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Actualité criminologie

    L'avis des experts sur Luka Rocco Magnotta
    Canada > meurtre, cannibalisme, internet, snuff movie, nécrophilie, psychiatrie, crime & médias, Luka Magnotta
    Article posté par Stéphane Bourgoin le Jeudi 7 juin 2012

    " Alors que deux écoles canadiennes ont reçu mardi de nouvelles parties de cadavres, voici l'avis de criminologues canadiens, français et suisses sur Luka Rocco Magnotta, et notamment sur la possibilité qu’il ait déjà tué.
   
    Nouveaux colis
   
    La police canadienne a rapporté qu'un colis contenant une main avait été ouvert vers 13h, mardi, à l'école primaire False Creek, au sud du centre-ville de Vancouver.
   
    Moins d'une heure plus tard, un pied a été trouvé par des membres du personnel de l'école St. George, une institution privée réservée aux garçons, dans le secteur ouest de la ville.
   
    Rien n'indique que des étudiants et des membres du personnel de l'une ou l'autre de ces écoles aient été ciblés. Et on ignore si ces restes humains ont un rapport avec le corps démembré d'un étudiant chinois, Jun Lin, découvert à Montréal la semaine dernière.
   
    L’étudiant chinois gisait nu, les yeux bandés et les membres ligotés à chaque coin du lit. Copiant le film Basic Instinct, le tueur de Montréal s’est filmé en train de le frapper avec un pic à glace. En fond sonore, il a diffusé True Faith du groupe New Order, autre référence cinématographique, cette fois-ci au début du film American Psycho, dépeignant la double vie d’un psychopathe.
   
    Après avoir découpé le corps de sa victime en plusieurs morceaux avec un couteau et une fourchette, Luka Rocco Magnotta a placé le torse dans une valise, qu’il a déposée près de chez lui. Il a aussi envoyé deux colis, un pied et une main ; l’un au parti conservateur canadien, l’autre au parti libéral (gauche).
   
    Hier, deux autres colis contenant une main et un pied sont arrivés dans deux écoles de Vancouver ; une école primaire, et un institut privé réservé aux garçons. La police doit encore déterminer s’il s’agit de la victime de Montréal, dont la tête n’a pas encore été retrouvée.
   
    Outre ses actes, que sait-on finalement du «dépeceur de Montréal» lui-même? Âgé de 29 ans, il s’appelait Eric Clinton Newman avant de changer de nom en 2006. Il n’a plus de contact avec sa famille depuis longtemps. Ancien acteur pornographique bisexuel, il a cherché la notoriété en plaçant des vidéos sur des sites gores dans lesquelles il tuait des chats.
   
    Sur la base de ces éléments et de la vidéo de son crime, de nombreux criminologues ont livré ces derniers jours leur analyse dans la presse.
   
    Gilles Chamberland, psychiatre à l’Hôpital du Sacré-Cœur à Montréal, a très vite réagi aux actes de Luka Rocco Magnotta. Selon lui, le suspect doit «être fier de ce qu’il a fait», cite l'Agence France-Presse.
   
    Psychiatre adjoint agrégé au Centre universitaire romand de médecine légale, Gérard Niveau voit dans les actes du suspect «une image assez classique du psychopathe sadique, qui utilise autrui pour satisfaire ses propres pulsions sans limites.»
   
    Tueur en série «en devenir»
   
    Même son de cloche pour le français, Stéphane Bourgoin, qui juge le tueur «totalement narcissique». Il indiquait lundi soir sur Canal+ avoir visionné la vidéo du crime après avoir été contacté par un policier et des internautes de Montréal.
   
    Pour lui, il faudrait se demander si Luka Rocco Magnotta a déjà commis d'autres crimes avant celui de Montréal, en raison de «la sophistication» et du «sang-froid» avec lequel il a tourné cette vidéo, mais aussi de «la cristallisation de ses fantasmes nécrophiles et cannibales», dont elle témoigne. Du moins, on a affaire à «un tueur en série en devenir», assure l'expert, en se basant notamment sur une note jointe à l’un des paquets envoyés aux partis politiques canadiens: «Maintenant que j’ai goûté au sang, j’ai envie de recommencer».
   
    L'hypothèse du tueur en série paraît également plausible pour Gérard Niveau, basé aux Hôpitaux universitaires genevois: «L'aisance dans la découpe du corps de sa victime mais aussi dans la fuite du suspect, mimant une normalité dans son comportement du Canada à Paris, puis à Berlin, fait pencher en faveur d'un scénario élaboré.»
   
    Un «pervers sexuel sadique»
   
    L’analyse du profil du dépeceur de Montréal permet à Jean-Pierre Bouchard, psychologue et criminologue français, de clarifier un point de confusion dans le Journal du Dimanche: Magnotta n’est pas un «psychotique», mais un «psychopathe»: «Les schizophrènes ont peu d’intérêt pour le sexe, ne préparent pas leur passage à l’acte, laissent généralement des traces évidentes et n’ont pas tendance à jouer avec les médias. Le suspect se rapproche plus du pervers sexuel de type sadique, qui aime faire souffrir, éventuellement jusqu’à la mort», détaille-t-il.
   
    On pourrait donc résumer son propos ainsi: alors que le psychotique tue dans un délire hallucinatoire, le psychopathe cherche à retirer un intérêt personnel de son crime. C’est ce qui rapproche Luka Rocco Magnotta du Norvégien Anders Breivik, ou encore, du tueur de Toulouse Mohamed Merah, soulignera le même chercheur, Le Figaro. L'intérêt personnel pourrait être ici le besoin de reconnaissance ou de notoriété.
   
    La consommation de films gores est aussi un attribut des «pervers sexuels sadiques», explique le criminologue: «Comme les toxicomanes, il leur en faut toujours plus pour connaître la même intensité.» En bref, chez Magnotta «la volonté de s’exhiber et de choquer est au moins aussi forte que la volonté de tuer.»
   
    Troubles du schéma corporel
   
    Le parcours et les actes du suspect permettent de poser une forme de diagnostic sur ses défaillances psychiques, note le psychiatre Gérard Niveau: «Même si le comportement d'une personne ne définit pas toute sa personnalité, certains éléments montrent un grave trouble de son schéma corporel.» Autrement dit, «les limites entre son enveloppe corporelle et psychique» ne sont pas claires chez lui. Ce trouble pourrait selon l'expert expliquer notamment le besoin de démembrer sa victime, mais aussi ses travestissements en femme par le passé.
   
    Pour la même raison, ce serait finalement moins l'attrait de la notoriété selon l'expert suisse que le besoin de se sentir exister à travers «le triomphe narcissique», en voyant son image dans la presse et sur internet, qui a poussé Luka Rocco Magnotta à commettre ses actes sordides: «Tout cela montre un grave problème d'identité», conclut Gérard Niveau."
   
    Un article de Sandrine Perroud pour LA TRIBUNE DE GENEVE & NEWSNET du 7 juin 2012.
   
    "Luka Rocco Magnotta nous dit: 'Je suis insensible à la souffrance et je vous le montre'"
   
    Luka Rocco Magnotta "a voulu être celui dont on parle dans le monde entier, sur le mode du défi, de l'horreur et de la provocation", estime le psychiatre Daniel Zagury, expert auprès de la Cour d'appel de Paris.
   
    Le psychiatre Daniel Zagury, expert auprès de la Cour d'appel de Paris, a travaillé lors des procès de Guy Georges, Patrice Allègre ou encore Michel Fourniret. Il analyse pour L'Express le profil de Luka Rocco Magnotta, le "dépeceur canadien" arrêté lundi après-midi à Berlin.
   
    Comment définiriez-vous le profil psychologique de Luka Rocco Magnotta?
   
    Ce qui est à mon avis central chez lui, c'est qu'il a délibérément souhaité mondialiser la scène de crime. Il a voulu être celui dont on parle dans le monde entier, sur le mode du défi, de l'horreur et de la provocation. Comme s'il essayait de substituer l'échec de son existence quotidienne par la réussite dans le mal absolu: quitte à avoir raté sa vie, autant devenir ce "héros de l'horreur" dont tout le monde parle. Mais il n'est pas nouveau de découvrir des criminels qui cherchent à faire la publicité de leur crime.
   
    Vous avez étudié la personnalité de grands criminels nord-américains. Quelles différences constatez-vous entre la France et les Etats-Unis?
   
    Jusqu'à présent, la plupart des criminels français cherchaient à éviter la résonnance publique de leurs actes. Guy Georges, par exemple, se planquait lorsqu'il entendait parler du tueur de l'Est parisien. Il y a aussi l'exemple de Pierre Chanal [militaire français, soupçonné d'être l'assassin des disparus de Mourmelon, ndlr], qui s'est suicidé la veille de son procès. On n'a pas du tout la même relation au journalisme et aux médias en France et aux Etats-Unis, où des journalistes peuvent réaliser des interviews en prison, y compris de condamnés à mort. Tout cela n'est pas français, ou pas encore, car dans l'affaire Mohamed Merah, à travers une autre forme de criminalité, on a pu retrouver la présence d'Internet, la recherche de l'interpellation publique, du défi, afin de toucher un maximum de gens. Chaque évolution sociétale engendre des formes de criminalité nouvelle.
   
    A la lumière de votre expérience, qu'est-ce qui a pu déclencher, chez Luka Rocco Magnotta, une telle cruauté?
   
    Je n'ai pas examiné le sujet et je serai donc très prudent, mais je note qu'on retrouve dans son passé une donnée assez fréquente chez les tueurs en série: la violence à l'égard des animaux. C'est ce que j'appelle le travail psychique du crime. C'est la façon dont le sujet en question va s'entrainer à devenir un "monstre", c'est-à-dire une personne totalement indifférente aux sentiments, une sorte d'endurcissement. Si je parviens à tuer des animaux, je passerai ensuite à l'homme. Mais il y a une dimension supplémentaire chez lui car il a pris à témoin le monde entier en lui disant: "Je suis insensible à la souffrance, aux sentiments, aux émotions et je vous le montre. Vous souffrez quand vous regardez ces images, moi non, car je suis sorti du cadre humain commun."
   
    Avez-vous le souvenir de cas similaires dans le passé?
   
    J'ai effectivement évoqué, dans l'un de mes livres, le cas d'un homme qui avait commencé à tuer les chiens de son quartier, puis son propre chat. Il conservait les entrailles de son chat dans un petit récipient qu'il humait à chaque fois qu'il se sentait fléchir, redevenir sensible à autrui, afin de se ragaillardir dans le mal et entretenir son indifférence.
   
    Pour revenir au cas du dépeceur canadien, pensez-vous que la cruauté des actes de Luka Rocco Magnotta fait de cet individu un fou?
   
    Au sens commun oui, mais pas nécessairement au sens psychiatrique. Pour qu'il soit fou, il faudrait que la dimension psychotique et délirante soit au premier plan de sa personnalité, devant la dimension psychopathique et perverse. C'est, a priori, peu probable. Compte tenu du caractère extrêmement préparé de ses actes, son cas se situerait davantage dans le cadre de la psychopathie et de la perversité.
   
    Il ressemble à ce que les Américains nomment un 'futur tueur en série organisé'
    Concernant sa fuite en avant, on ne peut toutefois écarter l'hypothèse d'une menace délirante sous-jacente. Magnotta est suffisamment organisé pour avoir commis ce crime, mais il est aussi suffisamment désorganisé pour s'être fait appréhender après un crime initial, dans sa fuite en avant. Il ressemble à ce que les Américains nomment un "futur tueur en série organisé", capable de tout mais qui, peut-être envahi par le délire, aurait fui et se serait désorganisé.
   
    A l'image du crime du dépeceur canadien, beaucoup de vidéos sanglantes sont en libre accès sur le web. Peuvent-elles inciter un tueur en puissance à passer à l'acte?
   
    Une grande majorité des personnes qui voient ce genre de vidéos sont tellement répugnées qu'elles ne peuvent pas les regarder jusqu'au bout. D'autres vont, au contraire, être subjugués. Le fait que cela soit réalisé ailleurs les confronte à cette possibilité, au défi d'en faire de même. Cette exposition de violence peut leur faire franchir un pallier supplémentaire dans leur travail psychique du crime. "Les autres le font, le montrent, d'ailleurs je le supporte, d'ailleurs cela me subjugue, alors pourquoi pas moi ?" A l'inverse de la lecture de faits divers, où il existe une mise à distance par les mots, l'image est l'accès brut, cru et direct à a scène. La distance n'existe plus."
   
    Propos recueillis par Anthony Lieures pour L'EXPRESS.FR du 7 juin 2012.
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