"; ";
  Accueil     Librairie     Polars     Thrillers     Criminologie     S. Bourgoin     Infos     Liens  

_

Identification :      [inscription]

Actualité criminologie

    Chiffres de la délinquance: le sentiment d'insécurité reste élevé mais a baissé depuis 2002
    France > statistique, délinquance
    Article posté par Isabelle Longuet le Jeudi 3 mars 2005

    " Dans son premier rapport, présenté mercredi 2 mars, l'Observatoire national de la délinquance (OND) donne une lecture critique des statistiques officielles. Si les atteintes aux biens sont en baisse, aucune "véritable inflexion" de tendance n'est relevée concernant les atteintes aux personnes.
   
    Éloge de la complexité en plus de 500 pages, le premier rapport de l'Observatoire national de la délinquance (OND), présenté mercredi 2 mars, a atteint l'objectif fixé par le président de son conseil d'orientation, Alain Bauer : "Sortir de la magie du chiffre unique qui expliquerait tout."
    De chiffres, ce rapport n'en manque pas, tout en préservant une distance critique vis-à-vis de leur mode de fabrication.
    Cherchant à multiplier les sources et les angles d'approche, se méfiant des statistiques trop générales, l'OND fournit des informations précieuses sur l'évolution de la délinquance en France, les méthodes de son enregistrement et sa perception par la population. Le rapport ne donne pas de lecture critique de l'action publique.
   
    Relativité et bon usage des statistiques.
   
    Les pourfendeurs des manipulations statistiques vont être déçus. "Nous n'avons pas trouvé de sources d'un complot international et secret visant à camoufler les chiffres de la criminalité", a expliqué, en souriant, Alain Bauer. Toutefois, le rapport de l'OND souligne - après d'autres - les limites du recensement de l'activité de la police et de la gendarmerie, le fameux "état 4001".
   
    Le chiffre global des crimes et délits (plus de 3,8 millions en 2004) serait d'un maigre intérêt, en raison de ses lacunes - l'inscription d'un fait sur la main courante des commissariats n'y figure pas - et de sa construction. L'âge et le sexe de la victime n'y sont pas mentionnés, regrette l'OND, alors qu'ils permettraient de mieux connaître les femmes et les mineurs ayant subi des violences.
   
    L'OND évoque également "un changement de la procédure de remontée des chiffres de l'"état 4001"" en 2004, motivé par le souci de publier plus vite les statistiques mensuelles. Conséquence malheureuse, relevée par le rapport : "En 2004, certains mois ont été amputés de plusieurs jours de collecte, dont les chiffres se sont reportés sur le mois suivant." Pour y remédier, l'Observatoire souhaite que la remontée des statistiques devienne effective au 6 de chaque mois, sans variation.
   
    Les atteintes volontaires à l'intégrité physique.
   
    Elles constituent le noyau dur de la délinquance. Avec 391 000 atteintes de cette nature enregistrées par les policiers et les gendarmes, l'année 2004 se situe à un niveau élevé, mais traduit une stabilisation (+ 0,7 % par rapport à 2003). "Nous avons réussi à inverser la tendance, mais il faut aller beaucoup plus loin, ce sera ma première priorité pour 2005", avait assuré le ministre de l'intérieur, Dominique de Villepin, le 12 janvier.
   
    En huit ans, ces atteintes ont augmenté de 72 %. La hausse a été très rapide de 1999 à 2001, puis s'est ralentie de 2002 à 2004. Le nombre de violences physiques non crapuleuses (+ 82 %) - soit essentiellement des coups et blessures volontaires et des violences à dépositaire de l'autorité - et celui des menaces de violences (+ 116 %) se sont accrus fortement en huit ans. La hausse des violences physiques crapuleuses (surtout des vols avec violence, avec ou sans arme) s'élève à environ 50 % et celle des violences sexuelles à près de 36 %.
   
    Si, depuis trois ans, les violences physiques crapuleuses sont en baisse, ce n'est pas le cas des violences non crapuleuses. "Une véritable inflexion de tendance (...) n'est pas encore observée", en conclut l'OND.
   
    Les atteintes aux biens.
   
    Depuis deux ans, elles sont à la baisse. Parmi les 2,7 millions atteintes aux biens enregistrées en 2004, 81 % sont des vols et 19 % des destructions et dégradations. La tendance générale indique que les particuliers subissent moins de cambriolages et de vols de voiture - ou dans leur voiture -, grâce notamment au développement des systèmes d'alarme ; en revanche, ils sont plus souvent victimes de vols avec violence ou dans l'espace public. Les vols à la tire ont ainsi augmenté de 34 % en huit ans ; les vols simples dans les lieux publics ou dans des locaux, de 75 %.
   
    L'action des services.
   
    En 2004, les forces de police et de gendarmerie ont révélé près de 300 000 infractions, soit une augmentation de 8 % par rapport à 2003 et de 43 % depuis 1996. Dans un tiers des cas, il s'agit d'infractions à la législation sur les stupéfiants, surtout des faits de simple consommation (70 % des cas).
   
    Les infractions à la police des étrangers représentent un cinquième des faits révélés (+ 37 % depuis 1996). Toutes ces infractions évoluent très souvent par à-coups, note l'OND. Selon l'Observatoire, cela "démontre qu'elles sont fortement influencées par le comportement des services répressifs et les éventuelles orientations données par les responsables locaux ou les administrations locales".
   
    Que disent les victimes ?
   
    En attendant les résultats de la grande enquête de victimation prévue auprès de 20 000 personnes, l'OND s'est appuyé sur une enquête réalisée en 2004. Alors qu'en janvier 2002 une dégradation de la sécurité des personnes avait été mise au jour, une amélioration a été constatée en janvier 2004, avec un retour à des indicateurs semblables à ceux de janvier 2000. En 2004, 6,7 % des personnes de 15 ans et plus ont déclaré avoir été victimes d'au moins une agression au cours des deux années précédentes (contre 7,6 % en 2002) et 5,1 % d'un vol personnel.
   
    Le sentiment d'insécurité reste élevé mais est en baisse depuis 2002. En 2004, 13 % des personnes de plus de 15 ans se disaient préoccupées par le manque de sécurité dans leur quartier (contre 18,4 % en 2002). Sans surprise, ils sont 27 % dans les cités et les grands ensembles, et 35 % dans les zones urbaines sensibles (ZUS). En outre, 6,9 % des personnes interrogées disent se sentir en insécurité à leur domicile, contre 8,9 % en 2002.
   
    Quelques préconisations.
   
    L'Observatoire recommande la réalisation d'une enquête nationale annuelle de victimation auprès de 20 000 personnes. Il demande aussi la création d'un numéro national unique d'enregistrement des plaintes afin d'assurer la "traçabilité des procédures", du commissariat au parquet.
   
    Les violences urbaines devraient également faire l'objet, pour la première fois, d'une définition officielle par le ministère de l'intérieur. Enfin, l'OND regrette qu'il soit impossible, à l'heure actuelle, de connaître le nombre de contraventions constatées par les policiers, en dehors de celles concernant les infractions routières, ainsi que leur taux de recouvrement."
   
    Piotr Smolar
   
   
    Entretien avec Frédéric Ocqueteau, chercheur au CNRS et membre de l'OND
   
    Frédéric Ocqueteau, membre de l'Observatoire national de la délinquance (OND) : "La France avait accumulé un regrettable retard en matière d'information".
   
    Pourquoi l'ond juge-t-il impératif de soustraire la présentation des statistiques de la délinquance à l'Etat ?
   
    L'OND a pour mandat de rassembler le maximum de données sur les délinquances, d'être un instrument de pédagogie sur les limites des indicateurs disponibles et éventuellement un organe d'aide à la décision.
   
    Son rôle n'est absolument pas de se substituer aux commentaires politiques qu'un ministre fait, annuellement, sur les statistiques des délinquances en France, à partir de l'index 4 001. Il est plutôt de fournir des analyses complémentaires et d'enrichir la connaissance du citoyen et de tous les acteurs qui concourent à la lutte contre les délinquances, en formulant des hypothèses plausibles, quand c'est possible, ou en laissant aux lecteurs de ses travaux le soin de les formuler par eux-mêmes.
   
    L'important, pour l'OND, est d'avoir su créer le précédent d'une source de référence publique accessible à tous, alors que les informations étaient jusqu'à présent éparpillées. La France avait accumulé un regrettable retard en la matière. Par ailleurs, la divulgation des statistiques policières sur Internet, mois après mois, devrait diminuer le caractère dramaturgique du commentaire politique annuel des chiffres de "la" délinquance globale, un rituel tout à fait infantile qui n'a aucun équivalent en Europe et dans le monde depuis longtemps.
   
    Arrive-t-on à cerner l'étendue et la nature exactes des violences intrafamiliales ?
   
    Les pouvoirs publics étaient confrontés à un défi : pas de plainte, pas de poursuite et donc paralysie policière et judiciaire. Il a fallu entreprendre des enquêtes de victimation spécifiques aux femmes, dans leur cadre domestique mais également au travail ou dans l'espace public.
   
    Il semble qu'une prise de conscience progressive de la gravité de ce contentieux se soit produite dans la police et la gendarmerie, prise de conscience relayée par les associations d'aide aux victimes et aux femmes battues. Elle a contribué à un meilleur accueil des plaintes de femmes contre leurs conjoints violents.
   
    Pour leur part, police et justice connaissent mieux la réalité de ces violences, à partir du moment où les victimes se sentent plus en confiance et ont décidé de rompre avec cette situation, quelles qu'en soient les conséquences (peur des représailles ou des menaces sur les enfants...). Donc, si la statistique policière traduit une augmentation sensible de ces violences, cela ne veut pas dire qu'il y en a forcément plus en valeur absolue, mais qu'un processus de meilleur report serait en marche.
   
    Est-il possible aujourd'hui de mesurer l'efficacité du travail policier autrement qu'au travers du taux d'élucidation ?
   
    Oui, il existe bien d'autres indicateurs de l'efficacité, comme la qualité de l'accueil et de l'orientation des victimes dans les commissariats ou encore la qualité des partenariats conclus avec des acteurs civils pour essayer de résoudre les problèmes d'environnement qui suscitent un climat d'insécurité local.
   
    Cela dit, je m'inquiète des effets pervers de la pression au "mérite", qui consiste désormais à départager les meilleurs des plus mauvais départements par rapport à des statistiques uniquement basées sur les nombres de plaintes et des taux d'élucidation.
   
    On peut craindre une forme de concertation entre les directions départementales de la sécurité publique conduisant à des lissages mensuels des statistiques pour ne pas être stigmatisé par la direction générale ou le cabinet du ministre.
    Le risque est de les conduire à freiner ou à accélérer l'enregistrement mensuel des procédures dans leurs circonscriptions."
   
    Propos recueillis par Piotr Smolar

Source : LE MONDE 4 mars 2005

[Tous les articles criminologie]

Soyez le premier à poster un commentaire à cet article !


Veuillez vous inscrire ou vous identifier :

Nom d'utilisateur :

Mot de passe :



_

Fil RSS
© Stéphane Bourgoin 2003 - 2014
Réalisation : Nokto