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Actualité criminologie

    Copines à la vie, à l'horreur
    France > délinquance, coups & blessures
    Article posté par Stéphane Bourgoin le Jeudi 10 février 2005

    " La dérive violente et gratuite de trois collégiennes parisiennes, accusées d'avoir torturé une inconnue en mars 2004.
   
    Elles se sont connues à la patinoire, il y a un an. Et se sont inventé une amitié à la vie à la mort alors qu'elles ne se connaissaient que depuis quelques semaines, comme on peut le faire à l'adolescence. Quand elles séchaient l'école, elles passaient le temps en quémandant quelques euros aux passants pour se payer une bière et s'amusaient à leur faire peur. Parisiennes, elles rêvaient d'une virée à Marseille. Après l'agression particulièrement cruelle d'une jeune femme, en mars 2004, en plein Paris, ces trois collégiennes ont été mises en examen. D'abord pour «coups et blessures volontaires», puis, après examen du dossier, pour «tortures et actes de barbarie». Les parents sont tombés des nues. Effet de bande, fascination, inconscience ? Presqu'un an après les faits, on ne sait pas trop pourquoi le trio s'est déchaîné. Ce niveau de violence, certes peu fréquent, n'est plus pour autant rarissime. D'où la question posée par l'avocat de la victime, Jean-Marc Fedida : «Pourquoi ces jeunes filles, qui ne sortent pas de milieux totalement désocialisés, se sont-elles transformées en barbares ?» L'instruction est en passe de s'achever. Longuement interrogées par les policiers, puis la juge et les experts psychiatres, les trois adolescentes ont raconté la scène sur procès-verbal. Sans la contester.
   
    Le 26 mars 2004, vers 17 heures, Valentine (1) sort de Bercy où elle effectue un stage pour son BTS. C'est une jeune femme menue de 21 ans, d'origine coréenne. Trois adolescentes l'accostent pour lui demander de l'argent. Elles présument que les Asiatiques sont des proies plus «faciles». La veille, elles ont également volé à une collégienne une flûte et un carnet de correspondance, et racketté une Chinoise. Valentine sort quelques centimes d'euros. Pas assez. Sandra, Estelle, et Marie, âgées de 14 et 15 ans, lui demandent son portable, en la menaçant d'un couteau. Puis sa carte bleue. Elles veulent ensuite savoir combien elle a sur son compte et partent à la recherche d'un distributeur. En chemin, elles la forcent à sourire, comme si elles étaient une bande d'amies. Après trois mauvais codes, la carte de Valentine est avalée. Les filles l'insultent. Comme l'a expliqué Estelle aux policiers, Sandra «a la rage». Elles entraînent leur proie vers des toilettes, gare de Lyon. Sandra donne 60 centimes à un homme pour qu'il surveille la porte. Elle explique qu'elles doivent se changer. Estelle met une claque à Valentine pour qu'elle enlève son pantalon de marque et lui laisse en échange son survêtement. Sandra entre dans la cabine, la frappe elle aussi. Elles ressortent. Quand elles voient une agence de la Société générale, la banque de Valentine, elles s'énervent: «Tu savais qu'il y avait une Société générale, tu l'avais pas dit, sale pute !» Elles marchent. Elles obligent Valentine à fumer une cigarette et à en demander une à une passante. Puis elles l'entraînent dans un local à vélos dans la cour d'un immeuble. Là, elles se livrent à un tabassage sauvage.
   
    «Laisse-la-moi, tu as assez joué»
   
    Marie fait le guet à l'extérieur. Les deux autres commencent à frapper Valentine. Selon leur déposition, Sandra et Estelle se la disputent: «Laisse-la-moi, tu as assez joué. C'est mon tour.» Se suggèrent de nouveaux supplices. L'une la tient par les cheveux et lui tape la tête contre les murs. Sa lèvre saigne. Estelle lui ordonne de retirer son pantalon, son pull, et ses chaussures. Elle prend ses bijoux : un bracelet, une chaîne et une bague en or. Estelle sort son couteau. Sandra le met dans le nombril et menace Valentine : «Tu veux que je l'enfonce ? J'en suis capable.» Elle range l'arme. Elles lui crachent dans l'oeil et dans la bouche. Sandra sort un briquet. Des cheveux de Valentine sont brûlés, à plusieurs reprises. Puis l'une souffle : «Les poils de la chatte.» Elles ordonnent alors à Valentine de baisser à nouveau sa culotte et lui brûlent les poils du pubis.
   
    Puis, les deux adolescentes font mine de partir. Quelques minutes après, elles reviennent. Marie, qui était restée dehors à surveiller, vient voir. Elle ne tape pas sur Valentine. Mais elle lui fait lécher le sol. Soudain, elles entendent du bruit dans l'immeuble. Avant de partir, les collégiennes menacent leur victime, lui disent de déclarer qu'elle a été agressée par des Maghrébins. Les trois adolescentes s'enfuient. Il est 19 h 30. La séance de torture a duré plusieurs heures, à Paris, sans que personne ne le sache.
   
    Quelques minutes après, au moment de leur interpellation dans le quartier, les trois ados jouent «les petits caïds», dit une avocate. Elles donnent d'abord de fausses identités aux policiers. En garde à vue, elles ne semblent pas atterrées par ce qu'elles ont fait. En voyant les photos de la victime, oeil gauche tuméfié, traces rouges et bleues sur le corps, elles commencent à réaliser que leur «jeu» n'en était pas un. Mais le coup de massue vient quand elles comprennent qu'elles vont être incarcérées : mineures, elles s'en croyaient protégées. «C'est pas possible, je ne vais pas aller en prison !, réagit Estelle, face à son avocate. Et ma mère ? Et mes frères ? J'ai une interro de maths demain !» Quand Marie, la troisième, plus suiveuse, voit pour la première fois des policiers, un avocat, un juge, elle «comprend la gravité des faits», selon son conseiller. Elle dit qu'elle «assume avoir participé à des actes de vols et de violences mais sans faire de violences» et assure : «J'ai fait une bêtise, j'accepte tout ce qui en découlera.»
   
    «J'ai fait ça comme ça»
   
    On ne comprend pas encore bien l'engrenage de violences, fait d'encouragements mutuels. Estelle a d'abord déclaré que Sandra la poussait, lui «mettait la pression». Puis, lors de la confrontation à trois, elle rectifie : «Sandra ne m'a pas poussée à la frapper, mais elle me disait que si je voulais je pouvais la frapper.» Sandra assure, elle, qu'elle a voulu s'interposer. Elle ajoute : «Je n'ai pas pris de plaisir, je ne me suis jamais dit que lui brûler les cheveux allait m'éclater. J'ai juste fait ça comme ça.»
   
    Sandra ressemble à une «huître», selon son avocate, Laurence Cechman. Elle est secrète, terrée, mutique. Elle était une élève moyenne. Elle vivait avec sa mère dont elle disait absorber comme une éponge les problèmes et les angoisses, et affirme adorer son grand frère, incarcéré. En quelques mois, Sandra s'est transformée. «La première fois que je l'ai vue, c'était un animal sauvage. Une gamine. Elle a maintenant un corps de femme», dit maître Cechman. Comme ses deux ex-copines, elle a effectué près de cinq mois en détention provisoire. A sa sortie de Fleury-Mérogis, elle a été placée dans une famille d'accueil, à la campagne. Elle a de bons résultats scolaires et ne sèche pas l'école. «Elle s'est détachée de sa famille. Elle a gambergé.» Comme elle a déjà fait de la prison, elle a l'impression qu'elle n'y retournera pas. Sandra n'a plus envie de voir ses copines d'avant. Comme si tout cela appartenait au passé.
   
    «Mi-honteuse, mi-fière»
   
    Estelle était déjà suivie par un juge des enfants, après plusieurs fugues. A l'école, elle répondait à ses profs, on lui reprochait son comportement et son manque de travail. L'expertise ne décèle pas chez elle de tempérament pervers, mais note une «recherche affective». «Au début, dit son avocate, Justine Devred, elle était plus bavarde, comme quelqu'un de soûl qui raconte sa soirée de cuite, mi-honteuse, mi-fière. Avec le recul, elle en parle avec plus de difficulté.» Après détention, elle est très étonnée des peines encourues (15 ans divisés par deux pour minorité). Aujourd'hui, elle est en foyer, «contente» d'avoir trouvé un stage. «Elle est tournée vers l'avenir, veut gagner de l'argent pour acheter ses cigarettes, ses habits», assure son avocate.
   
    Marie, une brune à lunettes, fait encore très jeune. Elle ne parvenait pas à se faire des amies, jusqu'à la rencontre avec Sandra et Estelle. «Elle est fragilisée par le divorce de ses parents, mais ce n'est pas une fille abandonnée, elle n'est pas en rupture familiale», dit son avocat Jean-Baptiste Rozès. Sa mère ne comprend pas ce qui s'est passé. Avant les faits, Marie était «comme une ado qui dit non à tout, mais rien de bien grave». A Fresnes, elle était la seule mineure, et allait très peu en promenade. Placée dans un centre, elle va partir bientôt en chantier humanitaire en Afrique. L'expertise mentionne son «immaturité», son «besoin de reconnaissance». Elle sait qu'elle peut retourner en prison."
   
    Un article de Charlotte Rotman.
   
    (1) Tous les prénoms ont été modifiés.
   

Source : LIBERATION (10 février 2005)

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    Re : Copines à la vie, à l'horreur
    Commentaire posté par Merlin le Jeudi 10 février 2005
    "Placée dans un centre, elle va partir bientôt en chantier humanitaire en Afrique"
   
    Allons bon ! Comme si les africains n'avaient pas assez de souci comme ça :\


    Re : Copines à la vie, à l'horreur
    Commentaire posté par lysas12 le Jeudi 10 février 2005
    et leur petit jeux aurait pu aller jusqu'ou si il n'avait pas été interrompu?
    va t on encore déduire que c un passage à vide d'ado un peu perdues?

    Re : Copines à la vie, à l'horreur
    Commentaire posté par Cendres le Jeudi 10 février 2005
    Doit-on leur fair subir ce qu'elles ont fait à leur victime, pour qu'elles comprennent? Si elles ont la capacité de comprendre, bien sûr...

    Re : Copines à la vie, à l'horreur
    Commentaire posté par FREDI le Mardi 15 février 2005
    Moi, j'ai envie de baffer la journaliste, qui met au premier plan de sales gamines en mal de sensations fortes. Pas un mot pour cette pauvre victime! Quelle honte!On va payer la pension (prison ou pas) de ces 3 filles, alors que la victime devra tenter de se reconstruire à ses frais.
    Diane B.


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