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Actualité criminologie

    La solitude des enseignants face aux violences des élèves
    France > délinquance, psychologie & victimologie
    Article posté par Isabelle Longuet le Samedi 14 janvier 2006

    " Enseigner la peur au ventre. Le témoignage de Karine Montet-Toutain, la professeur d'arts appliqués agressée par un de ses élèves à Etampes, a révélé un désarroi que beaucoup de professeurs partagent. Le sujet est tabou. L'éducation nationale a du mal à s'avouer que ceux qu'elle forme à transmettre les savoirs peuvent se sentir désarmés et seuls face à des classes difficiles.
   
    Pourtant, arriver à "tenir ses élèves" ne s'improvise pas et constitue même le principal souci des enseignants entrant dans le métier. Laurence Janot, maître de conférences à l'institut de formation des maîtres (IUFM) d'Aquitaine, s'est intéressée aux appréhensions des jeunes professeurs stagiaires dans des établissements situés en zone d'éducation prioritaire (ZEP). Elle a présenté ses travaux à l'occasion de la troisième conférence mondiale sur la violence à l'école, qui s'est tenue du 12 au 14 janvier à Bordeaux. Son constat est sans appel. 53 % des interrogés craignent de manquer de compétences relationnelles, 27 % de ne pas être soutenus par leurs collègues ou leur direction, 14 % d'être victimes de violences et seulement 6 % de ne pas maîtriser leur matière.
   
    "Les jeunes enseignants sont minés par l'angoisse d'être déstabilisés dans la relation avec l'élève, de ne pas savoir gérer une classe ou de manquer d'autorité. En revanche, ils sont très confiants dans la solidité de leur bagage intellectuel", dit la chercheuse.
   
    Cette inquiétude est encore renforcée par le fait qu'ils sont conscients qu'un bon professeur n'est pas seulement un "puits de sciences". Au palmarès des compétences indispensables pour enseigner, ils placent l'écoute, les traits de personnalité, la patience, la communication... au même rang que la maîtrise didactique.
   
    Ces résultats n'étonnent pas Dominique Berger, psychologue, qui intervient dans plusieurs IUFM. "Dans la formation des enseignants, les cours de psychologie sont réduits à la portion congrue. Six heures d'enseignement seulement par an après l'année du concours à Lyon, par exemple. De plus, ces cours sont souvent faits par des professeurs de philosophie, ce qui induit une approche particulière qui néglige ce qui est du domaine du travail sur soi."
   
    Pourtant, les initiatives qui existent dans certains IUFM, comme ceux de Créteil, d'Aquitaine ou d'Auvergne, montrent bien l'utilité d'une bonne préparation aux situations difficiles. "Il ne faut pas oublier que le profil de l'étudiant d'IUFM est celui d'un élève qui a réussi. L'échec scolaire est quelque chose qui lui est assez étranger, car il ne l'a pas connu personnellement", remarque Catherine Mancel-Montoya, chercheuse au laboratoire de recherches sociales en éducation et en formation (Larsef) à l'université de Bordeaux-II. Il va souvent s'y trouver confronté à la sortie de sa formation.
   
    A titre d'exemple, un tiers des jeunes enseignants formés à l'IUFM d'Aquitaine sont affectés dans un établissement sensible de la région parisienne. Pour atténuer ce "choc", le centre d'Aquitaine propose en option, depuis quatre ans, une formation à la gestion des situations difficiles. Un peu de théorie, mais surtout de la pratique, via le théâtre notamment, pour apprendre aux stagiaires les attitudes qui peuvent permettre de désamorcer un conflit. Ou au moins de faire retomber un peu la pression.
   
    Au-delà du travail sur soi, l'étudiant y découvre aussi la nécessité de travailler et de communiquer avec ses collègues. Un aspect globalement peu encouragé en France. "Les IUFM forment surtout des bêtes à concours. Le pli du travail en équipe n'y est pas donné. C'est une erreur terrible alors qu'il est prouvé que la solidarité entre enseignants au sein d'un établissement est une protection de premier ordre contre la violence", dénonce Eric Debarbieux, professeur en sciences de l'éducation et directeur de l'Observatoire international de la violence à l'école.
   
    Claire Beaumont est professeur à l'université de Sherbrooke au Québec, spécialiste des questions de prévention de la violence en milieu scolaire, elle a travaillé avec des professeurs canadiens et français. Elle se dit frappée par la solitude de la plupart des enseignants en France. "Ouvrir sa classe et dire "J'ai besoin d'aide, je n'y arrive plus" est probablement mieux accepté chez nous."
   
    De fait, les nombreux programmes qui se sont développés au Québec pour la formation des enseignants à la prévention des troubles de comportement chez les élèves utilisent souvent la carte de l'entraide entre jeunes ou entre professeurs. Ainsi, par un système de "mentorat", le jeune enseignant qui arrive dans une école est pris en charge par un de ses collègues, auprès de qui il peut exposer ses difficultés et se faire aider.
   
    Cet accompagnement par un pair est, de l'avis de Laurence Janot, une des pistes qui pourrait être explorée en France et qui aiderait les enseignants à sortir de leur isolement. Mais c'est loin d'être la seule.
   
    Pour la chercheuse, tout ne doit pas reposer sur les enseignants. Les stratégies d'adaptation individuelle et de gestion de la violence que ceux-ci peuvent apprendre doivent être soutenues par une organisation du travail collective. "Il faut arrêter de stigmatiser l'enseignant et de personnaliser les problèmes. Les difficultés que peut rencontrer un professeur doivent être prises en tant que difficultés de l'établissement et concerner l'ensemble de son personnel." L'environnement, et notamment le soutien de l'équipe de direction en cas de problèmes professionnels, est décisif. "Aussi doué, aussi compétent, aussi bien formé soit-il, le professeur verra ses risques de perdre pied face à la violence augmenter selon le mode de management de sa direction. Le manque de confiance, l'incohérence, l'autoritarisme ou encore l'inertie sont, de ce point de vue, dévastateurs car ils augmentent le stress et rendent plus vulnérables à toute agression." "
   
    Catherine Rollot

Source : LE MONDE 15 janvier 2006

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