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Actualité criminologie

    Dossier Dutroux, avant le procès : (14) Marc Dutroux et l'argent
    Europe du Nord & de l'Ouest > Dutroux
    Article posté par Isabelle Longuet le Jeudi 5 février 2004

    " Marc Dutroux, fasciné par l'argent dès son enfance
   
    Marc Dutroux se dit victime de la « société » depuis son plus jeune âge. Il se vante d'être un propriétaire immobilier, mais il n'a acheté que des taudis. Il se dit « financier avisé » mais ses opérations boursières n'ont pas été fort rentables. Il escroque les assurances.
   
    Dans l'univers mental de Marc Dutroux, l'argent occupe une place primordiale, qu'il justifie par rapport aux privations dont il dit avoir été victime dans son plus jeune âge.
    L'événement déclencheur de cet appétit démesuré pour le gain, il le situe à la Noël 1962. Marc Dutroux, alors âgé de 6 ans, reçoit de ses grands-parents une panoplie de menuisier. Dès leur départ, ce cadeau lui est confisqué par ses parents. Ils ont estimé que ce coffret était trop beau pour moi, confie Dutroux aux enquêteurs. Je n'ai jamais pu le récupérer. Mes parents l'ont offert au fils d'un de leurs amis pour se faire valoir. Je n'ai rien reçu en compensation.
    Dès cet instant, Marc Dutroux se positionne déjà en victime d'un système qui l'oppresse. C'est la relecture qu'il fait de sa prime jeunesse pour appuyer encore son slogan : « L'enfer, c'est les autres ; l'horreur, c'est pas moi. »
   
    Il appuie sa « démonstration » en prétendant qu'en 1963, sa frustration d'être privé d'argent de poche (que sa grand-mère lui donnait en cachette) l'entraîne à tricher, avec la complicité d'un professeur, lors du tirage d'une tombola. Marc Dutroux a alors 7 ans. Il prétend conserver aujourd'hui une mémoire intacte de ces « frustrations » de prime jeunesse.
   
    En septembre 1967, il se retrouve à l'internat catholique de Morlanwelz. Je me sentais considéré comme un petit minable. J'étais perdu au milieu de gosses de riches, dit-il. Je ne m'intéressais à personne, sauf lorsque j'ai commencé à rendre service à certains, à faire discrètement les courses au magasin du coin en faisant le mur. J'étais devenu le fournisseur attitré de ceux qui acceptaient de payer le prix de mes services, car être pris signifiait le renvoi. De la sorte, j'avais un revenu appréciable, mais cette compensation ne pouvait me rendre heureux.
   
    En 1971, Marc Dutroux est inscrit par ses parents aux Aumôniers du travail, à Charleroi. Il se retrouve, une fois de plus, confronté à la rigueur d'un système scolaire strict qu'il exècre à l'égal de l'autorité de ses parents ou des règles de vie en société. L'argent, toujours, l'obsède. Il négocie avec sa mère.
    Je me rends à l'école à pied, et, en contrepartie, tu me donnes l'argent réservé aux transports en commun, négocie-t-il. Sa mère, selon lui, le rabroue sèchement.
    Jeanine (NDLR : sa mère), explique Dutroux aux enquêteurs, a saisi la balle au bond pour dire que, puisque je me déclarais capable de me rendre à pied au collège, j'irais désormais à pied et que je n'aurais pas un franc.
    Marc Dutroux fait mine d'accepter la décision maternelle. Il se reconvertit dans la vente des fascicules catholiques que le prosélytisme de mise aux Aumôniers lui impose de vendre durant ses moments de loisirs. Chaque semaine, affirme-t-il, je vendais de plus en plus de fascicules, avec un bénéfice de 17 francs la pièce. Très vite, j'ai gagné 6.500 francs avec ça.
   
    Marc Dutroux exagère ses prouesses : pour collecter une telle somme, considérable pour l'époque, il aurait dû vendre chaque mois plus de 380 fascicules. J'ai aussi vendu, avec un meilleur rapport encore, ajoute-t-il, tous les autocollants qui étaient donnés gratuitement pour faire la publicité de ce collège. A l'entendre, ses revenus mensuels de collégien de 14 ans auraient quasiment égalé, à l'époque, un salaire d'employé.
   
    Les années suivantes, Marc Dutroux est scolarisé à Nivelles. Son appétit financier l'entraînera encore dans des embrouilles qui amèneront ses parents, et plus d'une fois, dans le bureau du directeur. Il vend ainsi à ses condisciples les photos érotiques d'un magazine « Playboy » subtilisé à son père. Pour autant que ça lui rapporte, il aurait vendu n'importe quoi, résume, lapidaire, sa maman.
   
    Marc Dutroux se pose en fin commerçant. Il se gargarise devant les enquêteurs de ses acquisitions immobilières : Je ne manque pas d'argent, je suis propriétaire de plusieurs immeubles. Mais il doit finalement concéder : Je les ai achetés à l'état de taudis.
    Des taudis, c'est bien de cela qu'il s'agit. Les maisons de Marc Dutroux ont alimenté depuis 1996 l'idée qu'il était un propriétaire bénéficiant de rentrées importantes, investissant même dans des terrains aux Caraïbes. Voici l'état exact de ce « patrimoine immobilier ».
    Le 31 octobre 1984, il acquiert, sous le nom de Martin, la maison sise 33 rue des Gris à Montignies. Il l'achète pour une somme de 344.500 FB.
    Le 19 juillet 1985, il achète la maison du 128 route de Philippeville à Marcinelle, celle où seront retrouvées ses victimes survivantes. Prix d'achat : 265.000 FB.
    Le 16 janvier 1986, il devient propriétaire de deux maisons contiguës de la rue Jules Destrée à Marchienne. Il ne paie que 300.000 F pour cette acquisition.
    Le 7 octobre 1992, enfin, il acquiert la propriété de Sars-la-Buissière, avec le garage et les terrains pour 1.850.000 FB, bien au-delà de ce qu'il avait consenti pour ses achats antérieurs.
   
    Au total, la valeur d'achat de ce patrimoine immobilier ne représente donc qu'un investissement de 2.759.500 F, soit le prix d'une seule maison moyenne. Durant des années, Marc Dutroux s'applique à rénover ses immeubles, dans l'espoir de les revendre et de réaliser une plus-value intéressante. Cette « plus-value », il n'hésite pas à la réaliser au détriment des assurances. Dans la nuit du 11 au 12 avril 1992, il monte ainsi, avec son complice de toujours Patrice Charbonnier (celui qui lui indiqua comment réaliser la cache invisible de Marcinelle), une escroquerie à l'assurance. Il ne perd pas de temps : il était sorti de prison trois jours plus tôt, le 8 avril, après avoir purgé 6 ans et demi des 13 ans et demi de prison infligés pour les enlèvements, les viols et les tortures infligées à des fillettes, des jeunes filles et des femmes entre 1983 et 1985 (« Le Soir » de ce 21 janvier).
   
    Dutroux embarque sa famille pour un week-end à la mer. Pendant ce temps, Charbonnier boute le feu à la maison de la rue Jules Destrée à Marchienne. Les assurances Aegon remboursent 1.447.880 FB, soit cinq fois la valeur d'achat de ce bien dans lequel de modestes travaux d'aménagement avaient été réalisés pour en permettre la location.
    Les assurances, Dutroux en est un consommateur frénétique. Chaque année, il déclare des sinistres, dont les enquêteurs ont établi qu'ils furent parfois simulés. Le 28 juin 1994, il perçoit ainsi 80.000 FB suite à un accident de voiture. Le 13 février 1995, il est indemnisé pour un « dégât des eaux » : 49.488 francs. Le 6 mars 1996, il perçoit à nouveau 46.800 francs suite à un autre accident de voiture. Le 2 mai, les assurances lui paient 25.669 francs pour un nouveau sinistre.
   
    Dutroux et Martin sortent de prison, d'un parcours social et judiciaire compliqué qui ne justifie pas la hauteur de leurs revenus. Tous deux sont parvenus à se faire reconnaître comme handicapés et émargent à la mutuelle. Pour la Faculté, ils sont effectivement malades. Mais leur handicap, concèdent les médecins, résulte de leur détention. Voilà qui heurte le sens commun : Dutroux et Martin sont indemnisés pour avoir subi la peine que leur a valu leur campagne sauvage de 1985 : enlèvements, viols, tortures. Au total les indemnités qui leur sont octroyées atteignent 80.000 FB par mois.
    Un rapport de guidance sociale rédigé le 22 mars 1995 le signale : Le couple perçoit des indemnités de mutuelle leur permettant une vie tout à fait décente. Sur ces revenus, il est imparti une somme de 1.000 F pour l'indemnisation des parties civiles. Mille francs sur des revenus de 80.000, augmentés de revenus locatifs et d'un appréciable patrimoine boursier : pour les victimes qui récupèrent chichement la légitime indemnité financière que les atrocités commises par le couple Dutroux-Martin leur ont valu, cette contribution mensuelle doit être reçue comme une véritable insulte.
   
    Et Dutroux continue à tricher. Malgré son « handicap », il continue à travailler au noir, à voler et à magouiller. Partout où il repère un franc, il tente de se l'approprier.
    Il en a été déjà question dans ces colonnes : en mai 1993, un inspecteur de l'Institut national d'assurance maladie invalidité, l'Inami, détecte ces fraudes manifestes. Le remboursement des sommes indûment perçues (plus de 2,6 millions d'anciens francs) fait toujours l'objet de procédures devant les cours du travail.
    Dutroux loue à sa grand-mère une maison de Jemeppe, pour 2.000 F par mois. Il la sous-loue à deux de ses relations pour 12.000 F.
   
    Outre les vols, les rapines et la perception d'indemnités sociales indues, la Bourse est l'une des autres préoccupations de Dutroux. Il prétend que c'est son grand-père qui l'a initié, dès son plus jeune âge, aux secrets de la corbeille. Sa première transaction connue remonte au 23 janvier 1992. Il est encore en prison et bénéficie, à cette époque, d'un magot d'environ 1,6 million de francs, placé à la Banque générale du Luxembourg avant son arrestation en 1986.
    Comment, en sortant de prison, a-t-il en main un tel pactole ?, s'interrogent les enquêteurs de Neufchâteau qui relèvent que Dutroux, au moment de son arrestation en 1986, se déclare en situation d'indigence. Cette somme provient vraisemblablement de vols commis chez des personnes âgées entre 1983 et 1985, de vols de titres, de ventes d'objets volés Certains vols furent commis avec la complicité de Patrice Charbonnier, à l'époque facteur à La Poste, qui lui renseignait, moyennant 10 % de commission, les personnes nanties qu'il desservait au cours de sa tournée.
   
    Mais revenons à la Bourse. Dans ses transactions, déclarent les agents de change auxquels il s'adressait, Marc Dutroux savait très bien ce qu'il voulait et semblait être très au courant. Abonné au journal financier « L'Echo », Dutroux avait appris les subtilités de la finance, même si ses résultats ne furent pas à la hauteur de ses ambitions. En 1994, il perd ainsi 400.000 FB sur des opérations portant sur des warrants de l'Union minière. Son agent de change n'est pas parvenu à le contacter en temps utile pour éviter cette catastrophe. Une même mésaventure survient avec des titres Forges de Clabecq en option d'achat. Aux enquêteurs de Neufchâteau, Dutroux délivrera des cours encyclopédiques de stratégie boursière. Mais ses gains ont rarement été à la hauteur de ses prétentions. Le résultat, sur la base du capital de départ supposé, tenant compte de la conjoncture des années de référence, notent les enquêteurs, ne donne pas lieu de croire que Marc Dutroux ait été un financier averti .
   
    C'est aussi un financier frimeur : Martin et lui-même disposent d'une vingtaine de comptes ; seuls quatre d'entre eux sont utilisés fréquemment. Les autres ne servent qu'à donner le change aux banques, à se faire valoir comme clients importants. En clair, faire circuler l'argent de compte à compte, pour donner l'illusion d'une activité appréciable : Pour valoriser nos qualités de clients, admet Dutroux, le nombre de transferts et d'opérations, même fictives, était important.
   
    L'enquête financière n'a pas permis d'établir de rentrées d'argent importantes rattachées aux enlèvements d'enfants. Mais des zones d'ombre subsistent sur la provenance des liquidités dont il semblait disposer en permanence."
   
    Marc Metdepenningen

Source : LE SOIR 29 janvier 2004

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