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Actualité criminologie

    Étude auprès de détenus québécois: le crime paie... pour certains
    Canada > délinquance, prison
    Article posté par Stéphane Bourgoin le Jeudi 6 janvier 2005

    " Contrairement au dicton ressassé sans cesse par les policiers pour écarter les jeunes d'une vie de délinquance, le crime paie. Et fort bien.
   
    Deux professeurs de l'École de criminologie de l'Université de Montréal, Carlo Morselli et Pierre Tremblay, remettent en cause les idées reçues en matière de criminalité, dans une étude récente publiée dans la revue américaine Criminology.
   
    Les délinquants engagés dans les crimes à caractère économique (vol, recel, exploitation sexuelle, prêt sur gages, trafic de drogue, etc.) peuvent toucher des gains substantiels, 47 000 $ par année en moyenne, sans que la menace d'une peine de prison, aussi sévère soit-elle, vienne freiner leurs ardeurs. Il s'agit d'une minorité, représentant de 10 à 15 % de tous les délinquants. Et tous ne sont pas riches au sein de ce sous-groupe. Si un des criminels interviewés par l'équipe de recherche a encaissé quelque 20 millions de dollars en trois ans, 16 d'entre eux n'ont pas retiré un sou de leurs forfaits -- même s'il s'agissait de crimes économiques -- pour la même période. «Mais pour une minorité significative, le jeu en vaut la chandelle», explique le professeur en criminologie Carlo Morselli. Et pour cette minorité, la promesse des profits l'emporte sur la peur de la prison.
   
    L'étude a été menée auprès de 284 détenus québécois sur une période de trois ans. Elle a permis aux chercheurs de rencontrer des criminels qui, s'ils avaient mis leurs habiletés à profit dans le monde des affaires légales, auraient connu gloire, succès et richesse. M. Morselli signale, entre autres choses, le cas du propriétaire d'un cimetière de voitures du Saguenay qui a mis en place une activité criminelle subtile, reposant sur une saine collaboration entre les complices, et invisible aux yeux du public et de la police pendant une bonne année et demie. L'homme recevait des voitures volées qui étaient démontées et revendues sur place en pièces détachées. D'autres ont eu moins de chance. Lorsqu'un cambrioleur s'introduit dans une banque pour forcer un coffre-fort vide ou qu'il se heurte à la résistance d'une caissière opiniâtre, il repart les mains vides à moins d'être appréhendé illico.
   
    Un autre regard sur le crime
   
    Les travaux des professeurs Morselli et Tremblay vont à l'encontre des écoles de pensée dominantes en criminologie. D'un côté se trouve une imposante communauté de chercheurs qui envisagent la criminalité comme l'expression d'un échec, un acte sans mirobolante réussite commis par des individus empochant de faibles gains à très court terme. De l'autre se déploie une école informelle de criminologues passionnés par l'étude du crime organisé et de ses structures, faisant état du luxueux train de vie adopté par ses têtes dirigeantes.
   
    Entre l'image du paumé et celle du caïd, à peine une dizaine de chercheurs dans le monde s'intéressent vraiment aux criminels pour les gains qu'ils peuvent tirer de leurs activités illicites, explique M. Morselli. «Les délinquants ne sont pas nécessairement des cons. La théorie selon laquelle commettre un crime est un acte limité, ce n'est pas vrai», dit-il.
   
    Attentes réalistes
   
    «Cette étude nous donne un bon point de départ pour comprendre les délinquants. IIs savent ce qu'ils font, ils comprennent très bien leur argent», ajoute-t-il. À preuve, lorsque interrogés sur le salaire annuel qu'il leur faudrait pour mettre un terme à leurs combines, les sujets de l'étude ont exprimé des attentes fort réalistes. En moyenne, ils se satisferaient de 48 910 $ par année. Les criminels les mieux nantis s'attendraient à 63 140 $, tandis que les plus pauvres se contenteraient de 32 092 $.
   
    Les chercheurs ont pu mesurer en partie les facteurs de succès dans un parcours criminel. Ils ont divisé leur échantillon en deux groupes de délinquants : ceux qui commettent des «crimes de marché», où l'activité illicite nécessite l'accord de deux parties, comme le trafic de drogue ou le prêt sur gages, et ceux qui s'adonnent à des «crimes de prédation» faisant des victimes, comme le vol ou la fraude.
   
    Les plus grands succès sont atteints par les délinquants impliqués dans les délits de marché. L'absence de victimes, l'ampleur de la demande et la répétition des transactions sur une longue période de temps, sans nécessité d'une implication directe, concourent à gonfler les gains.
   
    Enrichissement personnel
   
    Contrairement aux théories répandues en criminologie, les individus qui sont prêts à prendre des risques élevés, agissant par exemple selon une courte vue et avec impulsivité, réaliseront des profits beaucoup plus importants que ceux qui manifestent une aversion du risque. C'est surtout le cas dans les crimes avec victimes. Dans les crimes de marché, cette propension au risque n'apporte toutefois aucun avantage parce qu'elle limite la capacité du délinquant à élargir son réseau de contacts.
   
    Comme dans l'entreprise privée, la construction de réseaux est essentielle à l'enrichissement personnel. «Plus on va vers des réseaux étalés, plus les gains sont importants», observe M. Morselli. En d'autres termes, les criminels opérant en «cliques» restreintes où tous se connaissent s'enrichiront moins que ceux qui multiplient les contacts et, par conséquent, les occasions de brasser de louches affaires."
   
    Un article de Brian Myles.
   

Source : LE DEVOIR (5 janvier 2005)

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    Re : Étude auprès de détenus québécois: le crime paie... pour certains
    Commentaire posté par jeanne desaubry le Jeudi 6 janvier 2005
    Voilà qui est édifiant, et peut-être pas à mettre entre toutes les mains. Des fois que ça donne des idées... Mais, ce que ne dit pas l'article : seraient-ils prets à travailler pour 48000 dollars ?




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