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    Dossier Henning MANKELL / (1) : la Suède n'est plus ce qu'elle était......
    Europe du Nord & de l'Ouest > polar
    Article posté par Isabelle Longuet le Vendredi 3 octobre 2003

   
    .....et son auteur de roman policier le plus populaire a décidé de la quitter pour s’installer au Mozambique. L’été dans son pays natal, dans la belle province méridionale de Scanie – que la saison rend enchanteresse – le reste de l’année dans ce pays d'Afrique, où Mankell a fondé, dans la capitale Maputo, l’unique troupe de théâtre professionnelle, le Teatro Avenida, qu’il dirige depuis 1996.
    Mankell a toujours fait à son idée. Sauf la fois où il a suivi le conseil de sa grand-mère – à l’époque il perdait ses dents de lait – et s’est mis à écrire. Le héros de son premier récit d’aventures s’appelle Robinson Crusoë. Bien plus tard, en 1972 (il avait 24 ans), il a réalisé son rêve d’enfant en s’achetant un billet d’avion pour le continent africain (« un choc »), qu’il a découvert en commençant par la Guinée ; il a ensuite vécu deux ans en Zambie avant de se fixer au Mozambique. Là, il écrit des romans le matin et travaille au théâtre l’après-midi.
   
    La vie en Afrique est « dix fois plus dure » qu’en Europe, mais « la perception du temps y est tout autre, observe Mankell. Là-bas, une montre est considérée comme une parure, une décoration, non comme la mesure de toute chose », dit-il de sa patrie d’élection. Lors des inondations de 2000, qui ont touché plus d’un million de personnes au Mozambique, le romancier suédois s’est engagé auprès de Médecins Sans Frontières afin de venir en aide à la population. Il dresse un bilan amer de l’attitude des pays industrialisés ; « nombreux sont ceux qui disent que l’aide est arrivée avec 3 ou 4 semaines de retard. En réalité, c’est avec au moins 8 ans de retard qu’elle est parvenue ».
    Mankell est venu au théâtre à l’âge de dix-sept ans, il a travaillé en tant qu’assistant metteur en scène avant de se mettre à écrire des pièces, réalistes, lieu de questionnement politique et social. En 1998 il a épousé en troisièmes noces Eva Bergman, la fille d’Ingmar, elle-même metteuse en scène et directrice du Backa Teater (scène nationale pour les enfants et la jeunesse) à Göteborg, depuis 25 ans. Elle compare son époux à un appartement qui aurait des pièces claires et d’autres, obscures.
    Ses livres se sont vendus à 9 millions d’exemplaires et ont été traduits en 28 langues. Outre des romans policiers, il a également publié des romans « blancs » et, ces dernières années, des livres pour la jeunesse.
    Dans son pays, il est lu – entre autres – par le Premier ministre et la moitié du gouvernement. Les fans-clubs dédiés à Kurt Wallander, son personnage-phare, fleurissent en Europe, notamment en Allemagne et en Suisse (www.wallander.ch, www.wallander-web.de ; ils valent le détour).
    Certains romans ont été portés à l'écran (le petit) ; Arte a diffusé en août 2003 La Cinquième Femme, une superbe réalisation de Birger Larsen, également disponible en DVD (pas chez nous…). Casting idoine, ambiance forte, style proche de Dogma, caméra à la main, photo originale : c’est un excellent thriller, intense et dense, ayant pour sujet des meurtres en série.
    Mankell a mis un pied dans l’univers du polar à l’occasion d’un retour en Suède à la fin des années quatre-vingts, après un long séjour en Afrique, qui lui valut un choc : il découvrit un pays truffé de lézardes où proliféraient l’injustice, la xénophobie, la violence. L’Etat-providence partait à vau-l’eau, le visage autrefois lisse du pays se crispait. Le constat d’une montée sensible du racisme a fait naître chez Mankell l’idée d’une enquête (Meurtriers sans Visage, en français chez POINTS) menée par un inspecteur bedonnant, banal à pleurer mais terriblement humain, dont la vie privée se déglingue de partout - l’abus d’alcool ne risquant pas de la reboulonner – mais qui mène jusqu’à son terme un travail méticuleux, scrupuleux, courageux.
    Kurt Wallander, l’inspecteur à la dérive - son boulot le sauve certainement du pire - est un vrai flic qui mène une vraie vie (romanesque) ; l’histoire racontée est toujours très vraisemblable, hyperréaliste, sans voyeurisme. Son sens des responsabilités ne lui fait jamais défaut en bon calviniste qu’il est. Il se heurte à l’absurdité profonde de la vie, la sienne. Ce n’est pas pour autant un héros exempt de tout reproche, il n’est pas forcément toujours sympathique, sans être un monstre pour autant, loin de là. Mankell a déclaré un jour que si Wallander existait, ils ne seraient tous deux certainement pas de bons copains. En revanche, l’immense lectorat du romancier présente ce que l’on pourrait appeler un « syndrome holmésien » aigu : les fans-clubs ont reconstitué l’environnement dans lequel officie et vit l’inspecteur, photos à l’appui – l’hôtel de police de Ystad, bourgade plus si charmante que ça de 24 000 âmes, la rue où il habite, la maison où il fait des apparitions sommaires, la fenêtre de la pièce où il s’abîme dans la Traviata…Si ce type existait et se présentait aux élections régionales, il y a fort à parier qu’il ferait un carton.
    Kurt Wallander porterait-il en lui les déchirures qui défigurent la Suède ? Il n’est plus à l’abri de rien, n’a plus grand-chose à perdre, sauf son honneur professionnel. Son papa est gâteux, sa femme réclame le divorce, sa fille a mis les voiles. Il cherche le réconfort dans le giron calorifère des pâtisseries à la cannelle et des pizzas de coin de rue, il s’empiffre…mais ne lâche pas l’enquête.
   
    Le site de la ZDF, la deuxième chaîne de TV allemande, a constitué un dossier intéressant sur Henning Mankell et son œuvre. L'auteur lui a accordé un entretien au sujet du phénomène des tueurs en série, qui n’est plus l’apanage des Etats-Unis. « J’ai étudié les statistiques. En Europe, on relève un nombre croissant de meurtres en série. L’une des explications les plus plausibles est que sur notre continent, les gens ont désormais le sentiment d’être autant négligés que le sont les Américains depuis longtemps. La société est dure, aux Etats-Unis. Ceux qui ne fonctionnent pas se font jeter. Et c’est ainsi que ça marche aussi en Europe. On a bien fait des efforts pour construire une société qui soutiendrait les plus faibles. Ce n’est plus le cas, voilà pourquoi certaines personnes, aujourd’hui, ont un comportement indésirable », conclut le romancier. La société est donc coresponsable de la violence qui émerge d’elle. Quant au cas de la Suède, « il était évident, il y a une dizaine d’années, que le système de l’Etat providence devait subir des modifications – les réformes nécessaires n’ayant pas été réalisées, la société y est actuellement cent fois plus dure qu’il y a dix ans ». Constat amer.
    A part cela, Mankell regrette que notre société continue d’être régie par des hommes, et que les violences faites aux femmes soient reléguées au rang d’indélicatesses. Cet état de fait explique le pourquoi et le comment d’un roman tel que La Cinquième Femme. Le romancier se dit malgré tout convaincu que l’Homme est bon par nature, quand il débarque sur terre. C’est après que ça risque de se gâter – en fonction des circonstances.
    Bon…autant l’annoncer tout de suite aux lecteurs francophones : la carrière de Kurt Wallander est achevée (« Autant arrêter pendant que cela procure encore du plaisir, et avant de finir par embêter les lecteurs »). Mais, Mankell a annoncé dans Le Retour du professeur de danse (publié en 2000 en Suède, inédit en France) qu’une personne très proche allait prendre la relève – ce qui fut fait dans le roman datant de 2002 (lui aussi inédit ici), Avant le gel.
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