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Actualité criminologie

    Luka Magnotta vu par lui-même
    Canada > meurtre, internet, psychiatrie, maltraitance, viol, snuff movie, cannibalisme, nécrophilie, pornographie, Luka Magnotta
    Article posté par Stéphane Bourgoin le Samedi 2 juin 2012

    " Luka Magnotta, soupçonné d'avoir démembré un homme à Montréal, a raconté plusieurs éléments de sa vie personnelle sur Internet. Des écrits aujourd'hui effacés, mais que nous avons réussi à retrouver. Ce portrait, quoiqu'incomplet et subjectif, limité à son interprétation des faits, permet de mieux comprendre sa personne. Il prétend avoir notamment été un enfant battu et abusé sexuellement, être passé à l'église de scientologie et avoir obtenu un diagnostic psychiatrique.
   
    À la lecture de ces éléments qui datent de 2006-2007, le psychiatre Gilles Chamberland, expert en psychiatrie légale, perçoit une personne « qui a l'air d'avoir eu une enfance où il a vécu beaucoup de frustrations. Il s'en dégage des traits narcissiques, histrioniques et antisociaux ». « Mais c'est difficile de dire pourquoi il pourrait avoir tourné comme ça, alors que des milliers de personnes vivent des situations similaires », tempère-t-il.
   
    L'expert décrit un glissement lorsqu'il met en exergue des écrits plus récents : « On se rend compte qu'il y a un changement d'attitude, il finit par nier sa souffrance ».
   
    « Le danger avec quelqu'un qui nie sa souffrance, c'est qu'il se coupe de ce que ça lui cause. Il accumule de la frustration et l'exutoire, c'est d'être dans l'agir, de défouler cette colère qu'il n'est plus capable de supporter. » — Gilles Chamberland, expert en psychiatrie légale
   
    Une question de personnalité plutôt que de maladie mentale
   
    Estimant avoir été « un enfant normal », Luka Magnotta se décrit comme « un survivant de la maladie mentale ». « Et je n'ai pas honte de cela. Je suis passé par une enfance très traumatisante et pendant mon adolescence, j'ai essayé les drogues et l'alcool. Je pensais que c'était le problème, mais non. Je suis maniaco-dépressif », écrit-il en soutenant avoir reçu ce diagnostic d'un psychiatre. Il précise n'en avoir jamais parlé à ses proches « à cause du rejet ou des stéréotypes ».
   
    De son côté, le Dr Chamberland émet des doutes sur cette possible bipolarité : « Il serait intéressant de voir quand et où il a vu un psychiatre. Les gens qui ont une personnalité comme ça, on peut facilement penser qu'ils ont une maladie bipolaire. Mais ce peut être plus profond ». La maniaco-dépression est considérée comme un trouble émotionnel, tandis qu'il pourrait s'agir d'un trouble de la structure de pensée dans le cas présent, ce qui rend toute intervention psychiatrique difficile.
   
    Un passage par l'Église de Scientologie
   
    Dans un autre témoignage, il décrit avoir trouvé « la connaissance » grâce à la scientologie. Après avoir été approché pour un « test de stress », il est entré dans les locaux de l'église. « Cela a changé ma vie pour le mieux. Je n'ai rien, pas de famille ou d'amis dignes de confiance, et l'église agit comme ma famille à chaque fois que j'y vais ».
   
    Un témoignage qui indique une quête de sens, souligne le psychiatre : « Il a accumulé les frustrations et il a cherché toutes sortes de moyens pour s'en sortir. La scientologie est un moyen. Il compte sur l'église pour remplir un vide, une carence importante ». Une tentative qui aurait échoué, puisqu'il n'évoque plus cette église par la suite.
   
    Une adolescence troublée
   
    S'il décrit une enfance normale, il évoque aussi des difficultés au début de son adolescence, affirmant avoir été battu et subi des sévices sexuels. Le jeune homme décrit alors son sentiment d'impuissance à agir. « Je me sentais désespéré », écrit-il.
   
    Le lien avec ce type d'enfance et un possible acte criminel « n'est pas automatique », prévient toutefois le docteur Chamberland. « Il y a un ensemble de facteurs individuels, mais aussi biologiques », explique-t-il.
   
    Des difficultés à tisser des liens
   
    Sa quête se manifeste aussi auprès des autres. Luka Magnotta relate un souper dans « un restaurant très cher ». « Mon invitée parlait de sa vie et tout ce à quoi je pouvais penser, c'était à moi-même ». Il tente de voir son reflet dans une cuillère d'argent, avant de sortir un miroir en prétendant regarder ses dents. « Mais je voyais plutôt l'homme le plus époustouflant, le plus incroyablement beau que j'ai jamais vu », écrit-il. Je ne suis pas homosexuel, mais si je l'étais, je m'épouserais et serais obsédé par moi. »
   
    « Sa personnalité narcissique devient évidente. Il délaisse complètement la personne qui est devant lui, les autres sont vus comme étant plus utilitaires pour lui. » — Gilles Chamberland
   
    « On en voit des narcissiques, mais a ce point-là, au point de l'écrire sans sentir une certaine gêne par rapport à cela... », commente l'expert. Derrière ces affirmations point « une personne manifestement très carencée. Il a besoin du regard des autres et de matériel extérieur pour soutenir son narcissisme », ajoute le psychiatre.
   
    Il reste aussi préoccupé par le regard des autres, ce qui se traduit selon ses propres mots par une dépendance à la chirurgie esthétique.
   
    La négation
   
    Sur d'autres écrits probablement plus récents, Gilles Chamberland constate que Luka Magnotta a fini par nier ses souffrances. « C'est un individu qui a vécu du rejet, qui était très sensible à ça. Il finit par le nier, il prend la peine d'écrire une lettre pour le nier. Une lettre qui est manifestement contradictoire ».
   
    Malgré ces éléments, il est « très difficile d'arrêter une personne de ce type avant un passage à l'acte, car ce sont des gens qui ne consultent pas. Quand ils décrochent, qu'ils disent qu'ils ne souffrent plus, qu'ils assument une personnalité mauvaise, c'est là que ça devient dangereux », analyse Gilles Chamberland.
   
    Viennent ensuite des passages à l'acte violents. Luka Magnotta aurait revendiqué au quotidien anglais The Sun d'avoir tué des chatons. « . Pour se venger de la vie, il était sur le niveau des animaux », estime le psychiatre.
   
    Une possible récidive
   
    S'il est l'auteur du crime commis à Montréal, cet acte pourrait l'avoir « défoulé et apaisé la tension qu'il avait, lui faire sentir qu'il s'était vengé de la vie », ajoute le docteur. Toutefois, ce sentiment risque d'être passager.
   
    « On a tous les éléments pour que ça germe à nouveau dans sa tête. » — Gilles Chamberland
   
    « Il va réaliser qu'il est devenu un agresseur, ça va devenir de plus en plus insupportable. Il peut être encore une victime des gens dans sa tête. Et il y a sûrement la notion de plaisir associée à devenir un agresseur. Cela va lui manquer et il va vouloir le retrouver », détaille le médecin. De plus, son côté narcissique pourrait être stimulé par le fait qu'il est connu mondialement et traqué par la police, le plaçant dans un mode « triomphant ».
   
    Quant à une éventuelle réhabilitation s'il était arrêté et reconnu coupable, elle semble hors d'atteinte pour Gilles Chamberland. « Le pronostic est à peu près nul. C'est très limite de penser que la société pourrait un jour lui refaire confiance. C'est sa personnalité qui est comme ça, comme un arbre mature qu'on peut difficilement redresser »."
   
    Note de la rédaction
   
    Les écrits de Luka Magnotta sont par définition subjectifs et reflètent sa perception des faits. Les faits qu'il allègue, tels les abus physiques, ne sont aucunement prouvés.
   
    Un texte de Florent Daudens.

Source : RADIO-CANADA (1er juin 2012)

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