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Actualité criminologie

    Dossier Dutroux, avant le procès : (20) La mort de Julie & Melissa
    Europe du Nord & de l'Ouest > Dutroux
    Article posté par Isabelle Longuet le Vendredi 13 février 2004

    " Sorti de prison, Dutroux néglige Julie et Melissa. Un article signé Marc Metdepenningen.
   
    Projetons-nous dans la journée du 20 mars 1996. Marc Dutroux, ce matin-là, se présente devant la chambre du conseil de Charleroi qui doit statuer sur son maintien en prison. Voilà trois mois et demi qu’il est en détention préventive. Dans les jours précédents, il a adressé une lettre larmoyante au juge d’instruction Lorent dans laquelle il le supplie de le libérer dans l’intérêt de sa famille. Il évoque la naissance, en décembre 1995, d’une petite fille. Il parle en abondance de cette chaudière à remplacer à Sars-la-Buissière pour que son épouse, Michelle Martin, et ses enfants puissent enfin bénéficier d’un logement décent. Il accable de tous les maux Bernard Weinstein qui fut, selon lui, l’instigateur et l’exécutant principal de la séquestration des trois jeunes, à l’origine de son arrestation le 6 décembre. Il promet de revenir dans le droit chemin qu’il prétend d’ailleurs n’avoir jamais quitté. Bernard Weinstein, une nouvelle fois, a bon dos. Marc Dutroux accable le Français qu’il a enterré vivant fin novembre 1995.
   
    Vers 16 h 30, donc, ce 20 mars 1996, Marc Dutroux est convoqué chez le directeur de la prison de Jamioulx qui lui signifie la décision de la chambre du conseil. Une libération. Le parquet ne s’y est pas opposé. Dutroux rassemble ses affaires. Il procède aux formalités administratives de levée d’écrou et se retrouve à l’air libre. A 18 h 09 très précisément, il appelle Michelle Martin depuis la cabine Belgacom du quai no 1 de la gare de Charleroi-Sud. Il lui dit : Je suis sorti. Viens à Marcinelle me remettre les clés de la maison.
   
    La serrure du 128, route de Philippeville, a en effet été changée suite aux perquisitions menées dans la foulée de son arrestation. Marc Dutroux arrive devant sa porte peu après. Sur le pas d’une maison voisine, il salue un homme qui lui propose de ne pas perdre de temps en attendant Michelle Martin qui doit venir de Waterloo. Elle, elle est sous le choc. Cette libération inattendue lui impose une vive inquiétude. Son fils aîné, lui-même, explose : Papa est sorti. Ça va encore être pire qu’avant, lâche-t-il avec ses mots d’enfant.
    Marc Dutroux et son voisin serviable se rendent à la prison de Jamioulx. Ils y récupèrent les caisses contenant les effets personnels de Dutroux. Quarante minutes plus tard, ils sont de retour à Marcinelle. Michelle Martin et les clés sont là. Marc Dutroux prend congé du voisin. Il lui donne 100 F pour ses frais d’essence. Il est désormais seul avec Michelle.
   
    Le couple partage, en principe, l’horrible secret qu’abrite la cache de la petite cave : Julie et Melissa, enfermées là depuis trois mois et demi et que Michelle Martin s’est, dit-elle, refusée à nourrir, par crainte d’être mise en leur présence.
    Ce 20 mars, son cauchemar peut pourtant s’achever. Ce soir-là, elle peut savoir si son refus de descendre dans la cave a débouché sur une issue fatale aux deux fillettes. Elle s’est rendue plus de 40 fois au parloir de la prison. Ce n’était pas uniquement pour voir Marc Dutroux, dit-elle aux enquêteurs. C’était surtout parce que j’étais obsédée par la situation des deux petites filles à Marcinelle et il n’y avait qu’avec lui que je pouvais parler du problème.
    Et pourtant, ce soir-là, Michelle Martin, pas plus que Dutroux, ne prononce le nom des deux petites prisonnières.
   
    Marc Dutroux entre le premier dans la petite maison du 128, route de Philippeville. Il n’avait pas l’air inquiet, il semblait dominer la situation, témoigne Michelle Martin. Il était froid, et je pense qu’il m’a laissée décompresser mais pas longtemps car la maison sentait mauvais à cause des crottes de chien et c’est comme cela qu’il s’est alors fâché sur moi.
   
    La petite maison, en chantier permanent et encombrée d’un invraisemblable fourbi, est effectivement dans un état lamentable. Sultan, le mâle, et Sheera, la femelle, bergers allemands laissés là depuis janvier (NDLR : après le cambriolage de la maison) par Michelle Martin, ont déféqué et uriné partout. Dutroux est furieux. Il enjoint Martin de dégager les excréments. J’ai nettoyé avec une ramassette, une petite brosse et un torchon humide, raconte-t-elle.
    Juste de quoi dégager un passage pour accéder aux escaliers et aux autres pièces de la maison. Pendant ce temps, Dutroux converse avec sa femme, comme si de rien n’était. Comme s’il n’y avait pas d’urgence à connaître l’état dans lequel se trouvaient, en bas, Julie et Melissa.
   
    Nous discutions de tout et de rien, déclare Michelle Martin aux enquêteurs. Je sais que Dutroux est aussi monté à l’étage où il a constaté la présence d’excréments de chiens sur le tapis-plain de la chambre de notre fils aîné. Il est aussi allé voir par où les voleurs (NDLR : les cambrioleurs de janvier) s’étaient introduits au grenier. Dans le fond de la maison, soit sur la terrasse à côté de la salle de bain, il y avait aussi un gros rat crevé. D’un côté, cette mémoire précise. De l’autre : Je ne sais pas si Dutroux a été à la cave, prétend-elle.
   
    Ce soir-là, il est effectivement probable que Dutroux ne s’inquiète pas de Julie et Melissa. Michelle Martin reste en effet près d’une heure et demie dans la maison de Marcinelle. Je ne le quittais pas car je n’osais rester seule, confie-t-elle. Quand son travail de nettoyage a été terminé, ils ont une relation sexuelle. Un viol, affirme Martin. Nous avons ensuite un peu parlé. Il était calme, comme si de rien n’était, comme s’il était redevenu le maître des lieux et comme si rien ne pouvait plus arriver.
   
    Vers 21 h 30, toujours selon Michelle Martin, le couple quitte la maison de Marcinelle. Dutroux la raccompagne chez sa mère à Waterloo. Et c’est pendant le trajet, bien loin de la cache où il sait qu’il a abandonné les fillettes, que, pour la première fois de la soirée, il parle de Julie et Melissa. Pour reprocher à son épouse de ne pas avoir été les nourrir, se rappelant enfin ce qu’il prétendait avoir été son obsession constante au cours de ses trois mois et demi d’incarcération : J’avais laissé deux fillettes confiantes et en excellente santé morale et physique. Moi-même, j’étais confiant dans le fait que le nécessaire leur serait donné. Sans quoi, je ne me serais pas rendu aux autorités ! Au retour, j’ai trouvé l’horreur, j’ai dû assumer .
   
    Assumer ? Marc Dutroux, s’il dit vrai, le fera bien tardivement. Au plus tôt plusieurs heures après avoir ramené Michelle Martin chez sa mère. Sa descente dans la cave, selon son récit à lui, doit avoir eu lieu au milieu de la nuit du 20 au 21 septembre. C’était catastrophique, raconte-t-il. J’ai découvert les deux enfants dans un état cadavérique. Elles étaient en état de malnutrition avancé.
    Marc Dutroux prétend que Melissa était toujours consciente et assise. Je l’ai interrogée pour savoir depuis quand elles avaient mangé et bu. Elle m’a répondu : « Mangé je ne sais pas, mais bu cela fait quatre jours ». Julie comprenait ce que je disais et elle savait bouger ses bras mais ne savait pas se relever ou se déplacer.
   
    A ce moment de son récit, Marc Dutroux semble reconsidérer l’urgence qu’il avait repoussée quelques heures plus tôt, à son arrivée dans la maison, préférant les ébats avec son épouse que le secours à apporter aux enfants. Je me suis précipité pour aller chercher de l’eau et une pipette, affirme-t-il. Il raconte aux enquêteurs qu’il a donné à boire en goutte à goutte, à Julie puis à Melissa. Qu’il a fait couler un bain d’eau chaude et qu’il y a assis les deux filles. Qu’il les a frictionnées. Pour Julie, dit-il, c’était la fin. Il explique aux enquêteurs qu’il a retiré Julie du bain et qu’il a essayé de lui faire du bouche à bouche. Rien n’y a fait, elle est morte.
    Dutroux affirme encore qu’il a d’abord déposé le corps de Julie dans le salon, avant de l’enfermer dans le congélateur après lui avoir lié les membres. Je suis retourné près de Melissa qui m’a demandé comment allait sa copine et je lui ai dit qu’elle était partie à l’hôpital .
   
    Le scénario proposé par Michelle Martin ne confirme pas les propos de Marc Dutroux. Il m’a téléphoné (NDLR : le 21 mars), raconte-t-elle, et m’a dit que les deux petites se trouvaient couchées sur son lit dans la chambre à l’étage. Il avait allumé les néons infrarouges chauffants qui se trouvent à la tête du lit afin d’apporter de la chaleur aux deux petites. Il m’a aussi dit leur avoir donné à boire, du jus d’orange, et que, du fait de leur position couchée, il pensait avoir mal fait, ayant réfléchi au fait qu’il est très difficile voire impossible de boire dans cette position. Marc était très paniqué, il me demandait ce qu’il fallait faire. J’ai alors pensé qu’il serait possible de nourrir les deux petites au biberon. Sachant que Marc n’en disposait pas, je lui ai dit que j’en amenais. Il m’était tout à fait impossible de monter à l’étage. Je me souviens avoir entendu Marc hurler d’impuissance. Je me souviens que Marc m’a dit avoir parlé aux deux petites et que l’une lui répondit .
   
    Jamais Michelle Martin n’a vu ni entendu Julie et Melissa. Seul, affirme-t-elle, lui parvenait dans la pièce du bas le son de la voix de Marc Dutroux.
    Celui-ci raconte ainsi la fin de Melissa, quelques jours après la mort de Julie : Je l’ai veillée en permanence, affirme-t-il. Il soutient qu’à un moment, Melissa a eu des difficultés pour respirer. Qu’il a pratiqué plusieurs fois le bouche à bouche. Toutes les trois heures, précise-t-il. Melissa avait l’air de s’éteindre. Il prétend qu’il a injecté de l’eau bouillie entre la peau et ses muscles à l’aide d’une seringue. Melissa allait mieux, elle avait retrouvé sa pleine conscience, dit Dutroux aux enquêteurs. Îl raconte s’être ensuite endormi. A mon réveil, douze heures plus tard, elle était décédée.
   
    Marc Dutroux appelle alors Michelle Martin pour l’accompagner jusqu’à Sars-la-Buissière pour y enterrer les corps. Son souci est de trouver une « voiture d’escorte », car, comme à son habitude, il a rempli le réservoir de sa camionnette de carburant de chauffage. Lorsque Michelle Martin arrive à Marcinelle, Marc Dutroux lui assigne de faire le guet devant la maison.
    Quelques minutes plus tard, Marc Dutroux sort, porteur de deux sacs de plastique noir qu’il soutient aisément, selon Michelle Martin, qui prétend n’en avoir jamais vu le contenu. Les deux voitures du couple prennent la route de Sars-la-Buissière. Dutroux prend la clé de sa pelleteuse et enfouit les corps de Julie et Melissa à l’endroit précis où, quatre mois plus tôt, il a enterré vivant Bernard Weinstein. A ce moment-là, Michelle Martin est déjà partie. "

Source : LE SOIR 6 février 2004

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