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Actualité criminologie

    Le nombre de crimes et délits a baissé de 3,76  % en 2004
    France > délinquance, statistique
    Article posté par Stéphane Bourgoin le Samedi 15 janvier 2005

    " Pour Dominique de Villepin, il s'agit des "meilleurs chiffres depuis 1995". Au PS, on juge leur interprétation "sujette à caution". La baisse affichée des atteintes aux personnes s'explique surtout par une présentation différente.
   
    Dominique de villepin l'a dit lui-même : "Les statistiques ne font pas une politique." Le ministre de l'intérieur n'a pas manqué, toutefois, de se féliciter des résultats de la police et de la gendarmerie en matière de lutte contre la délinquance, à l'occasion des vœux présentés à la presse, Place Beauvau, vendredi 14 janvier.
   
    Les crimes et délits constatés par les services en 2004 (3 825 442 faits) sont en baisse de 3,76 % par rapport à 2003 (3 974 694 faits, soit - 3,38 % par rapport à 2002). La police a enregistré une baisse de 2,71 %, la gendarmerie de 6,34 %. Il s'agit là des "meilleurs chiffres depuis 1995", a précisé M. de Villepin. Seule la Franche-Comté manque, de peu, au tableau d'honneur ; les 21 autres régions affichent une baisse.
   
    La mobilisation des policiers et des gendarmes depuis 2002 est confirmée par les statistiques sur leurs activités. Le taux d'élucidation, critère essentiel pour mesurer l'efficacité des forces de l'ordre, s'établit à 31,82 % l'an passé, contre 28,83 % en 2003, soit une progression de 10,37 %, le "meilleur résultat de ces dix dernières années", selon le ministre de l'intérieur. Le nombre d'infractions révélées par l'action des services - et non à la suite de plaintes - a progressé de 8,61 %. Celui des gardes à vue est en hausse de 10,64 %.
   
    NOUVEL INDICATEUR
   
    Le principal secteur où la baisse des faits constatés paraît sensible est la délinquance de voie publique (- 8,4 %). "C'est le niveau le plus bas depuis dix ans", a souligné le ministre de l'intérieur. Toutes les rubriques regroupées sous ce titre enregistrent une baisse : les vols à main armée (- 11,67 %), les vols avec violence (- 4,11 %), les cambriolages (- 7,41 %), les vols à la tire (- 4,79 %), les vols d'automobiles (- 15,01 %), les vols à la roulotte (- 9,85 %), les vols de deux-roues (- 8,48 %), ainsi que les destructions et dégradations (- 6,29 %).
   
    Ce résultat s'explique, selon le ministère, par le renforcement de la présence des policiers et des gendarmes sur le terrain. Dominique de Villepin a annoncé que les effectifs seraient encore augmentés dans les transports en commun, aux abords des écoles et des hôpitaux. Au total, "1 700 policiers viendront renforcer les circonscriptions qui en ont le plus besoin", a précisé le ministre.
   
    La question des crimes et délits contre les personnes a été aussi évoquée par M. de Villepin, qui en fait un des objectifs majeurs pour 2005. Ce noyau dur de la délinquance a été le principal échec du bilan statistique de Nicolas Sarkozy, Place Beauvau. En 2003, une hausse de 7,3 % avait été enregistrée, après une autre de 8,56 % en 2002. "C'est le point noir qu'il faut résoudre en 2004", avait-il expliqué.
   
    Vendredi, son successeur se réjouissait : "Nous avons réussi à inverser la tendance." La rubrique des violences aux personnes affiche une diminution de 0,25 % en 2004. Mais ce chiffre a été calculé sur la base d'un nouvel indicateur, intitulé "Atteintes volontaires à l'intégrité physique", proposé en octobre par l'Observatoire national de la délinquance (OND) au ministère, afin de corriger les lacunes du dispositif précédent. Si l'ancienne présentation des crimes et délits contre les personnes avait été maintenue, l'année 2004 se serait en réalité soldée par une hausse de 4,36 %.
   
    Le nouvel indicateur est composé des violences physiques non crapuleuses, des violences physiques crapuleuses et des violences sexuelles. La direction générale de la police nationale (DGPN) l'a appliqué, pour comparaison, aux années précédentes. Le tableau montre un infléchissement à partir de 2002, année où la droite est arrivée au pouvoir, mais il indique surtout qu'entre 1999 et 2004, la délinquance violente contre les personnes a augmenté de 34,43 % !
   
    Dans le détail, en 2004, les statistiques montrent que le nombre d'homicides est en légère hausse (777, soit + 1,70 %), de même que les coups et blessures volontaires (137 864, soit + 2,12 %) et les violences sexuelles (26 238, soit + 1,69 %). Les violences à l'égard des dépositaires de l'autorité sont également en augmentation (21 723, + 6,92 %).
   
    Globalement, ces violences dites "non maîtrisées", souvent gratuites, sont en hausse. Selon le ministère de l'intérieur, elles sont essentiellement la conséquence de conflits entre communautés et de différends familiaux. Afin de mieux cerner le profil des personnes impliquées, une étude de victimation a été commandée à l'OND.
   
    "LA SITUATION EST MAUVAISE"
   
    Concernant les violences urbaines, il n'existe pas d'indicateur statistique à part. Les pouvoirs publics devaient jusqu'à présent se contenter d'analyses empiriques, notamment sur la base des observations des renseignements généraux (RG). Afin d'affiner sa perception des troubles dans les quartiers sensibles et de leur évolution dans le temps, la DGPN va expérimenter à partir du 15 janvier une grille de lecture regroupant différents critères, comme les incendies de voiture, de poubelles et biens publics, les jets de projectiles ou les affrontements entre bandes. "La tendance générale est très nettement à la stabilisation, voire à la baisse, sur l'ensemble du territoire", assure-t-on au ministère de l'intérieur.
   
    Au Parti socialiste (PS), la satisfaction affichée Place Beauvau est jugée injustifiée. "L'interprétation des chiffres par le ministère est sujette à caution, explique Delphine Batho, secrétaire nationale du PS chargée de la sécurité. En réalité, la situation est mauvaise dans le pays. Il n'est pas question d'en faire porter le chapeau au seul Dominique de Villepin. C'est toute la politique en matière de sécurité, conduite depuis 2002 par la droite, qui est en train d'échouer."
   
    Trois questions à...  Sébastian Roché
   
    Directeur de recherches au CNRS, spécialisé dans les questions de sécurité, que pensez-vous du bilan statistique présenté par Dominique de Villepin ?
   
    Les statistiques ne sont pas parfaites, mais elles nous donnent une petite tendance. La baisse est modeste et doit se confirmer dans le temps. Nous avons déjà connu des périodes de baisse sur plusieurs années, entre 1985 et 1988, puis entre 1993 et 1997. On se trouve toujours aujourd'hui sur les hauts plateaux et on descend lentement. Ce qui me frappe, c'est que le ministre de l'intérieur ne sait pas exactement ce qui fait baisser la délinquance, et pour cause : nous ne disposons pas des outils élémentaires pour vérifier si la délinquance baisse là où le nombre de policiers affectés a été augmenté.
   
   
    Partagez-vous le souhait du ministre de voir se développer une "sécurité citoyenne"?
   
    C'est exactement ce qu'ont clamé, avant lui, Jean-Pierre Chevènement : "La citoyenneté est la base de la sûreté" ; et Daniel Vaillant : "On ne peut réussir sans les citoyens" ! Les ministres de l'intérieur n'arrivent pas à dire autre chose que ces généralités, qui n'ont aucun sens en termes d'action publique. On se trouve en présence d'une sorte de liturgie administrative du partenariat et de la mobilisation.
   
   
    Dans l'ouvrage collectif que vous avez dirigé, Réformer la police et la sécurité (Odile Jacob, 2004), vous stigmatisez l'absence d'ambition des pouvoirs publics...
   
    Partout autour de nous, les gouvernements nationaux et les pouvoirs locaux se demandent comment développer une police de tranquillité publique et pas d'ordre public. Le gouvernement pense qu'il peut faire l'économie d'un retour à la police de proximité. Or ce chantier doit être rouvert. Si la demande de police est très forte, la satisfaction des Français vis-à-vis des policiers, elle, est en baisse."
   
    Un article de Piotr Smolar.

Source : LE MONDE (16 janvier 2005)

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