   
    Mardi 17 juillet, lorsque les voisins alertent les pompiers et la police, inquiets de ne pas l’avoir vu bouger de la journée, face contre terre, les policiers démarrent une enquête de voisinage.
   
    Un témoignage va leur donner un grand coup d’accélérateur. Celui d’un riverain, qui se souvient avoir vu un Range Rover gris, aux vitres arrière teintées, un modèle assez ancien. Ce même voisin qui croit avoir entendu deux détonations.
   
    Grâce à la marque du véhicule, ils établissent une liste d’une centaine de suspects. En procédant par élimination, ils parviennent à identifier un nom. Et se rendent rapidement compte que le suspect a enregistré sous son nom plusieurs armes à feu. Raison pour laquelle ils prennent leurs précautions, mardi à l’aube, pour interpeller leur suspect, avec le concours du GIPN.
    1 000
   
   
    Près d’un millier, c’est le nombre de munitions de différents calibres que les policiers ont retrouvées au domicile de l’auteur présumé du meurtre d’Eugène Toma, apparemment fasciné par les armes à feu. Au point d’en détenir neuf, des fusils et une arme de poing."
   
    Un article de Pierrick Chatel.

Source : LES NOUVELLES CALEDONIENNES (26 juillet 2012)

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