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Actualité criminologie

    L'inquiétante montée de la violence chez les filles
    France > délinquance
    Article posté par Stéphane Bourgoin le Samedi 28 mai 2005

    " Les adolescentes sont de plus en plus nombreuses à se livrer à des actes brutaux, au point que les pouvoirs publics se penchent sur ce nouveau phénomène
   
    La violence des adolescentes intéresse désormais les pouvoirs publics. La Direction de la protection judiciaire de la jeunesse, au ministère de la Justice, participe cette année à un programme européen de recherches sur ce phénomène longtemps ignoré. L'étude est dirigée par l'Italie. «C'est une délinquance très spécifique à laquelle il faut trouver des réponses adaptées, éducatives mais aussi sanitaires», explique Michel Duvette, directeur de la PJJ. Une étude sur les comportements déviants des filles, menée dans les Bouches-du-Rhône, donnera également lieu à une journée de réflexion sur ce thème à l'automne prochain. «Alors que les recherches sont nombreuses en Amérique du Nord, note Sonia Harrati, psychologue et chercheur, la France commence tout juste à accepter que cette violence dérangeante existe.» Une délinquance marginale, mais en hausse : les arrestations de mineures ont doublé en quinze ans.
   
    C'est «en traînant» dans une cité de Champigny, dans le Val-de-Marne, que Sabrina (*) a fait «des mauvaises fréquentations». Une bande de garçons qui lui montrent les combines – vols de voitures et de sacs, cambriolages, trafic –, souvent commises avec menaces ou agressions. À la Villa Préaut, le foyer de la dernière chance où elle a finalement échoué, Sabrina, 17 ans, essaie aujourd'hui de sortir de cet engrenage.
   
    «La délinquance féminine s'est banalisée ces dernières années, au sens où elle est devenue une culture de cité, remarque Chantal Hungbo, psychologue dans cette structure de Seine-et-Marne qui accueille des adolescentes âgées de 15 à 21 ans. Les filles disent qu'il faut taper pour ne pas être une victime.»
   
    Les statistiques policières montrent une progression continue du phénomène ces vingt dernières années : les arrestations de mineures ont doublé en quinze ans. «C'est une délinquance très marginale comparée à celle des garçons (4 à 5% du total) et qui progresse dans les mêmes proportions, souligne cependant Michel Duvette, directeur de la Protection judiciaire de la jeunesse. Mais nous prenons aujourd'hui en compte la dimension féminine, en créant des cellules pour les filles dans les futures prisons pour mineurs.»
   
    Sur 640 jeunes détenus en France, trente seulement sont aujourd'hui des filles. Il faut dire que les juges pour enfants semblent très réticents à appliquer le volet répressif de l'ordonnance de 1945 pour des actes, même graves, commis par des adolescentes. «Les mesures de protection, prises au civil, sont privilégiées, constate le directeur de la Villa Préaut, Alain Griffon. Pour les garçons, la réponse répressive est beaucoup moins taboue.»
   
    Par le passé, Sabrina a eu, dit-elle, «beaucoup de problèmes» avec la justice. «Je devais aller en prison mais le juge m'a donné une dernière chance», sourit cette grande brune soigneusement maquillée. Adoptée et enfant unique, elle a grandi dans une famille aisée, avant de «commencer à sécher les cours et à fumer» à l'âge de 12 ans puis de s'ancrer dans la délinquance. Jugée pour avoir fracturé le nez d'une camarade de classe,
   
    Jennifer a, elle, été relaxée. «Elle m'avait pris la tête, se justifie la jeune fille, une ravissante noire âgée de 17 ans. A coups de poings, je l'ai fracassée. Je n'arrivais plus à m'arrêter.» Quelques jours après son arrivée au foyer, Jennifer a encore «eu les nerfs» et mis «une droite» à une pensionnaire qui la cherchait. Cette fois, l'adolescente s'est excusée. Derrière ces passages à l'acte, parfois très violents, les éducateurs lisent toujours une grande souffrance. «La particularité des filles, c'est que leur extrême agressivité est d'abord tournée contre elles-mêmes, note Delphine Bergère, directrice du service éducatif auprès du tribunal de grande instance de Paris. Ainsi, on découvre toujours dans leurs parcours des fugues, des tentatives de suicide, de l'anorexie ou des grossesses à répétition.»
   
    Sévèrement battue par sa mère pendant son enfance, Leïla a fui, à quinze ans, le domicile familial. Son parcours délinquant commence dans les cages d'escalier de la cité voisine, où elle s'est réfugiée. Des vols à l'arraché et des «transacs» pour vivre, «des menaces et des agressions pour soulager la haine». Condamnée à cinq mois de prison avec sursis, Leïla est envoyée au Sénégal pour un «séjour de rupture» pour adolescents en difficulté et fréquente plusieurs centres de protection pour l'enfance. Partout, elle est exclue pour avoir frappé un éducateur ou un camarade. Quelques jours à peine après son arrivée à la Villa Préaut, Leïla a battu une fille sur un quai de métro. «Elle m'a dit «t'es moche» : j'ai vu rouge, dit-elle. Je voulais la mettre en sang, je l'aurais jetée sur les rails si les gens n'étaient pas intervenus. Ils ont dû me prendre pour un animal.»
   
    La Villa Préaut s'est spécialisée dans l'accueil des récidivistes, «les délinquantes qui mettent l'institution judiciaire en échec». Objectif : les maintenir à tout prix dans ce lieu, pour amorcer le travail thérapeutique. La plupart de ces adolescentes difficiles ont entre 16 et 17 ans. Mais Alain Griffon constate «un rajeunissement des comportements violents» depuis trois ans.
   
    «DES ADOLESCENTES SOUMISES A LA LOI DU PLUS FORT»
    La sociologue Stéphanie Rubi décrypte les comportements des cités
   
    Stéphanie Rubi est coordinatrice de l'Observatoire européen de la violence scolaire. L'ouvrage de cette sociologue, Les «Crapuleuses», ces adolescentes déviantes (PUF, janvier 2005), décrit ces parcours féminins.
   
    LE FIGARO. – Pourquoi vous être intéressée aux comportements déviants féminins ?
   
    Stéphanie RUBI. – Parce que la littérature scientifique a éludé la délinquance des adolescentes. Pourtant les filles, comme les garçons, peuvent participer aux insultes, aux agressions ou au racket. Sans dramatiser l'ampleur du phénomène, qui reste très minoritaire, j'ai voulu l'approcher avec rigueur scientifique.
   
    Conclusion : les filles ne sont pas préservées par la loi du plus fort.
   
    Elles baignent dans ce système de hiérarchie, qui s'accompagne de codes de conduite et d'épreuves, destiné à attribuer à chacun une position sociale. Les adolescentes soumises, qui ne répondront pas aux insultes, puis aux bousculades, seront ainsi classées dans la catégorie des «victimes». C'est sur elles que s'exercera l'oppression – faite de racket, brutalités, brimades. Cette domination est exercée par les plus fortes, celles que j'ai appelées les «crapuleuses».
   
    Comment les caractériser ?
   
    Elles sont facilement identifiables puisque l'enjeu est, pour elles, de se construire une réputation. Par le langage d'abord en multipliant les onomatopées ou en adoptant un ton courroucé. Mais aussi par l'apparence et la présence physique. Dans la cour, au centre commercial, les «crapuleuses» se déplacent ainsi toujours par deux, bras dessus, bras dessous. Mais c'est surtout par leur force de caractère qu'elles se distingueront. Pour préserver sa réputation, il faut réagir par la force à une situation vécue comme offensante. Ainsi, un regard mal perçu sera sanctionné par une gifle. Par ces comportements traditionnellement associés à la «masculinité», elles reproduisent en fait les dominations de la société.
   
    Un article de Delphine Chayet.
   
    * Les prénoms ont été modifiés

Source : LE FIGARO (28 mai 2005)

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