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Actualité criminologie

    Philippe Zoummeroff, riche industriel, collectionneur passionné par l'univers carcéral, prépare un livre sur la prison
    France > prison, littérature
    Article posté par Isabelle Longuet le Mercredi 2 février 2005

    " Philippe Zoummeroff, la prison en tête
   
    Grand collectionneur, ce riche industriel à la retraite a accumulé des milliers d'ouvrages sur l'univers carcéral. Citoyen engagé, il défend la cause des détenus.
    A l'âge où les vieux sages approchent des certitudes, il lance des questions en rafale, comme un enfant. Doit-on donner le smic aux prisonniers ? Faut-il supprimer la perpétuité ? Que faire des malades mentaux ? Et même : le rêve d'évasion est-il normal ? Citoyen engagé, immense collectionneur de manuscrits anciens, industriel à la retraite, Philippe Zoummeroff prépare un livre sur la prison. L'ouvrage convoquera à la barre une cinquantaine d'hommes et de femmes politiques.
   
    "On m'a dit : "Vous faites un truc un peu naïf." Mais je ne me contenterai pas de réponses de principe du type "il faut respecter la dignité humaine". Nos prisons, surpeuplées, ne peuvent rester dans l'état actuel." A ses questions, les voilà donc tous enjoints de répondre : les anciens ministres de la justice, de Robert Badinter à Marylise Lebranchu. Ou les "politiques incontournables" : Jack Lang, François Bayrou, Marie-George Buffet... "Je ne les laisserai pas tranquilles", prévient-il.
   
    M. Zoummeroff est riche, original et pragmatique. Il convie ses interlocuteurs à déjeuner au champagne, dans son discret appartement de Neuilly-sur-Seine. Il leur montre ses livres rares, qu'il possède par milliers. Et les entretient avec énergie de sa dernière passion : la justice pénale. M. Zoummeroff appartient à l'Association française de criminologie. A ce titre, il a remis le 20 janvier, au Sénat, la deuxième bourse qui porte son nom. Destinée à soutenir la réinsertion des personnes détenues, il l'a dotée de 12 000 euros. Sortis de sa poche.
   
    Les livres, chez lui, sont partout. Ils gagnent plusieurs appartements alentour : 7 000 ouvrages, 5 000 manuscrits, 50 000 documents. Amis, chercheurs passent goûter aux merveilles.
   
    Sur les rayonnages triple épaisseur, le tout premier livre de justice pénale, le Praxis criminis, de 1541, côtoie l'édition originale de L'Esprit des lois, de Montesquieu. Mais aussi le bulletin de Fouquier-Tinville, l'accusateur du tribunal criminel révolutionnaire. Ou l'étrange lettre de motivation, datée "samedi", dans laquelle Vidocq vante auprès du préfet de Paris l'expérience de 177 évasions pour rejoindre les rangs de la police.
   
    Des siècles de souffrances habitent les reliures de cuir. Dans ses émouvants dessins en couleur, "Fanfan", un "apache" détrousseur de bourgeois, incarcéré à Lyon en 1933, évoque les "vices" de "la prison en commun". Son récit résonne, actuel. "Et toujours ces mêmes spectacles hideux d'un homme faible qui succombe et devient le jouet des autres, tout ce qui fait glisser plus vite dans le crime et les passions."
   
    M. Zoummeroff est d'abord un collectionneur. Il a commencé par l'opéra, au début des années 1960. "J'ai alors acheté 100 000 disques 78 tours." Puis sont venus les timbres. Grâce à eux, il a rencontré l'Algérie, écrit un livre sur Abd el-Kader, avant de tout donner au Musée de La Poste. Quand il a pris sa retraite d'ingénieur, enfin, Philippe Zoummeroff s'est lancé dans le livre ancien.
   
    Et puis que faire, une fois possédées toutes les éditions originales de Molière ou les lettres d'amour enflammées de Victor Hugo à Juliette Drouet ? "Je les ai vendues, je n'avais plus de place, il m'aurait fallu un château." Faux épilogue, la justice offre de nouvelles perspectives : celle d'un engagement, vivant ; celle d'une accumulation sans ligne d'horizon, puisqu'"il s'édite tous les jours de nouveaux livres" sur le sujet.
   
    Philippe Zoummeroff n'a "pas fait le droit". Sa passion pour la prison intrigue jusqu'au directeur de l'administration pénitentiaire, Patrice Molle, invité lui aussi dans l'appartement-bibliothèque. "Je m'interroge. C'est une implication extraordinaire, étonnante et respectable", confie-t-il. A Pierre Tournier, président de l'Association française de criminologie, M. Zoummeroff a lancé un jour : "Les gens comme moi collectionnent les Ferrari. La prison, c'est quand même plus intéressant !"
   
    Car cet homme aime les rencontres. Il a convié un condamné à perpétuité à la maison, devant des proches interloqués. Il a suivi les assistantes sociales de la cité de la Grande Borne, à Grigny, dans l'Essonne, toute une journée. Il a visité une trentaine de prisons. A Genève, le centre de la Pâquerette, réservé aux grands criminels, l'a profondément marqué. "Là-bas, témoigne-t-il, une réunion quotidienne rassemble les détenus. En France, nos prisonniers ne peuvent communiquer. On fabrique des fous."
   
    "J'entends dire que les voyous n'ont que ce qu'ils méritent, s'agace-t-il. Mais les prisons sont pleines d'illettrés, de personnes défavorisées, délaissées par leurs parents. Si j'étais né dans un tel milieu, j'aurais pu moi aussi devenir un voyou. J'ai eu plus de veine que d'autres." Sa famille paternelle vient de Grozny, en Tchétchénie. "Ma grand-mère était une Rosenthal", dit-il, grande lignée qui a bâti sa fortune dans les pierres et les perles. Son père a commencé sa vie d'homme en pêchant les petites boules de nacre dans les îles de la Sonde. "Je vivais à Paris, et, jusqu'en 1938, la vie était belle. Après... Ce fut l'horreur." La famille est déportée.
   
    Pour lui, ce fut l'internat des Frères des écoles chrétiennes, à Villefranche-de-Rouergue, dans l'Aveyron. Les frères, maréchalistes et antigaullistes, ont failli faire basculer la vie du jeune Philippe : il a pensé devenir séminariste. Son père, ruiné après guerre, verra finalement le fils, diplômé de l'Ecole spéciale des travaux publics, embrasser les affaires. Il dirigera, jusqu'en 1990, le groupe d'outillages Facom, fondé par le grand-père maternel en 1918.
   
    Dans sa bibliothèque, M. Zoummeroff dévoile l'un de ses plus précieux trésors, une carte en couleur de 1791, traçant, bien avant le projet de Lesseps, le futur canal de Panama. Penché sur le prométhéen trait de peinture bleue, ce "projet de passage entre la mer du nord et la mer du sud", il murmure : "Ceux qui m'intéressent, ce sont les précurseurs." "
   
    Nathalie Guibert
   
   
    1930 Naissance à Paris
   
    1962 Création de la revue "Opéra" et début de sa vie de collectionneur
   
    1990 Exposition "En français dans le texte", à la BNF, avec ses 400 plus beaux livres
   
    1999 Adhère à l'Association française de criminologie

Source : LE MONDE 29 janvier 2005

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