"; ";
  Accueil     Librairie     Polars     Thrillers     Criminologie     S. Bourgoin     Infos     Liens  

_

Identification :      [inscription]

Actualité criminologie

    Violence, insultes et menaces à l'école : le pari des "classes-relais"
    France > délinquance
    Article posté par Isabelle Longuet le Lundi 13 décembre 2004

    " Contre la violence et l'absentéisme, le pari des classes-relais
   
    Cinq ou six élèves pris en charge pour quelques semaines, ou quelques mois, par une poignée d'enseignants volontaires : le principe de ce dispositif lancé en 1998 est simple, mais coûteux. Les résultats paraissent encourageants : 80 % des élèves réintègrent un cursus classique.
    Ces classes-là fonctionnent comme un service d'urgence ou de réanimation. Des élèves considérés comme perdus y sont envoyés avec l'espoir de pouvoir les raccrocher à la vie scolaire. Ce sont des jeunes de 12 à 16 ans, qui savent mieux que tout pourrir une heure de cours. Des adolescents qui sèchent, répondent à leurs professeurs, finissent par être exclus ou abandonnent l'école sans diplôme. Des élèves que, patiemment, avec une volonté extraordinaire, les enseignants des 350 classes et ateliers-relais aujourd'hui en service vont tenter de réanimer. Des structures que le ministre de l'éducation nationale, François Fillon, s'est engagé à multiplier par cinq d'ici à 2010.
   
    Pour imaginer la difficulté de la tâche, il faut écouter quelques-uns de ces élèves, rencontrés dans deux collèges de Seine-Saint-Denis, raconter leur parcours, la violence de leur rapport à l'école. Ils ont été orientés dans les dispositifs-relais (classes ou ateliers) parce que les collèges traditionnels ne savaient plus comment s'y prendre. Pour quelques semaines, ou quelques mois, ils quittent leur établissement et se trouvent dans des structures fortement encadrées où ils peuvent réapprendre les règles de la vie à l'école et commencer à rattraper leur retard.
   
    Ainsi, Youssef (le prénom de tous les élèves a été modifié), 14 ans, en quatrième, orienté en classe-relais pour éviter de passer devant un conseil de discipline : dans son collège, il avait "traité" un de ses enseignants de "sale pédé" et de "sale bouffon". Sur son dernier bulletin, la note moyenne ne dépasse pas 1 sur 20. Ainsi, Omar, "14 ans et demi", déjà exclu de deux collèges pour absentéisme et insultes à l'encontre des enseignants. Il se désigne comme un prédélinquant déjà convoqué à plusieurs reprises par la police. Dans son dernier établissement, il a multiplié les "embrouilles" et son niveau scolaire est très faible.
   
    Ainsi encore, Fatoumata, 15 ans, qui ne se souvient plus très bien dans quelle classe elle était scolarisée l'année précédente à cause d'un absentéisme chronique. Elle n'a pas supporté de redoubler sa cinquième et n'est donc plus revenue au collège pendant de très longues périodes. Par "habitude", elle continue de ne jamais enlever son blouson en classe, pour signaler qu'elle n'est que de passage.
   
    Trois profils et une même rupture avec l'école : à continuer dans un système scolaire classique, ces élèves seraient presque certains de nourrir le flux des jeunes sortant du système scolaire sans qualification. Leur intégration dans un dispositif-relais constitue une ultime chance. Avec leurs camarades, ils sont suivis par des professeurs, et un éducateur détaché par la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) ou par une association. On y travaille les matières fondamentales pour rattraper le retard accumulé, on y pratique le sport, on organise des sorties culturelles, on peut discuter avec une conseillère d'orientation.
   
    Autour d'eux, des enseignants volontaires, passionnés par leurs élèves. Il faudrait tous les citer, décrire leur énergie, leur affection pour ces élèves qui décourageraient des bataillons de professeurs. Chloé Perrette, 23 ans, "néo-titulaire", a débarqué de Rennes pour enseigner dans un collège très difficile de Seine-Saint-Denis. Remplaçante, elle aurait pu se contenter d'assurer la moitié de ses 18 heures de service mais s'est portée volontaire pour enseigner aux élèves de la classe-relais.
   
    Il y a aussi David Cohen, professeur des écoles de 38 ans, passé par le Lycée autogéré de Paris dans sa jeunesse, qui imagine des "ateliers philosophie" avec ses élèves pour leur donner un maximum de "nourriture intellectuelle". Et Nasser Zemouri, qui a effectué toute sa carrière dans les établissements populaires, Sandrine Netto, 30 ans, décidée à "travailler autrement" pour aider les élèves en difficulté, Gwenaelle P., une enseignante de 30 ans qui a essayé un "collège tranquille" mais préfère "vraiment" s'adresser à ces élèves-là.
   
    Par le travail, par l'écoute, ils tentent de faire renaître la confiance chez ces adolescents englués dans les difficultés familiales et sociales. "C'est un peu surréaliste au début, mais ces enfants sont aussi attachants que pénibles. Et quand on arrive à les faire progresser, par petites touches, c'est une profonde satisfaction", témoigne Chloé Perrette. La mission est extrêmement difficile et suppose une surveillance permanente. A la cantine, les élèves déjeunent entre eux, en présence de plusieurs membres de l'équipe. Pour la récréation, ils bénéficient d'un horaire réservé afin de limiter les risques de conflits.
   
    AFFECTATION PROVISOIRE
   
    En classe, il faut savoir tempérer, relativiser les insultes, prendre de la distance. "Sur le moment, on évite de se mettre en colère. On reprend la discussion après, lorsque la tension est retombée. Mais on va alors jusqu'au fond du problème", note Gwenaelle P.. La force de ces structures est de permettre des prises en charge individualisées. Aux cinq ou six élèves scolarisés dans chaque classe, les deux ou trois adultes présents en permanence peuvent proposer des réponses sur mesure. Cette disponibilité que ne peuvent avoir les enseignants traditionnels se révèle très efficace.
   
    Evidemment, tout ne réussit pas. Il faut parfois exclure un élève en sachant qu'il s'agissait probablement de sa dernière chance. "On attend l'extrême limite. A partir du moment où cela devient dangereux pour l'élève ou pour le groupe, il n'y a pas d'autre solution", souligne Cyril Hamida, éducateur sportif qui complète le travail des enseignants. Un élève ne rattrape pas un niveau scolaire en quelques semaines. Il ne perd pas, non plus, la réputation qu'il s'est construite au cours de sa scolarité.
   
    Surtout, comme la classe-relais ne constitue qu'une affectation provisoire, tout dépend ensuite des conditions de sa rescolarisation. "On ne peut pas être dans une logique de sous-traitance. Si les collèges nous refilent les élèves uniquement pour s'en débarrasser, pour souffler pendant que l'élève n'est pas là, cela ne peut pas fonctionner", note David Cohen. Si, en revanche, les établissements préparent le retour de ces élèves, prévoient un soutien, une orientation, alors l'expérience peut être profitable. Par définition, la classe-relais n'est qu'une parenthèse, une "pause", comme disent les enseignants. Après la réanimation, les soins intensifs.
   
   
    L'insulte et les menaces, premiers poisons pour les enseignants
   
    Ils ont le sentiment d'une banalisation des agressions verbales, qui constituent 70 % des violences subies.
   
    Avec une réussite éditoriale constante, la littérature sur l'école s'est emparée de la question des élèves perturbateurs dans les collèges et lycées difficiles. Les récits sur l'univers scolaire publiés par Mara Goyet (Collèges de France, Gallimard) ou Nicolas Revol (Sale prof !, éd. Pocket) ont ainsi remporté un vif succès dans les librairies grâce à la description des rapports entre les élèves issus de quartiers populaires et leurs enseignants. Généralement très pessimistes, ces ouvrages témoignent d'un phénomène ressenti assez largement dans les établissements : l'importance des violences verbales dans la dégradation des rapports entre élèves et enseignants.
   
    Les statistiques ne rendent qu'imparfaitement compte de cette tension. Sur les 81 000 actes de violence graves recensés lors de l'année scolaire 2003-2004 dans les collèges et lycées, les violences physiques apparaissent en effet comme les plus fréquentes (29,2 % du total des incidents recensés) devant les violences verbales (24,7 %) et les vols (10 %). Mais ces agressions physiques, les plus spectaculaires, et donc les plus répercutées dans les médias, touchent très majoritairement les élèves eux-mêmes, victimes des coups portés par leurs camarades.
   
    Du point de vue des enseignants, ce sont en réalité les violences verbales qui sont, de très loin, les plus courantes : 70 % des incidents touchant un professeur concernent des insultes ou des menaces qui ne sont pas toujours correctement traitées dans les établissements.
    Ces agressions peuvent en effet déboucher sur des sanctions plus ou moins sévères : de la simple réprimande au conseil de discipline en passant par l'heure de retenue ou l'envoi d'un rapport au chef d'établissement.
   
    Or, ces incivilités, répétées, perturbent le déroulement des cours et sont décrites, par les enseignants, comme des facteurs d'épuisement professionnel. "C'est l'accumulation de tensions et d'actes, qui, isolés, seraient "supportables" et pourraient être maîtrisés, qui "pourrit" le climat d'un nombre limité d'établissements", note la direction de l'évaluation et de la prospective (DEP) du ministère de l'éducation nationale dans sa revue Education et formations de décembre 2003.
   
    Les insultes et menaces graves sont, quantitativement, concentrées dans un nombre assez réduit d'établissements. Les zones d'éducation prioritaires et les zones sensibles paraissent ainsi nettement plus touchées que les établissements classiques où les violences verbales n'atteignent pas la même intensité. Conséquence négative : cette multiplication des incidents laisse parfois aux enseignants concernés le sentiment d'une relative banalisation de l'insulte, y compris par leurs autorités de tutelle (chefs d'établissement et inspecteurs).
    Comme pour l'ensemble des problèmes de violence, les insultes ont aussi une dimension saisonnière : les mois de novembre et de décembre se caractérisent par une augmentation d'environ 10 % des incidents constatés par rapport aux mois de septembre et d'octobre. La DEP parle ainsi, très officiellement, d'un effet "fin de premier trimestre" recensé chaque année dans les établissements.
   
    La fréquence et la nature des insultes évoluent, enfin, avec l'âge des élèves. Selon les statistiques produites par la DEP, la part de ces violences verbales croît avec l'âge des élèves : pour les jeunes de 11 ans et moins, les menaces et insultes représentent 18 % des actes signalés ; pour les 12-14 ans, cette proportion passe à un quart ; pour les 15 ans et plus, elle passe à un tiers.
   
    Les violences verbales ne sont pas absentes, toutefois, des écoles primaires. Mais, par rapport aux collèges et lycées, elles sont moins le fait des enfants que celui des adultes, parents ou proches des élèves, qui, non contents d'une note ou d'une quelconque décision de l'administration, menacent ou insultent les personnels. Pour ceux-là, l'éducation nationale n'a pas encore inventé de dispositif particulier."
   
    Luc Bronner

Source : LE MONDE 14 décembre 2004

[Tous les articles criminologie]

Soyez le premier à poster un commentaire à cet article !


Veuillez vous inscrire ou vous identifier :

Nom d'utilisateur :

Mot de passe :



_

Fil RSS
© Stéphane Bourgoin 2003 - 2014
Réalisation : Nokto